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MIEUX CONNAITRE LE BINGE DRINKING ET COMMENT S’EN PROTÉGER

Il n’y a pas si longtemps, on évoquait en France les consommations de type « anglo-saxonne » ou d’Europe du nord. Il s’agissait de personnes qui ne consommaient que peu, voire pas d’alcool en semaine, mais qui le week-end venu, buvaient de très grosses quantités. 

Lorsque l’on voyageait, en Amérique du nord ou en Angleterre, on avait la surprise (à l’époque c’était surprenant pour un français) de voir des jeunes gens ivres, tituber en hurlant dans les rues, alors que leur comportement était très policé le reste de la semaine. Dans certains pays du nord, des tournées de bus et cars étaient régulièrement organisées pour permettre à ces jeunes gens de rentrer chez eux sans prendre leur véhicule.

Ce mode de consommation s’est depuis développé en France, et il est souvent désigné sous le terme de « binge drinking ». Ce terme décrit des consommations excessives, « explosives », survenant dans une durée de temps limitée.

DÉFINITION

Comme souvent en alcoologie, il est très difficile de se reposer sur des normes quantitatives bien définies et faisant l’unanimité. Des limites différentes sont proposées par des groupes de recherche et des sociétés savantes. La Société Française d’Alcoologie a choisi d’adopter des limites qui sont aussi celles de l’Institut Américain sur l’Abus d’Alcool et l’Alcoolisme ce qui donne une grande légitimité à cette définition.

La limite proposée est donc la suivante : le binge drinking est défini chez l’homme et la femme par des consommation supérieures ou égales à respectivement 7 verres et 6 verres d’alcool, et cela pendant un intervalle de moins de 2 heures. 

Pour information, on définit aussi des épisodes de binge drinking à « haute intensité » ou « extrêmes » qui correspondent à des doses 2 à 3 fois importantes que celles citées plus haut, pendant le même intervalle de temps. Il s’agit de véritables « bitures express » ayant généralement cours chez les adolescents et parfois sous forme de concours. Il existe d’ailleurs de nouvelles applications de défi de consommation excessive, ce qui est une incitation particulièrement toxique.

POURQUOI IL EST IMPORTANT DE PARLER DE CE TYPE DE CONSOMMATION ?

C’est important d’en parler en particulier à cause de la durée de temps très courte qui caractérise ce type de consommation. Cela signifie que les consommateurs ont des taux d’alcool circulants qui peuvent être très élevés avec un risque de toxicité particulièrement important.

Cette toxicité peut se manifester par des complications à court terme. On pense naturellement aux risques d’accident de la voie publique qui sont une grande cause de mortalité chez les adultes jeunes. Il existe aussi des risques d’agression et les consommateurs se mettent dans un état de vulnérabilité favorisant des relations sexuelles non-consenties, voire des violences sexuelles. De plus, ces consommations survenant volontiers chez les jeunes, les épisodes de binge drinking peuvent favoriser de moins bons résultats scolaires et universitaires.

Il faut aussi citer d’autres risques, moins connus mais tout aussi préoccupants. Parmi ceux-ci, il y a des risques cardio-vasculaires. En effet, les épisodes d’alcoolisation massive peuvent provoquer des troubles du rythme cardiaque voire même un arrêt cardiaque. Ces morts subites liées à l’alcool restent peu connues mais vont survenir d’autant plus volontiers chez des personnes ne consommant pas régulièrement et donc n’ayant pas développé de tolérance à l’alcool. D’autres organes peuvent être touchés, tel que le foie. Par exemple, l’hépatite alcoolique aiguë survient principalement chez des personnes qui associent des consommations massives et un déficit alimentaire.

Le cerveau est aussi un organe très sensible au binge drinking, avec des risques de toxicité cérébrale et à terme de troubles des fonctions supérieures : mémoire, concentration, apprentissage. L’existence des trous noirs le lendemain de consommations excessives est un bon signe de consommation excessive potentiellement toxique pour le cerveau et doit alerter le consommateur. Il ne s’agit que de quelques exemples permettant d’illustrer les risques possibles du binge drinking, sans volonté d’être exhaustif. 

Enfin, il faut signaler que les épisodes répétés de binge drinking augmentent le risque de développer à distance une dépendance à l’alcool.

QUE PEUT-ON PROPOSER EN PRATIQUE ?

Bine entendu, l’idéal c’est de boire des quantités d’alcool modérées, voire pour les patients dépendants de rester abstinent. Toutefois, il peut survenir des occasions, où le contexte et l’ambiance peuvent inciter à consommer de façon importante.

1°) Dans ces situations, il faut se souvenir, qu’à consommation équivalente, la toxicité est moindre si on l’étale dans le temps. On laisse le temps à l’organisme de métaboliser une partie de ce que l’on boit et cela permet d’avoir des taux d’alcool circulant dans le corps moins important. Pour mémoire, il faut au moins 1 heure pour éliminer un verre d’alcool. 

2°) Deuxième conseil : il faut s’alimenter. Manger des aliments gras ou sucrés permet de diminuer l’absorption de l’alcool. Il y aura donc moins d’alcool circulant dans le sang et donc moins de toxicité potentielle.

Il ne faut pas oublier que l’alcool est un produit très calorique. Un épisode de binge drinking amène rapidement plus de 500 Kcal. Donc une consommation excessive dans un intervalle de temps court va correspondre à l’apport calorique d’un repas ce qui est un repas moyen de beaucoup de gens. L’alcool peut donc couper la faim, ce qui risque donc d’augmenter sa toxicité.

3°) Attention à l’association d’alcool aux boissons pétillantes : ces dernières favorisent l’absorption de l’alcool. Donc attention aux mélanges alcool-soda et des vins pétillants à jeûn.

