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ABSTINENCE ET RECHUTE : LES DÉFINITIONS SONT-ELLES SI ÉVIDENTES ?

Chez certains malades ayant un trouble de l’usage sévère, ou une dépendance (selon le type de questionnaire utilisé), le contrôle de la consommation n’est pas possible au long cours. Dans ce cas, l’option de soin à choisir est l’abstinence.

Ce concept paraît très simple : il faut être à zéro alcool. Il y a une maxime des alcooliques anonymes qui permet aux patients de bien comprendre cette idée : « 1 verre, c’est trop et 1000, ce n’est pas assez ». Et il est vrai que les rechutes commencent par un premier verre. Donc, pour les patients qui visent l’abstinence, l’idéal est de ne pas consommer du tout. Plus le temps passe et moins il y a d’envie, moins il y a la « réflexe » de boire en réponse à une émotion particulière. De plus, le temps permet aussi de perdre le « goût » de l’alcool et de le remplacer par une sorte d’écœurement. Très souvent, l’odeur même de l’alcool devient très désagréable. Donc, pour tous ceux qui réussissent à ne pas boire : BRAVO, NE CHANGEZ RIEN ! 

L’inconvénient de ce concept du zéro absolu, c’est que la reprise d’un seul verre semble signer l’échec pour les patients. Cela se traduit par du découragement et parfois l’idée qu’ils n’y arriveront jamais. Avant de poursuivre, il est essentiel d’insister sur le fait que ce texte n’a pas pour objectif de promouvoir des consommations épisodiques chez des malades qui souhaitent être abstinent, mais de leur permettre de comprendre au mieux ces épisodes.   

Voyons donc quelles informations, tirées des dernières connaissances scientifiques, peuvent être utiles aux patients qui veulent être abstinent et qui ont fait un écart. Chez ces patients dépendant à l’alcool, le concept de la rechute est essentiel à discuter, car celle-ci est malheureusement fréquente. Par exemple, après une première tentative d’arrêt d’alcool ou de tabac, les taux de rechute à 12 mois sont globalement supérieurs à 80 %. Cela explique la définition de la maladie alcoolique qui est décrite une « maladie chronique récidivante ». Il faut donc comprendre ce qu’est la rechute et comment la prévenir. Surtout il est essentiel que les patients sachent se remettre au combat en cas de rechute, car les chances de succès vont augmenter avec le temps.

DÉFINITION DE LA RECHUTE

Dans un premier temps, il faut savoir exactement de quoi on parle et pour cela définir le mot « rechute ». La réponse semble évidente, mais aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’y a pas de définition claire et unique de la rechute. Spontanément, on se dit que la rechute est tout simplement définie par un événement incontestable : la re-consommation.

Selon le dictionnaire Littré, la rechute correspond à « la réapparition d’une maladie pendant ou après la convalescence ». Il s’agit donc d’un retour vers une condition initiale indésirable. De nombreux addictologues considèrent aussi que la rechute correspond plus à un processus dynamique qu’à une simple reprise d’un verre. Cela confirme que le trouble de l’usage de l’alcool a une évolution variable caractérisée par des périodes de rémission et de rechute. 

Deux remarques :

         Évoquer la rechute comme s’incluant dans le processus évolutif qui va vers la guérison permet de la dédramatiser (combien de malades expliquent que c’était leur « dernière » chance !). Bien sûr, re-consommer n’est pas conseillé et donne du stress aux patients. Mais cela en signe pas la fin définitive de tout espoir. 

De plus, pour de nombreux patients il faut expérimenter plusieurs rechutes avant d’atteindre à leur objectif. Dire que la maladie alcoolique est une maladie récidivante ne signifie pas que les « rechutes » ne s’arrêtent pas un jour.

Quelles sont les données les plus récentes de la littérature scientifique ? Des auteurs ont cherché quelles étaient les différentes définitions de la rechute (à l’alcool) dans les études publiées récemment.  À partir de 139 études sélectionnées car étant de bonne qualité, voilà les résultats qu’ils nous proposent : 

  • Dans une cinquantaine d’étude (38 % des études exactement), la rechute était définie par l’existence d’une re-consommation, quelle qu’elle soit (donc à partie de 1 verre). 
  • Pour les autres équipes d’addictologues qui ont fait des études dans ce champ, la définition de la rechute était différente. Il y avait rechute chez les patients qui avaient consommé (cela ressemble à un poème de Prévert) :  
  • Au moins 2 verres
  • Au moins 4 verres
  • Au moins 6 verres en 1 seule occasion
  • Au moins 3 jours de suite
  • Au moins 7 jours de suite
  • Au moins 5 verres dans la journée ou au moins 5 jours dans 1 semaine
  • Au moins 4 verres chez une femme / 6 chez un homme
  • De façon identique à leur consommation initiale 
  • Comme auparavant et avaient eu des complications physiques ou psychologiques

Cela démontre qu’il existe des définitions très différentes bien sûr, mais aussi que l’interprétation de la rechute n’est probablement pas aussi simple que nous l’aurions pensé de première intention.  

Il est peut-être possible d’harmoniser ces réponses qui sont si différentes en introduisant une nouvelle donnée. 

NOTION DE « RELAPSE » ET DE « LAPSE »

Certains auteurs anglo-saxons distinguent deux façons de re-consommer de l’alcool. Ils parlent de « relapse » et de « lapse ». « Relapse » correspond à la réapparition d’une utilisation problématique de l’alcool, après une période d’amélioration : c’est notre notion classique de rechute. « Lapse » est typiquement définie comme une prise unique, ou une re-consommation très discrète : cela correspond à ce que nous nommons parfois « simple dérapage », « glissade » ou « coup de canif dans le contrat ».

Certains auteurs sont parfois allés plus loin dans la précision. Voici une illustration qui n’a valeur que d’exemple. Ces auteurs testaient un médicament qui était susceptible d’augmenter le nombre de jours d’abstinence sur une période donnée. Pour eux, l’abstinence correspondait à une consommation nulle (0 alcool) ; la rechute (relapse) était définie par une reprise d’alcool de plus de 4 verres par jour ou de plus de 14 verres dans la semaine ; le dérapage (lapse) était défini par toute consommation qui se situait entre les deux.

QUEL EST L’INTÉRÊT D’ERGOTER SUR LES DÉFINITIONS ?

Cette discussion est très importante, car l’expérience montre qu’un petit dérapage, ça peut arriver et ça peut se récupérer. Il est indispensable que les patients abstinents qui ont fait un écart ne le considère pas comme un échec irréversible, un retour au point de départ. 

Bien sûr, ce n’est pas souhaitable. Toutefois, si cela survient, l’urgence est de contacter son médecin, ou tout autre aide possible le plus vite pour immédiatement revenir à une consommation nulle. C’est beaucoup plus facile après avoir bu quelques verres qu’après une retour importante sur plusieurs semaines. 

De plus, après un petit dérapage, c’est souvent facile de revenir à l’abstinence. C’était un message très important à délivrer.

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AGE ET ALCOOL, QUAND Y’A UN OS…

Est ce qu’il faut faire plus attention à sa consommation d’alcool quand on vieillit, et pourquoi ?

Il est bien démontré que la consommation excessive d’alcool est responsable de nombreux effets secondaires, en particulier de la survenue ou de l’aggravation d’au moins 60 maladies. Toutefois, tout le monde n’est pas touché de la même façon car il existe une grande variabilité individuelle quant à la sensibilité à ce produit. Parmi les facteurs de fragilité, nous avons déjà évoqué le sur-risque féminin.

