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CRAVING : un second questionnaire pour mieux comprendre

2de partie du questionnaire « craving » : 

évaluer les ENVIES COMPULSIVES DE BOIRE

Nous avons déjà discuté du fait que le craving est complexe à définir et représente par ailleurs une expérience très personnelle qui peut différer selon les individus. C’est pourquoi les questionnaires permettant d’évaluer le craving ont plusieurs questions qui tentent de cibler les différentes composantes de celui-ci.

Dans le questionnaire que nous vous proposons, il existe deux grandes parties. 

La première vous a été proposée vendredi dernier comporte 6 questions qui permettent d’évaluer les PENSÉES OBSÉDANTES, ce qui, bien sûr, représente un élément majeur du craving.

Dans ce texte, vous avez 8 questions supplémentaires qui ont pour objectif d’évaluer les ENVIES COMPULSIVES DE BOIRE.

Il est important de préciser à nouveau qu’il n’existe pas de limite définie entre un état normal et un état pathologique. Ce qui semble le plus intéressant est de voir quel type de questions on peut se poser pour mieux comprendre et verbaliser ce que l’on ressent. Ce questionnaire dans sa version complète est celui qui est généralement utilisé pour évaluer le craving et son évolution dans les essais scientifiques. Par exemple, l’effet anti-craving des médicaments est évalué avec ce questionnaire.

Les autres questionnaires de craving disponibles sont tous composées de questions similaires. Nous avons déjà cité une caractéristique du craving qui est de pouvoir survenir dans des circonstances et/ou des moments où on ne l’attend pas. Ce critère est intéressant mais n’est actuellement retenu dans aucun des questionnaires validés disponibles.

Voici les 8 questions complémentaires :  

Q7 Combien de verres de boissons alcooliques buvez-vous par jour? 

0       Aucun

1       Moins d’un verre par jour 

2       De 1 à 2 verres par jour

De 3 à 7 verres par jour

4 8 verres ou plus par jour 

Q8 Combien de jours par semaine buvez-vous de l’alcool? 

0       Aucun 

1       Pas plus d’un jour par semaine 

2       De 2 à 3 jours par semaine 

3       De 4 à 5 jours par semaine 

4       De 6 à 7 jours par semaine 

Q9 A quel point votre consommation d’alcool interfère-t-elle avec votre activité professionnelle? Existe-t-il des choses que vous ne faites pas ou ne pouvez pas faire à cause de cette consommation? (Si vous ne travaillez pas actuellement, à quel point vos capacités professionnelles seraient-elles affectées si vous travailliez?) 

0       Le fait de boire n’interfère jamais – je peux fonctionner normalement 


1       Le fait de boire interfère légèrement avec mon activité professionnelle mais l’ensemble de mes capacités n’en est pas affecté


2       Le fait de boire interfère de manière certaine avec mon activité professionnelle, mais je peux m’en arranger 

3       Le fait de boire affecte de façon importante mon activité professionnelle 


4       Les problèmes d’alcool bloquent mes capacités de travail 


Q10 A quel point votre consommation d’alcool interfère-t-elle avec votre activité sociale? Existe-t-il des choses que vous ne faites pas ou ne pouvez pas faire à cause de cette consommation? 

0       Le fait de boire n’interfère jamais – je peux fonctionner normalement 


1       Le fait de boire interfère légèrement avec mes activités sociales, mais l’ensemble de mes capacités n’est pas affecté


2       Le fait de boire interfère de manière certaine avec mes activités sociales, mais je peux encore m’en arranger 

3       Le fait de boire affecte de façon importante mes activités sociales 


4       Les problèmes d’alcool bloquent mes activités sociales 


Q11 Si l’on vous empêchait de boire de l’alcool quand vous désirez prendre un verre, à quel point seriez-vous anxieux ou énervé? 

0       Je n’éprouverais ni anxiété ni irritation 


1       Je ne deviendrais que légèrement anxieux ou irrité 


2       L’anxiété ou l’irritation augmenterait mais resterait contrôlable 


3       J’éprouverais une augmentation d’anxiété ou d’irritation très importante et dérangeante


4       J’éprouverais une anxiété ou une irritation très invalidante

Q12 A quel point faites-vous des efforts pour résister à la consommation de boissons alcooliques? (Evaluez uniquement vos efforts pour y résister et non votre succès ou votre échec à réellement contrôler cette consommation) 

0       Ma consommation est si minime que je n’ai pas besoin d’y résister – si je bois, je fais l’effort de toujours y résister 

1       J’essaie d’y résister la plupart du temps


2       Je fais quelques efforts pour y résister


3       Je me laisse aller presque à chaque fois sans essayer de contrôler ma consommation d’alcool, mais je le fais avec un peu d’hésitation


4       Je me laisse aller complètement et volontairement à la boisson 

Q13 A quel point vous sentez-vous poussé à consommer des boissons alcooliques? 