4°) Ne pas croire que sous prétexte que l’on ne boira pas le lendemain et le surlendemain, cela va nettoyer ce qui s’est passé et que du coup, le bilan toxique sera nul. Quand on a des consommations importantes en un délai court, cela se traduit par un risque de toxicité important. Bien sûr, cela reste toujours intéressant d’avoir des jours sans alcool, mais si le mal est fait, cela ne l’effacera pas. 

5°) Enfin, est-il encore nécessaire de dire que l’alcool n’est pas une bonne boisson hydratante, et qu’il faut donc toujours intercaler des verres d’eau entre des boissons alcoolisées. C’est important pour s’hydrater et c’est un bon moyen de limiter son envie de boire.

Voilà quelques conseils simples qui peuvent aider à passer sans dommage la plus risquée des soirées.  

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Quels bénéfices pouvez-vous attendre la modération des consommations d’alcool ou l’abstinence ? Après ce mois de janvier, février peut-il être un nouveau mois sobre ?

Pour de plus en plus de personnes, le mois de janvier est synonyme de sobriété : arrêt de toute consommation d’alcool ou du moins de diminution majeure de consommation.

Que peut-on attendre de ces efforts ? Bien sûr, cela va se traduire au long cours par une diminution de risque de survenue de nombreuses maladies et complications. Pour mémoire, l’alcool est responsable d’au moins 200 maladies et complications qui englobent des dommages aussi différents que la pancréatite chronique, la perte d’emploi, un trouble de l’érection.  

Mais, même s’il est réconfortant de limiter les risques de complications pouvant survenir dans 15 ans, il est motivant de constater la survenue rapide d’effets positifs qui vont nous encourager à poursuivre nos efforts. Et en effet, des effets positifs sont constatés dès les premiers jours.

Pour ceux qui avait une consommation sévère et qui l’ont stoppée, dès la première semaine, les signes de manque physique doivent disparaître. Il n’y a plus de sueurs ou de tremblements le matin, ni de nausées ou de vomissements. Il faut insister sur le fait que l’existence de ces symptômes est un indicateur de signe de dépendance physique et justifie de se lancer dans l’arrêt de l’alcool avec un aide médicale. En effet le sevrage en alcool lorsqu’il y a une dépendance physique peut exposer à des complications très dangereuses voire mortelles. Ces complications peuvent être évitées grace à une prescription adaptée et une surveillance médicale. Par ailleurs, si les symptômes cités persistent après 5 à 7 jours, ce n’est pas normal et il faut consulter.

De nombreux autres bénéfices surviennent dès les premiers jours et il est très important de les repérer car ils sont autant d’encouragements à poursuivre le travail commencé.

Physiquement

Nous avons déjà vu que la consommation excessive d’alcool donne volontiers des troubles du sommeil, avec notamment un sommeil moins récupérateur et donc une fatigue chronique. Ces signes sont rapidement réversibles et après 1 à 2 semaines d’abstinence, il y a déjà moins de fatigue et un meilleur réveil le matin. Pour une récupération totale, il faut parfois plusieurs mois, mais en finir déjà avec des réveils douloureux est une sacrée récompense.

Les troubles digestifs, qui sont fréquents en cas de forte consommation, disparaissent dès les premiers jours : arrêt des nausées quand il y en a, et éventuellement disparition des vomissements matinaux. Le transit avec des selles volontiers trop liquides (diarrhées ) revient en quelques jours à une consistance normale. Donc, très rapidement il y a l’impression que le corps fonctionne mieux et «sait se faire oublier».

Un autre effet positif important est lié à l’arrêt de la toxicité de l’alcool sur la peau. Parmi les nombreux effets négatifs cutanés de l’alcool, il peut y avoir une acné rosacée du visage, plus ou moins prononcée (avec des points rouges qui rappelle l’adolescence) et surtout une infiltration oedémateuse. Cette infiltration d’eau gonfle un peu le visage et certains patients se plaignent d’être « bouffis ». Enfin, on peut observer des modifications de cheveux qui deviennent plus fins et cassants. Dit comme ça, on voit bien que ces effets cutanés sont pénibles car ils touchent à notre image.

La bonne nouvelle, c’est qu’ils vont très vite diminuer et même disparaître en cas d’arrêt total de l’alcool. En quelques jours, le visage s’affine, la peau redevient lisse et le teint qui était brouillé s’éclaircit.

Psychologiquement

L’alcool provoque ou aggrave de nombreux problèmes psychologiques : manque d’envie ou d’élan, anxiété, stress, dépression. Là aussi, il faut du temps pour récupérer tout ce qui est lié à sa consommation, mais dès les deux premières semaines, l’amélioration est très sensible.

Quasiment tous les consommateurs témoignent après ce court délai qu’ils se sentent plus stable sur le plan émotionnel moins irritables, qu’ils ne sortent pas de leurs gonds pour un oui ou pour un non. Ils se sentent plus sereins face aux difficultés et du coup, sont plus à même et d’y faire face et de les aborder de manière adaptée.

Beaucoup nous disent : « sans alcool, je me remets la tête à l’endroit » ou « j’ai très largement amélioré ma qualité d’écoute et de compréhension ». Rapidement, les patients se rendent donc compte que l’ensemble de leurs compétences cognitives et intellectuelles reviennent à la normale. L’espèce de brouillard qui était responsable d’un flou intellectuel commence à se dissiper. Il lui faudra quelques semaines pour disparaître mais au bout d’un mois la récupération est déjà majeure.

