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LES LOISIRS DOIVENT ÊTRE UNE PRIORITÉ !!

La période très particulière que nous traversons, avec tout d’abord un confinement puis plusieurs couvre-feux, a été très difficile pour l’ensemble de la population. 

Certains d’entre nous semblent avoir encore plus souffert de cette situation : ce sont en particulier les personnes seules, celles qui avaient des troubles psychiatriques et les personnes dépendantes à une substance. En effet, durant les 12-13 derniers mois, de nombreux patients addicts ont augmenté leur consommation, voire ont rechuté s’ils étaient abstinents.

Lorsque l’on interroge ces patients sur les causes de ce sursaut de consommation ou de rechute, l’un des mots qui revient le plus souvent est l’ennui. Bien sûr, la situation actuelle est très particulière mais l’ennui est un facteur de consommation majeur qui mérite d’être discuté en détail. 

1°) L’ennui comme facteur de risque de consommation

En consultation, l’ennui ou une sensation de vide, est fréquemment décrit par les patients comme facteur de consommation. C’est vrai pour l’alcool, mais c’est aussi démontré pour d’autres dépendances, comme par exemple le jeu pathologique. Pour « passer le temps », des personnes jouent et rapidement ne « voient plus le temps passer ». De la même façon, l’ennui peut favoriser l’utilisation excessive des réseaux sociaux ou les achats compulsifs sur internet.

L’alcool est volontiers utilisé comme stratégie anti-ennui car il permet de « remplir des vides » dans la journée. Pour ceux qui ne travaillent pas, où pendant les jours de repos, faire durer l’apéritif peut aider à passer le temps. De même, les après-midis peuvent être longues et les rythmer par la consommation d’une bière de temps à autre aide à les remplir. Cette stratégie devient rapidement dangereuse avec le risque d’être secondairement dépassé par sa consommation.

Une sensation de vide peut s’emparer de nous, après le travail, si nous n’avons pas d’autre activité à faire au retour à la maison qu’à attendre le repas du soir. D’un point de vue addictologique, ce sont quelques heures potentiellement dangereuses pendant lesquelles on s’ennuie mais sans avoir non plus envie d’être actif.

Il est essentiel pour les patients de trouver des activités alternatives à la prise d’alcool ou à d’autres dépendances pendant ces moments à risque. C’est pourquoi, une place importante dans les consultations d’addictologie est dédiée à l’occupation du temps libre, aux loisirs, à la découverte de nouvelles activités.

2°) L’ennui est aussi un facteur important de rechute

Un deuxième point à discuter est l’ennui qui est généré par l’arrêt de la consommation. Parmi les critères de dépendance à l’alcool, il y en a un qui se rapporte à notre propos : « beaucoup de temps est consacré à la fourniture en produit psychoactif, à la consommation de ce produit et au temps nécessaire pour récupérer de cette consommation ».

Si on additionne ces trois temps (se fournir, consommer et le temps de récupération), cela peut rapidement faire plusieurs heures par jour. Par exemple, 1 heure et demi d’apéritif midi et soir et une petite sieste d’une heure pour récupérer et nous sommes déjà à 4 heures consacrées par jour à l’alcool. 

Or, lorsque les patients arrêtent de boire, ils vont retrouver beaucoup de temps de libre et il va falloir remplir ce temps, ce qui n’est pas toujours facile. En effet, décider de faire des activités quand on n’y est plus habitué, demande de faire de gros efforts et surtout d’avoir de l’imagination. 

Que faire ? Où ? Comment ? Avec qui ? Il s’agit de questions difficiles à résoudre. Cela est évidemment encore plus vrai dans la période que nous traversons, mais c’était déjà très difficile avant. Beaucoup de patients nouvellement abstinents se plaignent de s’ennuyer, de ne pas savoir quoi faire. En fait, il y a de très nombreuses activités qui pourraient les intéresser, mais il faut qu’elles soient disponibles près de chez soi. Parfois, il faut aussi pouvoir se les payer, ce qui peut être un facteur limitant.

Dans de nombreux services d’addictologie, on demande aux patients hospitalisés de penser à ce qu’ils aimeraient avoir comme loisir après leur hospitalisation. Ce n’est pas une question en l’air, mais un véritable exercice auquel il faut réfléchir. Lorsque l’on arrête l’alcool, il faut prévoir des activités alternatives qui vont remplir le temps laissé libre.

3°) Quelles activités alternatives ?

Comment faut-il y réfléchir ? le meilleur moyen de répondre à cette question est de montrer, à partir d’un contre-exemple, ce qui ne faut pas faire. Lors d’un groupe de parole, un patient à qui nous avions demandé s’il avait des activités de loisirs nous a répondu : « je n’ai que des loisirs, je suis à la retraite ».

Nous lui avons demander de détailler. Il nous a répondu : 

« Le matin, je m’occupe de ma belle-mère n’est plus autonome et ensuite de mon chien qui est malade depuis quelques temps». 

Très bien, et l’après-midi ?

« Je donne des cours d’informatiques gratuitement à des jeunes en difficultés ».

Et le soir ?

« Je m’occupe de la maison, ma femme est fatiguée ».

Cherchez l’erreur !

Nous voyons souvent ce genre de personnalité dans les consultations d’addictologie. Ce sont des personnes qui ont des tâches très lourdes à accomplir au quotidien, qui sont souvent généreuses, tournées vers les autres mais qui se négligent. Le meilleur moyen pour elles d’obtenir une petite récompense est donc de consommer un peu (ou beaucoup) d’alcool, ou de jouer en ligne ou d’aller gratter des tickets (rarement gagnant comme on peut s’en douter) au tabac du coin.

Pour limiter les risques de dépendance ou pour pouvoir s’en débarrasser, il est important d’avoir des loisirs, voire des passions qui nous procurent de la « récompense ». Nous parlons ici de récompense en sens neurobiologique du terme, c’est-à-dire qui entrent en compétition avec les « récompenses » amenées par des addictions. C’est essentiel de mettre en concurrence la récompense alcool et la récompense liée à des activités que l’on aime faire. Il faut rechercher du plaisir, et ne pas penser à la performance. 

Il est bien, si possible, d’avoir des activités de groupe. C’est entraînant et cela permet de faire des rencontres sociales. Il faut évidemment choisir des activités sans relation avec l’alcool, sans troisième mi-temps ni fêtes régulières. Que nous disent les patients ? Un atelier peinture ; du jardinage ; un groupe de marche ; des balades ; du jogging ; des mandalas ; des sorties ornithologiques ; de la lecture ; etc.

Vous avez un choix quasi-illimité. Bons loisirs… 

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