0       Je ne me sens pas poussé de tout


1       Je me sens faiblement poussé à boire


2       Je me sens fortement poussé à boire


3       Je me sens très fortement poussé à boire


4       Le désir de boire est entièrement involontaire et me dépasse

Q14 Quel contrôle avez-vous sur votre consommation d’alcool? 

0       J’ai un contrôle total


1       Je suis habituellement capable d’exercer un contrôle volontaire sur elle 

2       Je ne peux la contrôler qu’avec difficulté


3       Je dois boire et je ne peux attendre de boire qu’avec difficulté


4       Je suis rarement capable d’attendre de boire même momentanément 

Pour ceux qui aiment les maths : COMMENT CALCULER MON SCORE

Pour ceux qui trouveraient frustrant de connaître ce questionnaire et de ne pas savoir quoi faire de leur score, vous trouverez en fin de questionnaire la façon de calculer son score. Vous verrez que cela demande une petite « gymnastique mathématique ».

Si vous faîtes ce calcul, vous aurez un score de base qui vous pourra vous servir de contrôle pour la suite, en fonction de l’évolution de votre consommation et de vos soins. 

Le questionnaire complet comprend 2 sous-échelles : 

1/  L’article Les questions 1 à 6 scorent les Pensées Obsédantes (= PO) de consommation de la façon suivante : on retient le score le plus élevé entre les questions 1 et 2, auquel on ajoute les scores des questions 3, 4, 5 et 6. 

  • PO = max (Q1,Q2) + Q3 + Q4 + Q5 + Q6 

2/ Les questions 7 à 14 scorent les Envies Compulsives (= EC )de consommation de la façon suivante : on retient le score le plus élevé entre les questions 7 et 8, de même avec les questions 9 et 10, on ajoute les scores des questions 11 et 12, puis le score le plus élevé entre les questions 13 et 14. 

  • EC = max (Q7,Q8) + MAX (Q9,Q10) + Q11 + Q12 + MAX (Q13,Q14) 

– Le score total s’obtient par l’addition des scores PO et EC 

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CRAVING : un premier questionnaire pour mieux comprendre

Première partie du questionnaire « craving » :

évaluer les PENSÉES OBSÉDANTES

Répondre à ces questionnaire peut vous aider à identifier ce que vous pouvez ressentir

Nous avons abordé dans un texte précédent le concept de craving et essayé de voir comment on peut s’en servir pour avancer.

Il s’agit d’un concept particulièrement complexe qui divise encore la communauté scientifique, donc le plus intéressant est probablement de s’éloigner de la théorie et de discuter des outils permettant de s’auto-évaluer.

Vous trouverez à la suite du texte, la première partie d’un questionnaire qui est utilisé dans les protocoles de recherche pour évaluer le craving chez les patients.

Les questions correspondent aux 7 derniers jours qui viennent de s’écouler. Il n’y a pas de score normal, donc si vous additionnez les points obtenus, cela vous permettra seulement d’avoir un résultat initial qui pourra peut-être évoluer au fil du temps. Ainsi, vous pourrez chiffrer objectivement les variations et l’évolution dans le temps. 

Ce qui est surtout très important, c’est que répondre à ces questions va probablement vous permettre de mieux identifier ce que vous pouvez ressentir. Entre parenthèse, nous utilisons régulièrement ce test pour faire comprendre aux étudiants en médecine ce que peut représenter le craving.

La première partie du questionnaire correspond aux PENSÉES OBSÉDANTES que vous pouvez ressentir LORSQUE VOUS NE BUVEZ PAS.  

Prenez votre temps, certaines questions méritent d’être lues plusieurs fois !! 

QUESTIONNAIRE PREMIERE PARTIE

Q1 Lorsque vous ne buvez pas d’alcool, combien de votre temps est occupé par des idées, pensées, impulsions ou images liées à la consommation d’alcool? 

0       A aucun moment 

1       Moins d’une heure par jour 

2       De 1 à 3 heures par jour 

3       De 4 à 8 heures par jour 

4       Plus de 8 heures par jour 


Q2 A quelle fréquence ces pensées surviennent-elles? 

0       Jamais 


1       Pas plus de 8 fois par jour 


2       Plus de 8 fois par jour, mais pendant la plus grande partie de la journée je n’y pense pas 

3       Plus de 8 fois par jour et pendant la plus grande partie de la journée 


4       Ces pensées sont trop nombreuses pour être comptées et il ne se passe que rarement une heure sans que plusieurs de ces idées ne surviennent 

Q3 A quel point ces idées, pensées, impulsions ou images liées à la consommation d’alcool interfèrent-elles avec votre activité sociale ou professionnelle (ou votre fonction)? Y a-t-il quelque chose que vous ne faites pas ou ne pouvez pas faire à cause d’elles? (Si vous ne travaillez pas actuellement, à quel point vos capacités seraient-elles atteintes si vous travailliez?) 