Couple

Enfin, nous avons vu récemment que les couples dans lesquels il y a un des partenaires qui consomme, se comportent comme les couples avec conflits. Ceci se traduit par une qualité de vie altérée, avec disputes et irritabilité et dans leur sexualité par une vie sexuelle moins riche et moins satisfaisante. Plusieurs études montrent que l’arrêt de l’alcool chez le partenaire concerné permet au couple de revenir à une relation de couple mais aussi une intimité et une sexualité équivalente à celle des couples sans conflits. Là aussi, un bénéfice rapide est donc possible.

Quelques exemples

Voici quelques exemples, dans des champs différents, qui nous démontrent à quel point l’arrêt de l’alcool s’accompagne rapidement d’améliorations très sensibles. Chez les patients les plus sévères qui nécessitent un sevrage institutionnel, on a l’habitude de dire qu’après 10 jours d’abstinence, ils se sentiront avoir 10 ans de moins. Et c’est ce qui se produit le plus souvent, avec un visage rajeuni, une silhouette qui traduit plus de dynamisme. Surtout il faut insister sur le fait que non seulement les patients le ressentent, mais qu’en plus cela est perçu par leurs amis et leur famille :

« Tout le monde me dit que j’ai meilleure mine » 

« Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vu avec une telle forme »

« Tu as une sacrée pêche ces temps-ci ».

Si vous être parvenu à stopper votre consommation durant ce mois de janvier, il y a fort à parier que vous avez entendu ce genre de compliment élogieux.

Qu’est-ce que cela implique ?

Vous allez mieux et vous allez continuer à vous améliorer pendant encore quelques semaines ou voire quelques mois. Donc, votre mission est simple : il faut vous appuyer sur ces bénéfices pour vous donner le courage de continuer vos efforts.

Pour ceux qui ne souhaitaient pas être totalement abstinent, allez vers une consommation la plus basse possible et vous ressentirez aussi les changements bénéfiques que nous avons évoqué… et probablement bien d’autres car ce texte n’a pas vocation à être exhaustif.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de remplir les objectifs qu’ils s’étaient fixés pour janvier, la suite est claire : il faut se venger sur février ! Chaque mois de l’année est une opportunité de mois sobre.

Il existe une petite maxime dont il faut de temps en temps se souvenir : lorsque le plan A ne marche pas, ce n’est pas dramatique… il reste encore 25 lettres dans l’alphabet !

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Sexe et alcool : que faut-il arrêter ?

Quand les consommations excessives ne sont plus d’actualité, quels sont alors les bénéfices sur la sexualité ?

Nous avons déjà vu dans un texte précédent que la consommation excessive d’alcool favorisait les dysfonctions sexuelles. Dans les études effectuées chez des patients hospitalisés pour un sevrage d’alcool (arrêt de l’alcool chez des patients dépendants avec une surveillance médicale en hospitalisation), il apparaît qu’au moins 70 % d’entre eux avaient souffert de dysfonctions sexuelles l’année qui précédait l’hospitalisation. Les difficultés résultaient de l’atteinte d’au moins l’une des trois dimensions clés de la sexualité c’est-à-dire le désir, l’excitation ou la capacité à atteindre l’orgasme. Très souvent, plusieurs dysfonctions sexuelles étaient associées. Chez les hommes, une baisse de désir sexuel et une dysfonction érectile (manque de rigidité) pouvaient être associés, chez d’autres hommes, une éjaculation prématurée et une dysfonction érectile peuvent être présentes. Chez les femmes, cela pouvait être l’association d’une baisse de désir, d’une sécheresse vaginale occasionnant des douleurs pendant les relations sexuelles et d’une difficulté à atteindre l’orgasme. 

Lorsqu’il une consommation excessive d’alcool associée ou non à une dépendance à l’alcool, la grande fréquence des dysfonctions sexuelles est mise en évidence à la fois chez les hommes et chez les femmes.

Ces troubles sexuels ont un impact important sur la qualité de vie individuelle mais aussi conjugale.

UNE FOIS SOBRE,

on peut donc se demander ce qui se passe après arrêt de sa consommation. Grâce à plusieurs études faites sur ce sujet, nous avons des réponses assez précises à donner. 

Globalement, l’abstinence s’accompagne d’une amélioration portant sur les trois dimensions de la sexualité déjà citées, soit le désir, l’excitation (érection ou lubrification vaginale) et l’orgasme. 

Chez l’homme, l’évolution de la dysfonction érectile a été particulièrement étudiée car ces troubles sont évalués par des critères physiques objectifs plus simples à mesurer : rigidité suffisante pouvant permettre la pénétration ou insuffisante. Pour donner un ordre de grandeur, il a été montré que l’abstinence permettait de diviser par 10 la fréquence des troubles de l’érection chez des patients gros consommateurs d’alcool. Il s’agit donc d’une diminution particulièrement significative.

Les autres dysfonctions s’améliorent aussi, mais généralement de façon moins spectaculaire ou avec une évaluation plus subjective, tant chez l’homme que chez la femme. Pour ces dernières par exemple, il a été montré une augmentation du désir, une plus grande capacité à être excitée et surtout une augmentation de la capacité à atteindre l’orgasme lors d’une relation sexuelle. 

DANS QUEL DÉLAI ?

Ces résultats sont très positifs, mais il faut préciser que ces récupérations demandent un certain délai. Une semaine après l’arrêt de l’alcool, il ne faut pas espérer une récupération totale des troubles dont on pouvait souffrir. Les données disponibles stipulent qu’une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool. 