Qu’en est-il du facteur âge ? Faut-il faire plus attention à sa consommation d’alcool quand on vieillit, et pourquoi ?

Pour commencer, il faut insister sur le fait qu’il existe dans les pays occidentaux une augmentation de consommation d’alcool chez les personnes les plus âgées, en particulier en ce qui concerne le binge drinking. Cette augmentation est visible dans la tranche d’âge 50-64 ans, mais aussi chez les 65 ans et plus. Ces observations sont confirmées par le fait que le nombre de personnes abstinentes après 50 ans diminue au fil du temps.

Ces données sont inquiétantes dans la mesure où une consommation excessive d’alcool est un contributeur majeur de mortalité, chez les sujets les plus âgés tout particulièrement. Toutefois, la mortalité ne représente qu’une partie de la problématique.  En effet, en cas de maladie grave (et c’est incontestablement le cas de l’alcool), il est important de considérer les années de vie « perdues » hors décès, c’est-à-dire les années pendant lesquelles la maladie ou un handicap altèrent très profondément la qualité de vie.

Il existe un critère mesurant cela, qui correspond au nombre cumulé d’années perdues en raison d’une mauvaise santé, d’un handicap ou d’une mort précoce : l’acronyme anglais est le « DALY ». 

L’alcool, et cela n’étonnera personne, est une cause majeure d’années de vie perdues selon la définition donnée précédemment, et les seniors ne sont pas épargnés : sur-risque de complications médicales graves, de fatigue chronique, de traumatismes et d’handicaps. L’âge avancé est un facteur de risque d’effets toxiques de l’alcool. 

POURQUOI SOMMES-NOUS PLUS SENSIBLES A L’ALCOOL EN VIEILLISSANT ? 

Tout d’abord, parce que l’alcool est métabolisé (c’est-à-dire dégradé) plus lentement à mesure que l’on vieillit. On considère par exemple, que le foie, qui est le principal organe du métabolisme de l’alcool, commence à vieillir significativement dès l’âge de 45 – 50 ans.   

De plus, le corps qui vieillit contient moins d’eau, ce qui modifie la diffusion de l’alcool dans les organes et les tissus. Comme l’alcool se disperse moins dans l’organisme, cela se traduit par des ALCOOLÉMIES PLUS ÉLEVÉES pour des consommations équivalentes. Cela veut dire que pour une même quantité d’alcool consommée, la concentration d’alcool dans le sang va être plus élevée et est donc plus toxique.

Donc, à partir d’un certain âge (impossible de déterminer une limite nette, mais très probablement dès la quatrième décennie), pour une même consommation d’alcool, il y a plus d’alcool circulant dans le corps et pendant plus longtemps.

Comme si cela ne suffisait pas, les médicaments sont contre-indiqués avec la consommation d’alcool alors même que les traitements médicamenteux sont plus fréquemment prescrits aux âges avancés. 

Tous ces facteurs augmentent bien sûr le risque de complications chez les sujets d’âge mûr. 

Parmi tous les effets négatifs possibles, nous parlerons aujourd’hui des complications osseuses.

Lorsque l’on vieillit, la résistance de notre squelette diminue lentement en raison de la survenue d’une ostéoporose. Il s’agit d’une maladie diffuse du squelette qui correspond à une diminution de la densité osseuse et à des altérations de la microarchitecture de nos os. Les os deviennent plus fragiles et se cassent plus facilement. Bien sûr, les os qui supportent le plus de charge et de contraintes sont les plus à risque : notamment le col du fémur. 

Essayez de deviner quel facteur de risque majeur d’ostéoporose justifierait d’être systématiquement dépisté et pour lequel il faudrait probablement intensifier la prévention ?

C’est bien sûr la consommation excessive d’alcool. L’alcool est un facteur aggravant formellement démontré et serait la cause de 20 à 30 % des ostéoporoses masculines. La ménopause favorise l’ostéoporose et les femmes doivent donc être encore plus vigilantes à leur consommation d’alcool après la ménopause. 

Par ailleurs, La consommation d’alcool favorise les troubles de l’équilibre et les chutes chez les seniors. Donc, nous voyons que l’alcool est moins bien épuré avec l’âge et qu’il persiste plus longtemps dans le corps. Il favorise la fragilité osseuse et les chutes. 

Pour l’ensemble de ces raisons, le risque de fracture est beaucoup plus élevé chez ses seniors qui consomment. 

Malheureusement, la chaine des complications ne s’arrête pas là. 

En effet, la consolidation d’une fracture dépend de la vitalité osseuse et la microcirculation sanguine. Or cette dernière est altérée par l’alcool et la consommation de tabac. Il faut aussi, si une chirurgie a été nécessaire, que les tissus mous autour de l’intervention puissent cicatriser rapidement et que la cicatrice ne s’infecte pas. 

Or, là encore, il est démontré de façon incontestable que la consommation d’alcool ralenti les cicatrisations et augmente les risques infectieux locaux (autour de la cicatrice) ou généraux (par exemple une septicémie ou une pneumonie).

Enfin, la consommation chronique d’alcool augmente après chirurgie la durée de séjour en Unité de Soin Intensif et donc tous les risques liés à ce type d’hospitalisation très « lourde ».

CONCLUSION

Donc, pour conclure, l’alcool est un facteur de risque de fragilité osseuse, de chute et de fracture. Ceci est surtout vrai chez les seniors. De plus, en cas de fracture, les capacités de guérison sont diminuées avec des risques importants de complications pendant le traitement et de séquelles plus fréquentes. Comme toujours avec l’alcool, a plupart de ces risques sont augmentés par le tabagisme.

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Vous reprendrez bien un petit sucre ?

La maladie alcoolique est classiquement décrite comme une maladie chronique, récidivante dont le traitement est l’abstinence. Or, après le sevrage alcoolique, certains patients rapportent une attraction pour des aliments au goût très sucré. Ils en sont d’autant plus étonnés qu’ils n’avaient pas de telles envies pour les produits sucrés auparavant. Par exemple, un homme de 45 ans déclarait 2 mois après avoir stoppé l’alcool, qu’il avait toujours un paquet de bonbons dans sa voiture, alors qu’il n’en mangeait pas auparavant.

Plusieurs études ont montré que l’ingestion de produits très sucrés provoquait des réactions neurochimiques dans le cerveau tout à fait comparable à ce qui est observé après la consommation d’une drogue. D’autre part, lors d’expériences menées chez le rat, il est apparu que le sucre générait chez ces rongeurs un besoin plus puissant que la cocaïne. Il n’est donc pas incohérent de penser qu’il pourrait exister un lien entre ces deux types de produits, qui tous les deux empruntent le circuit de la récompense dans le cerveau.

D’ailleurs, les personnes ayant une dépendance à l’alcool ou à une autre drogue ont plus d’attrait pour les produits très sucrés que les personnes non dépendantes.

À l’inverse, il semble aussi que les personnes qui ont des consommations importantes de sucre et de produits sucrés sont plus à risque de souffrir d’un mésusage de substances psychoactives (c’est-à-dire l’alcool, le tabac ou toute autre drogue illégale). 

Notez bien qu’il s’agit d’études sur de nombreux patients et que cela n’est pas vrai pour tout le monde. Il s’agit toutefois, c’est une information intéressante à connaître.