0       Les pensées relatives à la consommation d’alcool n’interfèrent jamais. Je peux fonctionner normalement 

1       Les pensées relatives à la consommation d’alcool interfèrent légèrement avec mes activités sociales ou professionnelles, mais mes performances globales n’en sont pas affectées 

2       Les pensées relatives à la consommation d’alcool interfèrent réellement avec mes activités sociales ou professionnelles, mais je peux encore m’en arranger 

3       Les pensées relatives à la consommation d’alcool affectent de façon importante mes activités sociales ou professionnelles 

4       Les pensées relatives à la consommation d’alcool bloquent mes activités sociales ou professionnelles 

Q4 Quelle est l’importance de la détresse ou de la perturbation que ces idées, pensées, impulsions ou images liées à la consommation d’alcool génèrent lorsque vous ne buvez pas? 

0       Aucune


1       Légère, peu fréquente et pas trop dérangeante


2       Modérée, fréquente et dérangeante mais encore gérable 

3       Sévère, très fréquente et très dérangeante


4       Extrême, presque constante et bloquant les capacités 

Q5 Lorsque vous ne buvez pas, à quel point faites-vous des efforts pour résister à ces pensées ou essayer de les repousser ou de les détourner de votre attention quand elles entrent dans votre esprit? (Evaluez vos efforts faits pour résister à ces pensées, et non votre succès ou votre échec à les contrôler réellement) 

0       Mes pensées sont si minimes que je n’ai pas besoin de faire d’effort pour y résister. Si j’ai de telles pensées, je fais toujours l’effort d’y résister 

1       J’essaie d’y résister la plupart du temps


2       Je fais quelques efforts pour y résister


3       Je me laisse aller à toutes ces pensées sans essayer de les contrôler, mais je le fais avec quelque hésitation


4       Je me laisse aller complètement et volontairement à toutes ces pensées 

Q6 Lorsque vous ne buvez pas, à quel point arrivez-vous à arrêter ces pensées ou à vous en détourner? 

0       Je réussis complètement à arrêter ou à me détourner de telles pensées

1       Je suis d’habitude capable d’arrêter ces pensées ou de me détourner d’elles avec quelques efforts et de la concentration

2       Je suis parfois capable d’arrêter de telles pensées ou de m’en détourner


3       Je n’arrive que rarement à arrêter de telles pensées et ne peux m’en détourner qu’avec difficulté


4       Je n’arrive que rarement à me détourner de telles pensées même momentanément 

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CRAVING

Un lecteur du blog souhaitait que nous parlions de craving. Il s’agit d’un terme qui a acquis une forte audience depuis quelques années. 

CONCEPT COMPLEXE

Pour autant, le craving est un concept complexe qui ne fait pas consensus auprès des spécialistes. Il existe plusieurs théories essayant d’expliquer le craving et plusieurs définitions selon le modèle théorique retenu. Malgré cela, tout le monde est d’accord pour affirmer que le craving est fondamental car au cœur de l’addiction.

Pour avancer, essayer de définir ce que peut être le craving. Le mot anglais crave pourrait se traduire par « avoir un besoin maladif » (Dictionnaire Robert et Collins), ce qui donne déjà une première idée.

Un épisode de craving correspond à ressentir une forte envie, un besoin violent difficilement voire non contrôlable. Le craving fait volontiers suite à une stimulation évoquant la consommation, qu’elle soit visuelle, olfactive ou environnementale. Par exemple, voir un acteur consommer dans un feuilleton policier (et ils le font vraiment trop souvent !) peut générer une envie très violente d’alcool. Voir ses collègues fumer une cigarette pendant la pause alors qu’on essaie d’arrêter de fumer provoque aussi volontiers une envie très violente de re-consommer. Beaucoup de personnes ont vécues ce type d’épisode, en sachant bien sûr qu’il s’agit d’une expérience intime et qu’il y a donc des nuances inter-individuelles.

Mais le craving a aussi une caractéristique très importante, c’est qu’il peut survenir n’importe quand, à distance de toute consommation et sans aucune cause favorisante visible. Cette imprévisibilité est souvent très déstabilisante pour les patients qui souffrent de cette envie violente, parfois douloureuse, sans l’avoir « méritée » et en dehors de toute logique.

La question la plus importante est en fait : comment les consommateurs peuvent utiliser ce concept de craving pour avancer ?

Premièrement, le craving est lié à la dépendance. Même s’il ne faut jamais dire dire « jamais » en médecine, on peut considérer que si on ressent du craving (cette envie violente, ce besoin irrépressible, survenant volontiers en dehors de tout contexte), cela veut dire que l’on est dépendant. A partir de là, il faut se mobiliser contre sa maladie en utilisant toutes les ressources disponibles (intervenants spécialisés, associations…). Le craving peut être vu de façon positive comme un signal d’alerte qui doit permettre de se mobiliser de façon précoce contre sa maladie.

Deuxièmement, en plus de cet apport diagnostic, le craving peut être un indicateur d’évolution de sa maladie alcoolique. L’augmentation du craving signant son aggravation, la diminution de celui-ci indiquant une amélioration. 

Par exemple, on peut ressentir moins d’épisodes d’envies violentes dans la journée, ou ces épisodes peuvent durer moins longtemps. Ce sont là des éléments importants soulignant une évolution dans la bonne direction.