Attention, il ne s’agit toutefois pas d’une loi absolue pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, certaines fonctions peuvent mettre plus de temps à rétablir. Cela va dépendre de l’ancienneté des troubles, du degré de sévérité et des conditions, du contexte dans lequel l’abstinence ou la sobriété survient. Si les troubles sont sévères, le temps nécessaire à une bonne récupération sera forcément supérieur.
  • Deuxièmement, il est possible que les dysfonctions sexuelles aient d’autres facteurs favorisant que la consommation d’alcool. Nous pouvons citer par exemple le tabagisme ou la prise d’une autre drogue, certains traitements médicamenteux, une maladie vasculaire, un diabète sévère, etc…
  • Parfois ce sont des traits de personnalité et des facteurs émotionnels qui vont pérenniser les troubles sexuels. Ainsi, l’anticipation de « l’échec », que les sexologues appelent anxiété de performance, peut favoriser l’absence ou la perte d’érection. De même, l’appréhension de la douleur peut altérer le désir et l’excitation sexuelle, favoriser les tensions corporelles et la contraction des muscles du périnée, tout cela favorisant les douleurs lors des relations sexuelles.
  • Enfin, la qualité de la relation de couple joue un grand rôle :  les habilités sexuelles de l’un et de l’autre, l’existence de dysfonctions sexuelles chez le (ou la) partenaire, les habilités relationnelles, la qualité de la communication, la présence d’interprétation erronées sur l’origine des troubles etc…
  • Voici quelques exemples d’interprétation erronées : « mon compagnon n’a pas d’érection , c’est qu’il ne me désire pas, ou qu’il me trompe ». Or en fait les troubles de l’érection peuvent tout à fait survenir quand le désir est bien présent et en l’absence de toute relation extra-conjugale. 

Ainsi, si une dysfonction persiste après l’arrêt de l’alcool, il faut en parler à son médecin pour qu’il puisse rechercher une maladie associée. 

En pratique clinique certaines récupérations sont beaucoup plus lentes et un retour à une sexualité satisfaisante ne survient qu’après 9 ou même 12 mois. Certaines dysfonctions sexuelles peuvent persister en l’absence d’approche spécialisée en médecine sexuelle ou sexologie, même si, comme nous l’ avons dit précédemment, une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool.

IMPACT SUR LA VIE DE COUPLE ET LA QUALITÉ DE VIE:

Cette amélioration des fonctions sexuelles se traduit le plus souvent par une vie de couple plus harmonieuse. Ainsi, il a été démontré que lorsqu’un partenaire qui avait une consommation excessive d’alcool devient abstinent, l’intimité sexuelle du couple redevient généralement normale et comparable à celle de couple n’ayant jamais connu l’alcool.

Donc, même si un certain délai est nécessaire, un retour à la normale est tout-à-fait possible. La vie intime du couple redevient satisfaisante et dans la mesure où il s’agit d’un élément important de la qualité de vie en général, cela contribue à améliorer celle-ci.

UN EFFET DÉLÉTÈRE DU SEVRAGE SUR LA SEXUALITÉ EST-IL POSSIBLE ? 

Tous ces résultats sont positifs mais il faut toutefois amener une réserve. En effet, il peut arriver que le sevrage alcoolique provoque, en particulier chez les hommes, des dysfonctions sexuelles transitoires alors qu’il n’existait aucune plainte auparavant. Il peut s’agir de troubles du désir et/ou de l’excitation (troubles de l’érection). Cela peut être très perturbant pour les patients qui se demandent s’il s’agit d’un trouble transitoire ou non. De plus, cet effet secondaire (tout de même rare) du sevrage est parfois un facteur de risque de rechute. En fait, après quelques semaines au maximum, les fonctions sexuelles reviennent à la normale. Pas de panique, ça va revenir et souvent même en mieux. 

Si un tel trouble survient, il est fondamental de ne pas s’affoler et de ne pas rajouter à l’effet du sevrage un stress de la performance.  Et si besoin, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant afin de faire le point, avoir une aide pharmacologique (traitement médicamenteux) ou être adressé à un sexologue. 

Enfin, chez certaines personnes l’absence d’alcool ou de drogues peut révéler des difficultés sexuelles. Une accompagnement en sexologie est alors indiqué pour ne plus avoir besoin de produits pour vivre la sexualité.

QUEL EST L’IMPACT D’UNE DIMINUTION DE LA CONSOMMATION D’ALCOOL ?

L’impact d’une diminution de consommation d’alcool sur les fonctions sexuelles est mal connu. Toutefois, il est bien démontré qu’il existe un lien direct entre l’importance des quantités consommées et l’importance des troubles sexuels. 

Par exemple, chez l’homme, la qualité de l’érection (taille et dureté du pénis permettant la pénétration) est diminuée de façon dose-dépendante : c’est-à-dire que plus il y a d’alcool et moins il y a de rigidité pénienne.

On peut donc spéculer que moins il y a d’alcool et moins il y aura de dysfonction sexuelle. C’est d’ailleurs conforme à ce qui est régulièrement observé en consultation. 

Il est assez simple DE CONCLURE CE TEXTE : pour retrouver une bonne qualité de vie sexuelle et harmonieuse il faut aller vers une consommation d’alcool la plus basse possible voire une abstinence totale lorsque le contrôle des consommations d’alcool est impossible. 

Vous sentirez la différence… votre partenaire aussi !

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MyDéfi alcool, ce n’est qu’un début, continuons d’être plus fort et plus nombreux !

Nous sommes arrivés au 15 janvier, soit à mi-parcours du défi que nous relevons contre les consommations excessives d’alcool. Pour certains, tout cela pourrait sembler bien modeste face au problème majeur du mésusage d’alcool dans notre pays. 

En fait, il y a de quoi être satisfait car cette démarche nationale et collective commence à s’imposer, année après année, comme une tradition incontournable du premier mois de l’année.