Après le sevrage, il pourrait y avoir donc un transfert de « dépendance » entre l’alcool et l’alimentation, en particulier les aliments sucrés. Ceci expliquerait la survenue de certains troubles du comportement alimentaire chez certains personnes. Lors du sevrage d’un produit, des épisodes de pertes de contrôle alimentaire peuvent survenir, parfois sous la forme de « binge-eating » (voir l’article binge-drinking). Pour d’autres, la nourriture peut être utilisée comme « substitution » ou pour réguler l’humeur, les émotions ou le stress.

Donc un transfert de l’alcool vers la nourriture semble possible, mais la fréquence de ce phénomène reste mal connue. Des médecins allemands ont montré que chez les patients qui avaient stoppé ou diminué leur consommation d’alcool, près de 80 % augmentaient  leur consommation de tabac, de café, de chocolat ou de produits sucrés. Cela ne nous informe pas spécifiquement sur la consommation de produits sucrés car leurs prises sont évaluées sans faire la diffférencier de plusieurs autres substances, dont le café. 

Une autre étude amène plus d’éléments de réponse. Cette étude a été effectuée chez des malades hospitalisés 6 semaines pour faire un sevrage alcool et une « post-cure » afin de consolider ce sevrage. Ces patients avaient un accès libre aux produits sucrés grâce aux provisions que leur famille leur amenait et à la possibilité d’acheter au point presse de l’hôpital divers gourmandises. Divers paramètres concernant une appétence pour les produits sucrés ont été mesurés à plusieurs reprises et les résultats sont particulièrement intéressants.

1°) Il apparaît que le craving pour l’alcool diminue tout au long de l’hospitalisation. A l’opposé, le craving pour les produits sucrés (gateaux, barres chocolatées, sodas, etc…) augmente pendant la même période. 

« Le craving est un terme importé des États-Unis, venant du verbe « to crave » qui signifie « avoir terriblement besoin », « avoir très envie », « être avide de ». Le craving convoque donc le désir, la pulsion, le besoin, l’envie, toujours doublé d’un caractère irrépressible et irrésistible. »

https://www.maad-digital.fr/en-bref/le-craving-symptome-de-laddiction

2°) Les deux courbes se croisent comme s’il y avait un transfert d’envie de l’alcool vers le sucre. Nous ne parlons pas de dépendance car l’existence d’une dépendance au sucre chez l’homme reste contestée (même si on vraiment l’impression que certaines personnes en souffrent. 

3°) Par ailleurs, chez les malades qui ont une augmentation de leurs envies de sucre, il y a une constitution de réserve de produits sucrés dans les chambres que l’on ne trouve pas chez les patients qui n’ont pas d’augmentation d’envie.

4°) Enfin, ce sont ces malades qui ont des envies de sucre et qui font des réserves qui prennent du poids à l’issue de l’hospitalisation ; les autres patients ayant un poids stable voire une perte pondérale.  

Est-ce que cette nouvelle appétence au sucre survient de façon rare après un sevrage alcoolique ? 

Non, elle a été observée chez 40 % des patients. Il s’agit donc d’un effet secondaire qui est très fréquent. 

Ainsi, les patients qui font des sevrages alcool doivent savoir qu’il s’agit d’un effet possible. Ils peuvent ressentir le besoin de manger divers produits très riches en sucre. Il y a alors le risque de se constituer un petit garde-manger dans lequel il sera facile de piocher à toute heure de la journée. C’est dans ces cas particuliers, mais pas si rares, qu’il peut y avoir une prise de poids après arrêt de l’alcool.  

Il faut préciser que dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un transfert d’envie qui est transitoire et que donc, les patients ne sont pas condamnés à augmenter leur consommation de produits sucrés au long cours. Généralement, ces envies s’effondrent après quelque mois.

Les résultats de cette étude sont-ils surprenants ? Non, pour deux principales raisons.

  • Tout d’abord, il a été possible d’obtenir des résultats comparables chez des rats. Ceci confirme bien que le transfert de craving d’un produit psycho-actif (ici l’alcool) vers le sucre en général est une réalité et non une bizarrerie liée à des patients très atypiques
  • Deuxièmement, ce transfert de craving est bien connu chez les personnes qui arrêtent de fumer et qui souvent compensent l’absence de tabac par bonbons et gâteaux.

Pour conclure.

Si vous consommez trop d’alcool et que vous arrêtez de boire, vous pouvez ressenti des envies très fortes de produits sucrés. C’est très fréquent et généralement transitoire. Donc, soyez rassurés. Mais restez quand même vigilant afin de ne pas prendre de mauvaises habitudes qui pourraient, au long cours, nuire à votre santé.

Repérer les envies de sucré permet aussi d’essayer d’autres « procédés auto-calmants » (prendre le temps d’aller faire un tour, respirer lentement et profondément, parler à un ami , faire quelque chose d’agréable). L’envie de sucré peut être en quelque sorte un « signal » du besoin de réconfort, d’apaisement ou même du besoin de se défouler. Et si, il y a consommation de sucré, le faire en conscience, lentement donnera plus rapidement lieu à une satisfaction. 

Le sucre, c’est sympa, mais en quantité contrôlée.  

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La confiance en soi

Les questions que l’on se pose face aux addictions sont souvent les mêmes que face à d’autres difficultés dans la vie, notamment : 

  1. Pourquoi ai-je ce problème ?
  2. Pourquoi je n’y arrive pas à m’en sortir ?
  3. Pourquoi les autres y parviennent mieux que moi ?
  4. Comment pourrais-je faire pour le résoudre ?

1°) Pourquoi ai-je ce problème ?

Concernant la première question, il n’y a parfois pas de réponse unique. Nous avons déjà parlé de l’impact de la génétique et de l’environnement. Mais il existe d’autres facteurs favorisants la survenue d’une dépendance : l’âge de début de la prise de produits ; certains traits de personnalité ; l’existence de troubles psychiatriques associés (par exemple l’anxiété, la dépression) ; les épreuves que nous vivons et bien d’autres facteurs individuels.

Ces facteurs concourent au développement de certains réseaux qui fonctionnent « trop bien » dans notre cerveau, c’est-à-dire qui réagissent de façon trop importante à différents produits, dont l’alcool.

2°) Pourquoi je n’y arrive pas à m’en sortir ?

La deuxième question devrait être formulée d’une autre façon. Elle devrait plutôt être : pourquoi je ne suis pas parvenu à m’en sortir « JUSQU’ICI». Ce n’est pas la même chose. En effet, ce qui est dit ici, c’est comment puis-je trouver des moyens, des techniques qui me permettent de m’en sortir, alors que la première version signifie : pourquoi suis-je condamné à ne pas m’en sortir. C’est totalement différent

Bien sûr, il faut du temps, parfois des années pour arrêter un produit ou pour réussir à en réguler la consommation. C’est pourquoi le fait de ne pas y être parvenu jusqu’ à présent ne signifie que cela est impossible, simplement que ça n’a pas encore été réalisé.

Il est indispensable de conserver l’espoir et l’envie d’y parvenir. Ce n’est bien souvent qu’une affaire de temps. Il faut un moment propice (qui se traduit parfois par un déclic) et les outils adaptés (soignants, groupes de pairs, blogs, etc…).