De plus, ces deux premières semaines ont été vraiment très positives à de nombreux points de vue.

Tout d’abord, il y a eu une grande mobilisation de nombreux groupes participants et acteurs de soin. Surtout, les médias ont joué le jeu en relayant des actions, en interviewant des personnes impliquées et en faisant la promotion de cet effort collectif. 

Par ailleurs, beaucoup de consommateurs excessifs qui ont modifié leur consommation ont fait part de leur expérience dans des groupes de discussions et dans des réseaux sociaux. Ces partages d’expériences sont très enrichissants pour ceux qui souhaitent avancer, mais qui ne se sont pas encore lancés.

Ces personnes peuvent découvrir, par exemple, que la baisse de la consommation s’accompagne d’une amélioration de la tension artérielle : « depuis que je consomme moins, j’ai pu réduire mon traitement contre l’HTA » ; « moi, mes chiffres tensionnels se sont normalisés après quelques semaines d’abstinence. »

Enfin, et c’est encore plus important, ces personnes qui sont parvenues à diminuer, voire à stopper leur consommation d’alcool, expliquent souvent comment elles ont fait, quelles sont les techniques qu’elles ont utilisées, quelles nouvelles stratégies de « combat » elles ont adoptées. 

A tous ceux qui ont commencé leur démarche : bravo. A ceux qui ont partagé leur expérience et donner des conseils : bravo et merci. Surtout, continuer votre démarche et capitaliser les bénéfices acquis pour améliorer votre qualité de vie. En clair, continuez !

Quant à ceux qui souhaitent se lancer et qui sont encore hésitants, soyez convaincus que c’est le moment d’y aller. Commencez par déterminez vos objectifs : abstinence totale pendant les 2 semaines qui restent ou bien diminution de consommation. Dans ce dernier cas, imaginez une diminution de consommation progressive, en commençant à votre rythme. Ne vous infligez pas un objectif trop difficile qui vous mettrait en difficulté.

Le plus important est déjà d’initier la démarche. Pour vous aider, allez voir ce qu’ont fait d’autres consommateurs et sachez qu’au départ, ils n’étaient pas plus sûr que vous de pouvoir y arriver.  

Pour conclure voici le conseil du jour : inspirez-vous de ce qui fonctionne et surtout ayez confiance en vous. Nous avons tous beaucoup plus de ressources que ce que nous l’imaginons. 

Commentaires et conseils provenants de groupes d’entraide surFacebook

Pour vous donner de l’envie et de la détermination de vous engager dans la sobriété, voici quelques commentaires Facebook de groupe d’entraide

Groupe Facebook Janvier sobre 2021

« J 10 ! Un état de sérénité et de goût de la vie que j ‘avais oublié. Comme c’est agréable !

J 4, découragée  , déprimée  et souffrant physiquement,  j ‘avais lancé un appel au secours. Le groupe bienveillant et solidaire m’avait répondu. Grâce à vous j’ai tenu le coup  j’ai franchi une 1er étape. Merci. 

Je témoigne pour encourager  à mon tour ceux qui sont dans la phase douloureuse. »

« Adopter des stratégies et des remparts pour ne pas boire d’alcool est capital !! Pour ne pas être tenté et c’est parfois difficile….

Pour ma part j’ai déjà un rdv avec le Médecin addictologue début janvier juste pour faire le point et peut-être faire une prise de sang de contrôle de plusieurs facteurs.

Merci. »

Commentaires Facebook de groupe d’entraide pendant les fêtes

« Pour moi cette année, je serai seule. Le 24 et 25 décembre seront des jours comme les autres, je me protège et protège les autres. Je suis malade alcoolique abstinente. »

« À Noël en famille je m’occupe de l’entrée et de toutes les boissons sans alcool et du fromage.

Prendre les boissons sans alcool à mon goût va me permettre de ne pas être tenté et de toujours remplir mon verre de bonne boisson !!

Merci encore de vos précieux conseils.

« Une des bonnes questions à se poser pendant cette période est d’où est ce que je viens et ou je désire aller.

J’ai mon abstinence qui a été le fruit d’un cheminement, d’une décision et d’un parcours souvent compliqué. J’ai retrouvé une vie sociale et une santé hors du produit. Vais-je mettre tout cela dans la poubelle et repartir à la case départ ? Souvent ce coup dans le rétroviseur suffit. La période de fêtes c’est suivre aussi les recommandations simples énoncées par Laure Perney dans son article, ne pas oublier que nous avons toujours le choix de dire NON et que si cela ne suffit pas, le soin est la bonne solution si on fait un faux pas. L’appel à l’ami en cas de doute, ou au groupe. »

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Alcool : ses effets sur la sexualité

Il existe une relation complexe entre l’alcool et la sexualité. Certains effets positifs sont ressentis et parfois même recherchés. Les effets négatifs sont malheureusement bien plus nombreux et souvent méconnus. D’autre part, l’impact de la consommation d’alcool va différer en fonction de la quantité consommée et du mode de consommation qui peut être ponctuel (aigu) ou chronique.

Consommation ponctuelle d’alcool

La consommation occasionnelle d’alcool est souvent présente lors des rencontres et des premières relations sexuelles avec un(e) partenaire. L’effet désinhibiteur de l’alcool aide certaines personnes à surmonter les difficultés à aller vers l’autre et entreprendre une démarche de séduction. C’est vrai à tout âge mais tout particulièrement chez les adolescents et les adultes jeunes. Cet effet désinhibiteur peut difficilement de ne pas être considéré comme un effet positif.  

De plus, l’alcool a la réputation d’avoir un effet aphrodisiaque et de favoriser la sexualité. Cependant, cela ne reflète pas la réalité. En effet, des études particulièrement intéressantes ont été menées chez des volontaires (sans consommation excessive d’alcool). Les participants jeunes et en bonne santé buvaient des boissons avec ou sans alcool, visualisaient ensuite des images pornographiques avec une évaluation objective de l’excitation sexuelle. Tout l’intérêt de cette étude est que certains volontaires croyaient consommer une boisson alcoolisée et ne recevaient qu’un cocktail sucré, tandis que d’autres buvaient un cocktail annoncé sans alcool alors qu’il s’agissait d’une boisson alcoolisée. 

Les résultats de ces travaux montrent que les participants qui pensaient avoir bu de l’alcool déclaraient être plus excité (plus d’excitation subjective c’est à dire ressentie) alors même que la consommation d’alcool avait diminué l’excitation objective (mesurée par des capteurs de pressions génitaux). Ainsi, l’anticipation de la consommation et la perception subjective des effets de l’alcool sont plutôt positives alors qu’en réalité l’effet objectif sur l’excitation est négatif.

En résumé, l’alcool peut favoriser la rencontre et le désir, mais diminue de façon objective l’excitation. Quand on parle d’excitation, il s’agit de l’érection chez l’homme et la lubrification vaginale chez la femme. 

Shakespeare a illustré cette discordance entre le mythe et la réalité des effets de l’alcool dans sa pièce MacBeth (Acte 2, scène 3) presque 400 ans avant les études que nous avons citées dans le paragraphe précédent : « it provokes the desire but it takes away the performance ».

Bien résumé ! 

Dernière précision d’importance, l’impact négatif de l’alcool est dose-dépendant. En effet, la sexualité est d’autant plus altérée que la quantité d’alcool consommée est importante. 

La consommation chronique alcool est aussi très toxique sur la sexualité puisqu’elle se complique d’une baisse du désir sexuel, d’une diminution de l’excitation (érection, lubrification vaginale) et d’une difficulté à atteindre l’orgasme. Ces complications concernent les hommes comme les femmes et ont été mise en évidence par de nombreuses études faites dans différents pays.  

Même si les troubles de l’érection sont plus souvent étudiés dans ces études, c’est bien sûr en tenant compte de l’ensemble des dysfonctions provoquées par l’alcool que l’on peut comprendre les difficultés sexuelles survenant chez des consommateurs excessifs. 

Une toxicité multifactorielle

Les facteurs à l’origine de la toxicité de l’alcool sur la sexualité sont multiples. Des problèmes psychologiques et relationnels sont souvent présents mais aussi des mécanismes physiologiques : principalement des troubles vasculaires, neurologiques et hormonaux. 

Les prises en charge sont donc complexes, mais s’inscrivent complètement dans la vision intégrative actuelle de l’approche diagnostique et thérapeutique en sexologie. Dans le schéma ci-dessous, on voit clairement que la sexologie s’intéresse à toutes les dimensions impliquées  dans la fonction sexuelle : les facteurs biologiques, le milieu socio-culturel, les habiletés relationnelles, psychologiques.

Hatzichristou et al. Diagnosing Sexual Dysfunction in Men and Women: Sexual History Taking and the Role of Symptom Scales and Questionnaires. J Sex Med. 2016 

Associée à l’approche sexologique, une démarche alcoologique doit être associée. C’est pourquoi le dépistage systématique d’une consommation excessive d’alcool est essentielle. Cela peut se faire rapidement à l’aide de 2 questions : 

1) À quelle fréquence consommez-vous des boissons alcoolisées ? (en suggérant des fréquences éventuellement pour obtenir des réponses précises : par exemple, « tous les jours »,  « 2 à 3 fois / semaine », « 1 à 2 fois par mois »)

2) Quelle quantité d’alcool consommez-vous les jours où vous buvez de l’alcool ? (En suggérant aussi, si nécessaire, un nombre de verres ou de bouteilles) 

Si la quantité vous semble importante, n’hésitez pas à adresser la personne qui consulte à un service ou un confrère spécialisé. Lorsque cela est difficile ou que les délais sont importants, vous pouvez aussi conseiller des outils de e-médecine ainsi que cela a été rappelé par la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives). L’outil actuellement le plus avancé en France est l’application MyDéfi. MyDéfi aide les consommateurs d’alcool à réduire leur consommation de manière autonome grâce à un coaching discret et anonyme qui s’ajuste à leurs progrès au quotidien. Les utilisateurs constituent un agenda de consommation, recoivent des messages d’information et des conseils sur mesure adaptés à leurs consommations et leur évolution.  

Pourquoi parler de cette problématique maintenant ? Parce que le mois de janvier est dédié à la diminution, voire l’arrêt de toute consommation de boissons alcoolisées (vous avez probablement entendu parler de dry january, janvier sec ou de janvier sobre). Plusieurs groupes se mobilisent actuellement en France pour informer le public sur les normes de consommations proposées par Santé Publique France (2 verres par jour maximum et des jours sans alcool chaque semaine) et pour motiver des changements de comportement. Vous pouvez par exemple visiter le site de « Janvier Sobre » pour vous renseigner sur leur action et les messages dispensés. https://janviersobre.fr

Pour conclure, la consommation aigüe et surtout la consommation chronique d’alcool sont de grandes causes de dysfonctions sexuelles. Le repérage est indispensable car la diminution, voire l’arrêt de la consommation d’alcool est une étape essentielle pour espérer l’amélioration des symptômes sexuels.

Enfin, l’application MyDéfi peut apporter une aide alcoologique aux consommateurs excessifs qui ne sont pas suivis par des soignants spécialisés.

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ON SE PRÉPARE À FAIRE LA FÊTE !