3°) À la question « pourquoi les autres y arrivent mieux que moi ? », la réponse est claire. Ils ont autant de difficultés. Chacun fait face comme il peut. Et celui qui semble y parvenir assez facilement en est peut-être à plusieurs années d’effort. Par ailleurs, vous pouvez rencontrer quelqu’un qui a réussi à stopper l’alcool assez facilement, mais qui ne parvient pas à arrêter de fumer alors qu’il souffre déjà de troubles respiratoires. Ne soyons donc pas toujours convaincu que les autres y arrivent mieux que nous, la plupart du temps, c’est faux.

4°) Comment pourrais-je faire pour le résoudre ?

La question la plus importante est plutôt : « comment puis-je faire pour avancer ». Il s’agit d’une question centrale qui a été largement étudiée par plusieurs équipes et la réponse la plus fréquemment rapportée est la suivante : il faut avoir confiance en soi. C’est généralement ce qui fait la différence entre ceux qui obtiennent des bons résultats et les autres.

LA CONFIANCE EN SOI EST ESSENTIELLE :

Pour se lancer. Commencer une démarche addictologique paraît souvent très dur : c’est faire face à une montagne qui semble vraiment difficile à gravir. Il est indispensable d’avoir confiance en soi pour oser commencer. On voit là une différence générale entre un esprit français et un esprit américain. Ces derniers se disent : si d’autres l’ont fait, je vais y arriver. Notre tendance habituelle est plutôt de douter de nous. Pour se lancer, pensons au fameux « yes, we can ! ».

Lorsque la décision d’avancer a été prise, il y a encore de nombreuses difficultés à vaincre. C’est dur d’arrêter l’alcool, il y a des envies, des moments de doute. Si on repense à la montagne, on est tenté de se demander si on n’en a pas choisi une bien trop haute ou difficile. Les questions qu’il faut se poser alors sont les suivantes : Ai-je déjà réussi des choses difficiles ? Combien de fois me suis-je trouvé devant des difficultés que j’ai réussi à vaincre ? 

Il vous faut chercher dans vos souvenirs d’études, de pratiques sportives, de travail. Avec le recul, cela paraît souvent assez simple, mais sur le moment, c’était très compliqué et cela vous paraissait insurmontable. Apprendre le code et passer le permis de conduire. Tout le monde dira que c’est assez simple, mais quand on y était, cela nous paraissait vraiment très compliqué. 

Nous avons tous des exemples de ce type en tête et il faut se les remémorer et se souvenir des efforts que nous avons su faire alors. On s’est dit : c’est vraiment dur, mais je vais y arriver car les autres l’ont déjà fait.

C’est en regardant ce qu’on a réussi que l’on arrive à augmenter sa confiance en soi.

La rechute. Une troisième situation qui se présente régulièrement est une rechute, ou du moins un dérapage. Beaucoup de patients sont désespérés par ces épisodes et se disent : je suis condamné à ne pas réussir. 

Mais avez-vous toujours tout réussi au premier essai ? Ce serait étonnant. Nous avançons tous en tâtonnant, en multipliant les réussites et les échecs.

Un basketteur a livré un jour ses statistiques. Il les a résumées de la façon suivante : « j’ai raté 9000 tirs dans ma carrière, j’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois on m’a fait confiance pour prendre le tir la victoire et j’ai raté ».

Vu sous cet angle, cela ne semble pas très bon. En fait, il s’agit de Mickael Jordan, un des plus grands basketteurs de l’histoire. Il concluait ainsi : « j’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi ».

Inutile de parler après Mickael Jordan !!

Pour résumer sous la forme d’un petit tableau :

Pour se lancerJe suis capable de le faire
Pour tenir quand c’est difficileJ’ai déjà réussi des choses aussi difficiles
Pour continuer lorsqu’il y a un dérapage ou une rechuteJe n’ai pas toujours réussi du premier coup, mais je suis capable de rebondir
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Sexe et alcool : que faut-il arrêter ?

Quand les consommations excessives ne sont plus d’actualité, quels sont alors les bénéfices sur la sexualité ?

Nous avons déjà vu dans un texte précédent que la consommation excessive d’alcool favorisait les dysfonctions sexuelles. Dans les études effectuées chez des patients hospitalisés pour un sevrage d’alcool (arrêt de l’alcool chez des patients dépendants avec une surveillance médicale en hospitalisation), il apparaît qu’au moins 70 % d’entre eux avaient souffert de dysfonctions sexuelles l’année qui précédait l’hospitalisation. Les difficultés résultaient de l’atteinte d’au moins l’une des trois dimensions clés de la sexualité c’est-à-dire le désir, l’excitation ou la capacité à atteindre l’orgasme. Très souvent, plusieurs dysfonctions sexuelles étaient associées. Chez les hommes, une baisse de désir sexuel et une dysfonction érectile (manque de rigidité) pouvaient être associés, chez d’autres hommes, une éjaculation prématurée et une dysfonction érectile peuvent être présentes. Chez les femmes, cela pouvait être l’association d’une baisse de désir, d’une sécheresse vaginale occasionnant des douleurs pendant les relations sexuelles et d’une difficulté à atteindre l’orgasme. 

Lorsqu’il une consommation excessive d’alcool associée ou non à une dépendance à l’alcool, la grande fréquence des dysfonctions sexuelles est mise en évidence à la fois chez les hommes et chez les femmes.

Ces troubles sexuels ont un impact important sur la qualité de vie individuelle mais aussi conjugale.

UNE FOIS SOBRE,

on peut donc se demander ce qui se passe après arrêt de sa consommation. Grâce à plusieurs études faites sur ce sujet, nous avons des réponses assez précises à donner. 

Globalement, l’abstinence s’accompagne d’une amélioration portant sur les trois dimensions de la sexualité déjà citées, soit le désir, l’excitation (érection ou lubrification vaginale) et l’orgasme. 

Chez l’homme, l’évolution de la dysfonction érectile a été particulièrement étudiée car ces troubles sont évalués par des critères physiques objectifs plus simples à mesurer : rigidité suffisante pouvant permettre la pénétration ou insuffisante. Pour donner un ordre de grandeur, il a été montré que l’abstinence permettait de diviser par 10 la fréquence des troubles de l’érection chez des patients gros consommateurs d’alcool. Il s’agit donc d’une diminution particulièrement significative.

Les autres dysfonctions s’améliorent aussi, mais généralement de façon moins spectaculaire ou avec une évaluation plus subjective, tant chez l’homme que chez la femme. Pour ces dernières par exemple, il a été montré une augmentation du désir, une plus grande capacité à être excitée et surtout une augmentation de la capacité à atteindre l’orgasme lors d’une relation sexuelle. 

DANS QUEL DÉLAI ?

Ces résultats sont très positifs, mais il faut préciser que ces récupérations demandent un certain délai. Une semaine après l’arrêt de l’alcool, il ne faut pas espérer une récupération totale des troubles dont on pouvait souffrir. Les données disponibles stipulent qu’une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool. 