Après la période des fêtes de fin d’année, nous voyons en consultation de nombreux patients qui étaient abstinents et qui ont rechuté pendant cette période. Il s’agit bien sûr d’une période à risque, même si cette année va (malheureusement) rendre les échanges festifs plus difficiles et peut-être ainsi diminuer les risques de re-alcoolisation.

Quoiqu’il en soit, c’est le bon moment de se remémorer quelques conseils de base. Ces conseils sont donnés par les soignants aux patients mais aussi souvent expliqués par les patients à leurs soignants (échange de bons procédés !). Vous avez probablement plein d’autres tours dans votre sac. Voilà l’occasion de vous en rappeler.

1°) COMMENT SE PRÉPARER AUX FÊTES DE FIN D’ANNÉE? 

Tout d’abord, il est important d’anticiper comment se comporter pendant les soirées de fêtes. Chaque personne abstinente sait généralement comment faire pour ne pas boire à condition de se préparer en amont. 

Il faut par exemple fignoler sa « phrase-type » pour refuser un verre d’alcool, et bien la répéter pour être capable de la dire de façon naturelle et réflexe. Même si nous devrions être en petit comité cette année, il n’est pas impossible de s’entendre dire quelque chose dans le style de: « ben, tu ne bois rien ? » « Ce soir, c’est pas pareil ! » « Pour une fois, ça ne peut pas faire de mal ! ».

Il faut être prêt à répondre du tac au tac, naturellement et sans la moindre gêne. Si vous vous sentez encore un peu fragile : répétez comme les grands acteurs.

Vous pouvez aussi amener des boissons sans alcool pour pouvoir faire la fête, afin de boire ce que vous aimez, sans prendre de risque. Il faut surtout éviter les soirées traquenards au cours desquelles il est quasiment impossible de ne pas boire.

Il peut être utile enfin de pouvoir anticiper les conséquences de son comportement : c’est-à-dire de ressentir par avance la fierté d’avoir passé ce moment délicat sans re-consommer ; ou au contraire la déception d’avoir craqué. 

2°) COMMENT BIEN GÉRER SA SOIRÉE ?

Il faut se dire que ce n’est pas plus dur qu’un autre soir. Vous avez déjà tenu et vous savez donc comment gérer.

Si vous êtes tenté pendant la soirée, n’oubliez pas qu’une envie, ça passe vite. Surtout, pensez à quel point vous serez heureux le lendemain matin. Vous vous direz alors, avec fierté, que vous avez super bien géré votre Noël ou votre jour de l’an !

Il faut être sûr de soi avec un verre d’eau pétillante ou de boisson non alcoolisée à la main : ce n’est pas une tare de ne pas boire d’alcool. Il n’y a donc aucune raison de se sentir mal à l’aise ou complètement inadapté.  

3°) QUE FAIRE APRÈS ?

En cas de consommation, il est indispensable de revenir immédiatement à l’abstinence. Par exemple, en cas de re-consommation à Noël, il ne faut surtout pas remettre ça au jour de l’an. Surtout ne pas se leurrer, la première re-consommation se passe souvent bien. On peut volontiers se dire : « en fait, j’ai géré, je n’ai bu que 2 verres ». Attention, c’est un leurre et ça se dégrade très vite après. Donc il faut un retour immédiat à zéro, mais restez optimiste : si on est vigilant, un coup de canif dans le contrat n’est pas égal à une rechute. 

Au moindre doute, contacter un soignant et, si possible, faites-vous aider par des proches. Trop souvent, les patients n’osent pas revenir en consultation : ils attendent que « ça aille mieux ». C’est une très mauvaise idée. Il faut consulter au moindre doute. Ne ressentez pas de honte et n’ayez pas la crainte de déranger.

Voilà quelques pistes de réflexion pour vous aider dont certaines ont été soufflées par des patients heureux de leur abstinence.

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e-SANTÉ ET ADDICTION

e-SANTÉ ET ADDICTION

Une réunion très importante a été organisée par la MILDECA sur la e-santé. Un document rédigé par des experts a été produit à cette occasion afin de pointer l’existant et surtout d’anticiper l’avenir de la e-santé. 

Ce texte confirme que la e-santé a un « énorme potentiel désormais reconnu à l’international », et qu’elle représente « une réponse particulièrement bien adaptée aux besoins ».

Voici quelques extraits significatifs de ce texte (reproduits à l’identique) qui méritent d’être lus avec beaucoup d’attention.

Extraits du texte de synthèse (qui fait en tout 104 pages).

« La lutte contre les drogues et les conduites addictives ne peut pas se passer de l’apport de l’e-Santé, qui est susceptible d’apporter une amélioration du service médical rendu dans la prévention, le repérage, le diagnostic et le traitement des addictions

Un plan pour le déploiement progressif et intégré des solutions de e-Santé peut désormais être considéré comme indispensable dans le cadre de la lutte contre les drogues et les conduites addictives, pour la prévention et pour la réduction significative du « treatment gap », qui laisse actuellement un grand nombre de patients sans prise en charge. »

Pour mémoire, le « treatment gap » représente l’écart qui existe entre le nombre de patients ayant besoin de soin et ceux qui ont effectivement un soin. Concernant les problèmes d’alcool, moins de 10 % des patients qui devraient bénéficier d’un accompagnement ont effectivement des soins. 

La synthèse valorise deux éléments qui sont spécifiquement considérés comme des outils de soin majeurs

1°) LES NOUVEAUX ACTEURS DE L’e-SANTE

« Les technologies numériques permettent de mobiliser plus efficacement de nouveaux acteurs (tels les associations de patients, les patients experts, les psychologues, les préventeurs, etc.). 