Attention, il ne s’agit toutefois pas d’une loi absolue pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, certaines fonctions peuvent mettre plus de temps à rétablir. Cela va dépendre de l’ancienneté des troubles, du degré de sévérité et des conditions, du contexte dans lequel l’abstinence ou la sobriété survient. Si les troubles sont sévères, le temps nécessaire à une bonne récupération sera forcément supérieur.
  • Deuxièmement, il est possible que les dysfonctions sexuelles aient d’autres facteurs favorisant que la consommation d’alcool. Nous pouvons citer par exemple le tabagisme ou la prise d’une autre drogue, certains traitements médicamenteux, une maladie vasculaire, un diabète sévère, etc…
  • Parfois ce sont des traits de personnalité et des facteurs émotionnels qui vont pérenniser les troubles sexuels. Ainsi, l’anticipation de « l’échec », que les sexologues appelent anxiété de performance, peut favoriser l’absence ou la perte d’érection. De même, l’appréhension de la douleur peut altérer le désir et l’excitation sexuelle, favoriser les tensions corporelles et la contraction des muscles du périnée, tout cela favorisant les douleurs lors des relations sexuelles.
  • Enfin, la qualité de la relation de couple joue un grand rôle :  les habilités sexuelles de l’un et de l’autre, l’existence de dysfonctions sexuelles chez le (ou la) partenaire, les habilités relationnelles, la qualité de la communication, la présence d’interprétation erronées sur l’origine des troubles etc…
  • Voici quelques exemples d’interprétation erronées : « mon compagnon n’a pas d’érection , c’est qu’il ne me désire pas, ou qu’il me trompe ». Or en fait les troubles de l’érection peuvent tout à fait survenir quand le désir est bien présent et en l’absence de toute relation extra-conjugale. 

Ainsi, si une dysfonction persiste après l’arrêt de l’alcool, il faut en parler à son médecin pour qu’il puisse rechercher une maladie associée. 

En pratique clinique certaines récupérations sont beaucoup plus lentes et un retour à une sexualité satisfaisante ne survient qu’après 9 ou même 12 mois. Certaines dysfonctions sexuelles peuvent persister en l’absence d’approche spécialisée en médecine sexuelle ou sexologie, même si, comme nous l’ avons dit précédemment, une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool.

IMPACT SUR LA VIE DE COUPLE ET LA QUALITÉ DE VIE:

Cette amélioration des fonctions sexuelles se traduit le plus souvent par une vie de couple plus harmonieuse. Ainsi, il a été démontré que lorsqu’un partenaire qui avait une consommation excessive d’alcool devient abstinent, l’intimité sexuelle du couple redevient généralement normale et comparable à celle de couple n’ayant jamais connu l’alcool.

Donc, même si un certain délai est nécessaire, un retour à la normale est tout-à-fait possible. La vie intime du couple redevient satisfaisante et dans la mesure où il s’agit d’un élément important de la qualité de vie en général, cela contribue à améliorer celle-ci.

UN EFFET DÉLÉTÈRE DU SEVRAGE SUR LA SEXUALITÉ EST-IL POSSIBLE ? 

Tous ces résultats sont positifs mais il faut toutefois amener une réserve. En effet, il peut arriver que le sevrage alcoolique provoque, en particulier chez les hommes, des dysfonctions sexuelles transitoires alors qu’il n’existait aucune plainte auparavant. Il peut s’agir de troubles du désir et/ou de l’excitation (troubles de l’érection). Cela peut être très perturbant pour les patients qui se demandent s’il s’agit d’un trouble transitoire ou non. De plus, cet effet secondaire (tout de même rare) du sevrage est parfois un facteur de risque de rechute. En fait, après quelques semaines au maximum, les fonctions sexuelles reviennent à la normale. Pas de panique, ça va revenir et souvent même en mieux. 

Si un tel trouble survient, il est fondamental de ne pas s’affoler et de ne pas rajouter à l’effet du sevrage un stress de la performance.  Et si besoin, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant afin de faire le point, avoir une aide pharmacologique (traitement médicamenteux) ou être adressé à un sexologue. 

Enfin, chez certaines personnes l’absence d’alcool ou de drogues peut révéler des difficultés sexuelles. Une accompagnement en sexologie est alors indiqué pour ne plus avoir besoin de produits pour vivre la sexualité.

QUEL EST L’IMPACT D’UNE DIMINUTION DE LA CONSOMMATION D’ALCOOL ?

L’impact d’une diminution de consommation d’alcool sur les fonctions sexuelles est mal connu. Toutefois, il est bien démontré qu’il existe un lien direct entre l’importance des quantités consommées et l’importance des troubles sexuels. 

Par exemple, chez l’homme, la qualité de l’érection (taille et dureté du pénis permettant la pénétration) est diminuée de façon dose-dépendante : c’est-à-dire que plus il y a d’alcool et moins il y a de rigidité pénienne.

On peut donc spéculer que moins il y a d’alcool et moins il y aura de dysfonction sexuelle. C’est d’ailleurs conforme à ce qui est régulièrement observé en consultation. 

Il est assez simple DE CONCLURE CE TEXTE : pour retrouver une bonne qualité de vie sexuelle et harmonieuse il faut aller vers une consommation d’alcool la plus basse possible voire une abstinence totale lorsque le contrôle des consommations d’alcool est impossible. 

Vous sentirez la différence… votre partenaire aussi !

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ON SE PRÉPARE À FAIRE LA FÊTE !

Après la période des fêtes de fin d’année, nous voyons en consultation de nombreux patients qui étaient abstinents et qui ont rechuté pendant cette période. Il s’agit bien sûr d’une période à risque, même si cette année va (malheureusement) rendre les échanges festifs plus difficiles et peut-être ainsi diminuer les risques de re-alcoolisation.

Quoiqu’il en soit, c’est le bon moment de se remémorer quelques conseils de base. Ces conseils sont donnés par les soignants aux patients mais aussi souvent expliqués par les patients à leurs soignants (échange de bons procédés !). Vous avez probablement plein d’autres tours dans votre sac. Voilà l’occasion de vous en rappeler.

1°) COMMENT SE PRÉPARER AUX FÊTES DE FIN D’ANNÉE? 

Tout d’abord, il est important d’anticiper comment se comporter pendant les soirées de fêtes. Chaque personne abstinente sait généralement comment faire pour ne pas boire à condition de se préparer en amont. 

Il faut par exemple fignoler sa « phrase-type » pour refuser un verre d’alcool, et bien la répéter pour être capable de la dire de façon naturelle et réflexe. Même si nous devrions être en petit comité cette année, il n’est pas impossible de s’entendre dire quelque chose dans le style de: « ben, tu ne bois rien ? » « Ce soir, c’est pas pareil ! » « Pour une fois, ça ne peut pas faire de mal ! ».

Il faut être prêt à répondre du tac au tac, naturellement et sans la moindre gêne. Si vous vous sentez encore un peu fragile : répétez comme les grands acteurs.

Vous pouvez aussi amener des boissons sans alcool pour pouvoir faire la fête, afin de boire ce que vous aimez, sans prendre de risque. Il faut surtout éviter les soirées traquenards au cours desquelles il est quasiment impossible de ne pas boire.

Il peut être utile enfin de pouvoir anticiper les conséquences de son comportement : c’est-à-dire de ressentir par avance la fierté d’avoir passé ce moment délicat sans re-consommer ; ou au contraire la déception d’avoir craqué. 

2°) COMMENT BIEN GÉRER SA SOIRÉE ?

Il faut se dire que ce n’est pas plus dur qu’un autre soir. Vous avez déjà tenu et vous savez donc comment gérer.

Si vous êtes tenté pendant la soirée, n’oubliez pas qu’une envie, ça passe vite. Surtout, pensez à quel point vous serez heureux le lendemain matin. Vous vous direz alors, avec fierté, que vous avez super bien géré votre Noël ou votre jour de l’an !

Il faut être sûr de soi avec un verre d’eau pétillante ou de boisson non alcoolisée à la main : ce n’est pas une tare de ne pas boire d’alcool. Il n’y a donc aucune raison de se sentir mal à l’aise ou complètement inadapté.  

3°) QUE FAIRE APRÈS ?

En cas de consommation, il est indispensable de revenir immédiatement à l’abstinence. Par exemple, en cas de re-consommation à Noël, il ne faut surtout pas remettre ça au jour de l’an. Surtout ne pas se leurrer, la première re-consommation se passe souvent bien. On peut volontiers se dire : « en fait, j’ai géré, je n’ai bu que 2 verres ». Attention, c’est un leurre et ça se dégrade très vite après. Donc il faut un retour immédiat à zéro, mais restez optimiste : si on est vigilant, un coup de canif dans le contrat n’est pas égal à une rechute. 

Au moindre doute, contacter un soignant et, si possible, faites-vous aider par des proches. Trop souvent, les patients n’osent pas revenir en consultation : ils attendent que « ça aille mieux ». C’est une très mauvaise idée. Il faut consulter au moindre doute. Ne ressentez pas de honte et n’ayez pas la crainte de déranger.

Voilà quelques pistes de réflexion pour vous aider dont certaines ont été soufflées par des patients heureux de leur abstinence.

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e-SANTÉ ET ADDICTION

e-SANTÉ ET ADDICTION

Une réunion très importante a été organisée par la MILDECA sur la e-santé. Un document rédigé par des experts a été produit à cette occasion afin de pointer l’existant et surtout d’anticiper l’avenir de la e-santé. 

Ce texte confirme que la e-santé a un « énorme potentiel désormais reconnu à l’international », et qu’elle représente « une réponse particulièrement bien adaptée aux besoins ».

Voici quelques extraits significatifs de ce texte (reproduits à l’identique) qui méritent d’être lus avec beaucoup d’attention.

Extraits du texte de synthèse (qui fait en tout 104 pages).

« La lutte contre les drogues et les conduites addictives ne peut pas se passer de l’apport de l’e-Santé, qui est susceptible d’apporter une amélioration du service médical rendu dans la prévention, le repérage, le diagnostic et le traitement des addictions

Un plan pour le déploiement progressif et intégré des solutions de e-Santé peut désormais être considéré comme indispensable dans le cadre de la lutte contre les drogues et les conduites addictives, pour la prévention et pour la réduction significative du « treatment gap », qui laisse actuellement un grand nombre de patients sans prise en charge. »

Pour mémoire, le « treatment gap » représente l’écart qui existe entre le nombre de patients ayant besoin de soin et ceux qui ont effectivement un soin. Concernant les problèmes d’alcool, moins de 10 % des patients qui devraient bénéficier d’un accompagnement ont effectivement des soins. 

La synthèse valorise deux éléments qui sont spécifiquement considérés comme des outils de soin majeurs

1°) LES NOUVEAUX ACTEURS DE L’e-SANTE

« Les technologies numériques permettent de mobiliser plus efficacement de nouveaux acteurs (tels les associations de patients, les patients experts, les psychologues, les préventeurs, etc.). 

La mobilisation de nouveaux acteurs tels que les consommateurs et les patients permettra de répondre en partie aux besoins non couverts par les spécialistes médicaux. 

Les réseaux communautaires ressortent comme l’un des moyens à privilégier pour améliorer la prévention et amener les personnes les plus à risque à rechercher les soins adaptés. » 

En d’autres termes, les associations de patients, réseaux sociaux, blogs et tous les types de e-communications sont reconnus comme des acteurs majeurs pour donner des informations, aider à la prévention et favoriser l’entrée dans le soin de certains patients. 

2°) LES NOUVEAUX OUTILS AU SERVICE DES PATIENTS 

« Les technologies numériques permettent aux consommateurs de s’évaluer et de se traiter avec des dispositifs médicaux efficaces. 

Le smartphone doit désormais être considéré comme le vecteur privilégié pour l’adoption des services et solutions de l’e-Santé dans le champ des addictions

Pour l’utilisateur, le smartphone est en effet une plateforme d’intégration des différents services et solutions offertes actuellement et à l’avenir par l’e-Santé

Il s’agit également désormais de communiquer mieux afin d’informer, surtout les plus jeunes, afin de ne pas laisser le champ libre à la promotion et la vente de substances addictives grâce aux applications mobiles utilisées actuellement par le plus grand nombre. »

Ainsi, les APPs sont des outils efficaces qui doivent être développés. Les APPs médicales dédiées aux problèmes d’alcool doivent venir contrer celles qui favorisent les consommations d’alcool (défis entre binge drinkers, etc…).

POUR CONCLURE, REVEVONS DANS LE TEXTE DE LA MILDECA : 

« L’expérience disponible au niveau international et en France permet de disposer d’un niveau de preuve suffisant pour justifier le déploiement de solutions telles que les réseaux communautaires et sociaux, la téléconsultation et la télémédecine, l’aide téléphonique, les applications mobiles»

Nous ne pouvons rêver meilleur encouragement à maintenir les efforts des groupes sociaux et des APPs à destination de tous ceux qui consomment trop d’alcool. 

D’après le rapport de la Mission Interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA).

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Gagnez en confiance : développez votre sentiment d’efficacité personnelle

Nous avons vu dans un texte précédent qu’un sentiment d’efficacité personnelle affirmé est un élément essentiel pour permettre aux personnes d’atteindre leurs objectifs, dans la vie en général et aussi en ce qui concerne la gestion de la consommation d’alcool. 

L’amélioration de son sentiment d’efficacité personnelle est donc importante, non seulement pour sa qualité de vie, mais aussi pour mieux se battre contre ses consommations inadaptées. 

Les questions que nous nous posons alors immédiatement sont : peut-on améliorer notre sentiment d’efficacité personnelle, et oui comment faire ? En fait, ces points sont étudiés depuis les années 80 et il existe beaucoup de données intéressantes. 

Ainsi, il existe 4 principales manières d’améliorer son sentiment d’efficacité personnelle, en travaillant sur :

  1. L’expérience active de maîtrise
  2. L’expérience indirecte
  3. La persuasion verbale
  4. Les états émotionnels

1. L’expérience active de maîtrise

Cela signifie tout simplement que plus on vit un succès en expérimentant un comportement donné et plus on peut croire dans sa capacité à avoir de nouveaux succès. Imaginons que vous décidiez de pratiquer le jogging sans avoir jamais couru pendant votre âge adulte. Au début, vous aurez probablement des doutes sur votre capacité à courir 5 kilomètres en une séance. Effectivement après 1 seul kilomètre, vos jambes seront lourdes et vous serez essoufflés. Mais après quelques semaines, vous courrez probablement 3 à 4 kilomètres sans grosses difficultés. Vous vous sentirez tout à fait confiant dans votre capacité à courir 5 kilomètres, et pourquoi pas 10!  

Pour augmenter son sentiment d’efficacité personnelle, il faut donc se remémorer tout ce que l’on a fait de difficile, tout ce qui nous paraissait inatteignable et que l’on a pourtant atteint. Ce peut être dans le domaine des études, de l’activité physique, professionnelle, des loisirs, de la vie affective, etc… 

Réfléchissez à tout ce que vous avez réussi et vous verrez rapidement que vous avez beaucoup de compétences, et très probablement beaucoup plus que ce que vous pensiez.

Il est très important aussi de comprendre que nos compétences peuvent s’exercer dans différents domaines. Il n’y a pas de domaines « nobles » et d’autres domaines qui seraient de « seconde zone ». Pas besoin d’avoir fait polytechnique pour se sentir plein de ressources. Si vous êtes champion de pétanque, pâtissier amateur, un bon professionnel dans votre activité, etc… cela prouve que vous avez des ressources personnelles et que vous êtes capable de faire des efforts importants pour obtenir des résultats. Vous méritez donc de ressentir de la confiance en vous.

2. L’expérience indirecte est aussi un élément important

Il s’agit ici d’observer ce que sont capables de faire les autres. On voit au quotidien des gens qui ne sont pas différents de nous et qui réalisent des choses compliquées. Arrêter de fumer, par exemple, ce n’est pas vraiment simple, même s’il existe des traitements qui peuvent apporter une grande aide. 

Si d’autres y arrivent, pourquoi ne serions-nous pas capables de le faire ? Bien souvent des personnes qui manquent d’assurance sont au moins aussi capable, si ce n’est plus, de réussir que les autres. 

Ainsi, il est intéressant de regarder autour de soi ce que les autres réalisent. Non pas pour les jalouser bien sûr, mais pour avoir une meilleure idée sur ce que nous sommes capables nous-même de réaliser. Cela peut permettre d’augmenter le sentiment d’efficacité personnelle.    

3. La persuasion verbale peut aussi vous aider

Ces termes de persuasion verbale signifient que nous devons entendre ce qui est dit de positif sur nous et l’utiliser pour nous sentir plus fort. 

Les différentes suggestions, conseils, compliments qui nous sont prodigués sont généralement sincères. Nous devrions y prêter plus d’attention et comprendre que si les gens voient en nous des qualités, c’est que très probablement nous les possédons. 

Le plus souvent nous avons du mal à y croire, voire même nous n’attachons aucun intérêt à ce qui a été dit parce que « ça semblait exagéré » ou « cela ne nous correspondait pas ». 

Si c’est le cas pour vous, imaginez la situation inverse. Vous faites un compliment sincère à quelqu’un à qui vous trouvez certaines qualités et cette personne refuse votre compliment et n’arrive pas à croire que vous lui dites. Vous pensez que c’est dommage parce qu’elle plus de qualités et de compétences que ce qu’elle admet. Et malheureusement, le fait qu’elle se sous-estime l’empêche parfois d’avancer. 

Voilà ce que vous devez éviter pour vous-même : si on vous fait des compliments, c’est que vous vous les méritez. Accepter les messages positifs que l’on vous délivre est aussi un bon moyen d’augmente votre sentiment d’efficacité personnelle. 

  1. États physiologiques et émotionnels 

Bien sûr, notre sentiment d’efficacité personnelle est modulé par notre état émotionnel. Si on travers une période d’anxiété par exemple, il est difficile d’avoir confiance en soi. De même, quand si on est déprimé, le sentiment d’efficacité personnelle a tendance à chuter. 

Cela implique qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide quand on souffre d’un mauvais état émotionnel. En l’améliorant son moral, on améliore son sentiment d’efficacité personnelle et du coup, on augmente sa capacité à mieux gérer sa consommation d’alcool. 

Voici quelques pistes à suivre pour se sentir plus sûr de soi. Même si cela n’est forcément évident, il faut travailler les différents points évoqués. En particulier, ayez une meilleur conscience de votre valeur et tenez compte des compliments que l’on vous fait. 

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Test: évaluez votre sentiment d’efficacité personnelle

Nous avons précédemment parlé de la « bibliothérapie » qui est une technique de soin non médicamenteuse qui peut aider à réduire sa consommation d’alcool. En effet, pour avoir envie d’avancer il est nécessaire d’être informé et d’analyser au mieux son état, d’autant que la démarche d’aller vers une baisse de consommation (ou une abstinence) demande souvent beaucoup d’efforts.

Pour se lancer, il faut aussi penser que l’objectif fixé n’est pas inaccessible, c’est-à-dire que l’on a les compétences personnelles pour l’obtenir. En effet, comment se lancer dans un combat que l’on ne se croit pas capable de gagner ? Cela demande donc de ressentir de la confiance en soi. Nous parlerons dans ce texte du « sentiment d’efficacité personnel » qui se définit comme notre niveau de croyance dans notre auto-efficacité.

Dans de nombreux domaines, on voit que ceux qui obtiennent des résultats éclatants n’ont généralement aucun doute sur leur niveau de capacité. Malgré les obstacles, ils continuent et finissent « tout naturellement » par aboutir. On n’entend pas un compositeur, un grand sportif, quelqu’un qui a réussi dans un domaine quel qu’il soit, exprimer qu’il n’a jamais penser avoir l’ombre d’un talent et qu’il n’a poursuivi ses efforts qu’en espérant qu’un coup de chance inouï puisse lui permette de réussir. Tous ces gens ont un sentiment d’auto-efficacité très affirmé qu’ils conservent intact, même s’ils traversent des moments difficiles. 

C’est pourquoi le sentiment d’auto-efficacité a été décrit comme étant au fondement du bien-être et des accomplissements humains. Est-ce que cela ne décrit pas ce que nous recherchons au quotidien ?

Or, il apparaît clairement que les personnes qui ont des pathologies addictives, en particulier des consommations excessives d’alcool, ont un déficit de confiance en soi. De plus, la poursuite de leur consommation, malgré les efforts qu’elles mettent en œuvre pour la combattre, finit par éroder leur « sentiment d’efficacité personnelle ».

Cela est préjudiciable pour le consommateur excessif d’alcool, car le « sentiment d’efficacité personnel » est un facteur pronostique majeur. En effet, dans les études scientifiques qui évaluent ce qui fait que certains patients atteignent plus que d’autres leurs objectifs concernant leur consommation d’alcool (réduction ou abstinence), le sentiment d’efficacité personnelle est l’un des seuls critères qui ressort quasiment toujours. 

En d’autres termes, il s’agit de l’une des principales clefs de la réussite.

Dans ces conditions, il semble utile de pouvoir évaluer notre sentiment d’efficacité personnelle et de trouver des moyens pour pouvoir l’augmenter

PETIT QUESTIONNAIRE POUR ÉVALUER SON SENTIMENT D’EFFICACITÉ PERSONNELLE

Voici les questions que vous pouvez vous poser pour réfléchir à votre sentiment d’efficacité personnel. Il s’agit de la traduction libre d’un questionnaire de langue anglaise, s’intéressant à la vie en générale, et non pas spécifiquement au rapport aux addictions. 

Bien sûr, il n’y a pas de score normal ou de score anormal. Le but est de se poser des questions sur son sentiment d’efficacité personnelle et donc de réfléchir sur ses forces et faiblesses. C’est un excellent moyen d’imaginer comment il est possible de gagner de la confiance en soi pour mieux gérer ses problèmes d’alcool. De plus, un score comme celui qui est proposé va être encore plus aidant si on observe son évolution dans le temps.

Pour chaque question, la note possible est :

1 = Pas du tout vrai

2 = A peine vrai

3 = Modérément vrai

4 = Tout à fait vrai

Je peux toujours résoudre des problèmes difficiles si je fais suffisamment d’efforts
Quand quelqu’un s’oppose à moi, je sais quand même trouver les moyens d’obtenir ce que je veux
Il est facile pour moi de m’en tenir à mes objectifs et de les atteindre
Je crois que je serais capable de gérer avec efficacité des événements imprévus
Grâce à ma débrouillardise, je sais gérer des situations imprévues
Je peux résoudre la plupart des problèmes si je m’investis suffisamment
Je peux rester calme face aux difficultés parce que je peux compter sur mes capacités d’adaptation
Lorsque je suis confronté à un problème, je peux généralement trouver plusieurs solutions
Quand j’ai des ennuis, je parviens généralement à trouver une solution
Je peux généralement gérer ce qui m’arrive
SCORE TOTAL (addition de l’ensemble des notes)

Une fois que vous avez fait votre bilan initial, ce qui importe vraiment, c’est de réfléchir à la façon d’améliorer ce score, c’est-à-dire de ressentir plus de confiance en soi. Ainsi que nous l’avons dit, c’est un élément majeur de réussite dans votre lutte contre l’alcool. C’est aussi un élément majeur d’épanouissement dans votre vie quotidienne.

En plus de tout ce que vous pourrez faire par vous-même, nous vous apporterons prochainement des pistes possibles pour améliorer votre sentiment d’efficacité personnelle.

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Traitements non médicamenteux du Mésusage de l’alcool

L’objectif des textes qui abordent les traitements non médicamenteux est d’informer sur les compétences, les techniques, les outils qu’un consommateur peut utiliser pour améliorer ses chances de réussite.

PREMIER ÉPISODE : l’aide thérapeutique par l’information.

De nombreuses questions nous ont été posées concernant les traitements médicamenteux. Il s’agit de questions importantes, mais celles-ci doivent se résoudre en collaboration avec le prescripteur de la molécule. Le choix du traitement est dicté par l’indication spécifique du médicament et les particularités du patient et ne peut donc être commenté sans ces informations.

Lorsqu’un traitement médicamenteux est prescrit, le « job » du patient est d’être le plus observant possible, c’est à dire de ne pas oublier les prises.

Le patient a aussi la possibilité d’optimiser le résultat de sa prise en charge grâce à des outils dont nous allons parler dans plusieurs textes. 

Avant de commencer, il est intéressant de savoir quel est l’impact réel des médicaments en alcoologie. En d’autres termes, il faut répondre à la question suivante : si atteindre l’objectif correspond à un effet thérapeutique égal à 100 %, quelle est la part du médicament lui -même ?

La réponse est assez surprenante. En effet, quel que soit l’objectif (l’abstinence ou la diminution de consommation) et le médicament testé, l’effet de celui-ci ne correspond qu’à 20 à 30 % du résultat final. 

Ce n’est pas négligeable mais cela n’est vrai que pour les médicaments qui ont démontré leur efficacité.

Cela signifie aussi que 70 à 80 % du résultat obtenu revient au patient et aux différent « outils » qu’il utilise (incluant ses compétences personnelles, son expérience, les soignants qui l’aident, les groupes d’entraide…).

Cela confirme bien qu’il n’y a pas de « traitement miracle », mais plutôt que le « miracle » doit venir du patient et de sa capacité à utiliser toute sorte de compétences et d’outils non médicamenteux. Certains de ces outils non médicamenteux sont inclus dans les suivis avec des soignants. D’autres peuvent et doivent être développés par les patients eux-mêmes. 

L’objectif des textes qui aborderont les traitements non médicamenteux est d’informer sur les compétences, les techniques, les outils qu’un consommateur peut utiliser pour améliorer ses chances de réussite. Avant de commencer, il est essentiel de préciser que ces outils n’ont pas pour vocation de se substituer au travail que vous pourriez faire avec un soignant ou au sein d’un groupe d’entraide. Il s’agit juste de décrire des « techniques » validées qui peuvent vous aider et compléter votre démarche (que vous ayez ou pas un traitement médicamenteux).

LA BIBLIOTHÉRAPIE

Le premier chapitre que nous aborderons est la bibliothérapie ; c’est à dire l’aide thérapeutique par l’information. La bibliothérapie peut prendre plusieurs formes : par exemple des dépliants d’information, un poster dans une salle d’attente, des messages internet, des communications de sociétés savantes…

Le rationnel de cette technique est que si une information nous semble pertinente et utile, nous pouvons nous en emparer. Elle devient alors une connaissance, une croyance personnelle qui va nous aider à progresser.

C’est ainsi que nous avons incorporé des messages de santé publique sur lesquels nous nous appuyons pour essayer d’améliorer notre santé. Nous sommes globalement tous d’accord pour penser qu’il faut éviter de manger trop gras ou trop sucré et qu’il est potentiellement toxique de saler de façon inconsidérée nos plats. Cela ne signifie pas que nous avons abandonné le plaisir des frites et des gâteaux ; cela signifie simplement que, ayant acquis ces connaissances, nous essayons de les utiliser au mieux pour gérer notre alimentation. Bien sûr, nous n’y parvenons pas toujours bien. Mais où en serions-nous si nous n’avions pas acquis à titre personnel ces connaissances théoriques qui viennent directement de la recherche ?

La bibliothérapie existe aussi en alcoologie, sous différentes formes, et de nombreuses études ont été publiées. Un travail de synthèse a repris 22 de ces études pour tenter d’en tirer des conclusions robustes. Quelles sont-elles ? 

Il s’agit d’un outil facile à mettre en place et peu coûteux :  document papier dans un salle d’attente ou en pharmacie, courrier papier, courrier électronique. Le côté économique de la bibliothérapie est un atout pour que les autorités de santé puissent se mobiliser en faveur des consommateurs excessifs.

La bibliothérapie peut favoriser l’entrée dans le soin. Avoir de l’information (à condition qu’elle repose sur des données validées) permet clairement de faire un auto-bilan pouvant générer la prise de décisions importantes.

Pour certaines personnes, il est plus facile d’accepter de lire des documents « d’auto aide » que d’aller consulter. Ainsi, la bibliothérapie permet de rendre un service significatif à des personnes qui ne sont pas encore prêtes à aller chercher une aide présentielle.

La bibliothérapie permet une réduction significative de la consommation d’alcool. Cela signifie que recevoir des informations et accepter un message qui semble juste est un premier pas vers une réduction de consommation. 

Les gains obtenus grâce à la bibliothérapie se maintiennent dans le temps ; il s’agit là d’un point majeur. Ce n’est pas étonnant puisque le changement repose sur des informations intégrées par la personne qui les adopte comme une connaissance personnelle. Nous n’allons pas oublier l’année prochaine que notre alimentation doit être diversifiée et contenir des fruits et des légumes. Conservant ces connaissances acceptées, nous pourrons donc les utiliser au long cours. La bibliothérapie n’est donc pas un gadget, mais un outil très utile pour aider à la vigilance et au changement. 

Dans le livre « Le contrat », John Grisham dit : « L’information, c’est le pouvoir ». Il ne pensait pas bien sûr à la bibliothérapie, mais cette citation s’adapte parfaitement à l’alcoologie. L’information c’est avoir le pouvoir de mieux comprendre sa relation à l’alcool et augmenter ses chances de changer son comportement.

Il existe toutefois un écueil possible dans cette démonstration : la bibliothérapie ne peut être considérée comme un outil efficace que dans la mesure où les informations acceptées et assimilées sont valides et reposent sur des données scientifiques robustes et récentes. Cela signifie qu’il faut, au moindre doute, vérifier les documents d’informations, surtout si vous avez le sentiment que « la mariée est trop belle ». 

En conclusion, obtenir de l’information sur l’alcool, ses effets secondaires et les soins possible est EN SOI un acte thérapeutique qui permet d’avancer.