La mobilisation de nouveaux acteurs tels que les consommateurs et les patients permettra de répondre en partie aux besoins non couverts par les spécialistes médicaux. 

Les réseaux communautaires ressortent comme l’un des moyens à privilégier pour améliorer la prévention et amener les personnes les plus à risque à rechercher les soins adaptés. » 

En d’autres termes, les associations de patients, réseaux sociaux, blogs et tous les types de e-communications sont reconnus comme des acteurs majeurs pour donner des informations, aider à la prévention et favoriser l’entrée dans le soin de certains patients. 

2°) LES NOUVEAUX OUTILS AU SERVICE DES PATIENTS 

« Les technologies numériques permettent aux consommateurs de s’évaluer et de se traiter avec des dispositifs médicaux efficaces. 

Le smartphone doit désormais être considéré comme le vecteur privilégié pour l’adoption des services et solutions de l’e-Santé dans le champ des addictions

Pour l’utilisateur, le smartphone est en effet une plateforme d’intégration des différents services et solutions offertes actuellement et à l’avenir par l’e-Santé

Il s’agit également désormais de communiquer mieux afin d’informer, surtout les plus jeunes, afin de ne pas laisser le champ libre à la promotion et la vente de substances addictives grâce aux applications mobiles utilisées actuellement par le plus grand nombre. »

Ainsi, les APPs sont des outils efficaces qui doivent être développés. Les APPs médicales dédiées aux problèmes d’alcool doivent venir contrer celles qui favorisent les consommations d’alcool (défis entre binge drinkers, etc…).

POUR CONCLURE, REVEVONS DANS LE TEXTE DE LA MILDECA : 

« L’expérience disponible au niveau international et en France permet de disposer d’un niveau de preuve suffisant pour justifier le déploiement de solutions telles que les réseaux communautaires et sociaux, la téléconsultation et la télémédecine, l’aide téléphonique, les applications mobiles»

Nous ne pouvons rêver meilleur encouragement à maintenir les efforts des groupes sociaux et des APPs à destination de tous ceux qui consomment trop d’alcool. 

D’après le rapport de la Mission Interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA).

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QUE FAUT-IL PENSER DES RÉSULTATS DE GAMMA GT ?

La gamma GT (γGT), de son vrai nom gamma glutamyl transpeptidase, est une enzyme qui a été découverte dans les années 50. L’augmentation de son taux circulant (dans le sérum sanguin) a été rapidement associée à une consommation excessive d’alcool.

Maintenant encore, dire « j’ai un taux de γGT augmenté » est traduit par les proches, par beaucoup de médecins et par la justice par « trop d’alcool consommé ».

En effet, la γGT est une enzyme hépatique, et quand le foie souffre, il est souvent conclu que c’est secondaire à une consommation excessive d’alcool. Même si cela peut être vrai, il ne faut pas être systématique car il existe de nombreux organes, en dehors du foie, qui ont des concentrations de γGT importants, dont les reins, le pancréas, le cœur, le cerveau, les intestins, etc… Donc des maladies de ces organes peuvent se traduire par des taux augmentés de γGT, de même que d’autres causes de maladie du foie (une hépatite virale par exemple) et des maladies générales telle que l’obésité.

Point n°1 : on peut avoir des taux augmentés de γGT sans avoir un problème d’alcool

Par ailleurs, de nombreux chercheurs ont recherché les rôles et fonctions de la γGT. Cette enzyme a des fonctions très importantes puisqu’elle est impliquée dans la synthèse des protéines et a des actions anti-oxydantes. 

Cette enzyme est donc essentielle à notre santé et c’est en plus un anti-oxydant qui fonctionne vraiment (ce qui n’est pas forcément le cas des produits généralement vendus comme tels).

Point n°2 : la γGT est une enzyme essentielle à la vie 

Chez des personnes avec un problème d’alcool, la γGT est un marqueur indirect de consommation. C’est-à-dire que la γGT traduit l’irritation du foie face à l’alcool. Cela ne veut pas dire que tant que les γGT ne sont pas augmentées, il n’y a pas de risque et que l’on peut continuer à consommer de la même façon. On entend parfois en consultation : « tu vois bien que je ne bois pas, mes γGT sont normales ! ». 

Ce raisonnement ne tient pas. En effet, les taux de γGT sont volontiers normaux chez des personnes ayant des consommations irrégulières mais importantes et chez d’autres qui consomment quotidiennement des quantités modérées.

Dans ces deux cas, des conséquences graves peuvent survenir sans que des taux élevés de γGT aient été observés. Par exemple, il n’est exceptionnel d’observer une absence d’augmentation des γGT chez des patients avec une cirrhose du foie.

D’autre part, l’alcool est toxique pour quasiment tous les organes du corps et même s’il n’y a pas d’atteinte hépatique, cela ne signifie pas que le cœur, le cerveau, le tube digestif, etc… sont indemnes de toute atteinte.

Point n°3 : taux normal de γGT ne signifie pas une absence de toxicité de l’alcool sur le foie ou un autre organe

Généralement, en cas de consommation excessive d’alcool, l’augmentation des γGT n’est pas isolée et est au contraire associée à l’augmentation d’autres enzymes hépatiques et aussi à une augmentation de volume des globules rouges (Volume Globulaire Moyen = VGM). L’association de γGT élevées et de gros globules rouges oriente pour le coup nettement vers l’alcool.

Dans ce cas, il est important de stopper ou du moins de bien diminuer sa consommation en surveillant les taux de γGT. C’est là que l’intérêt de ce dosage prend toute sa valeur : c’est un élément de suivi très parlant pour le patient et le médecin.

Point n°4 : l’augmentation de γGT est volontiers associée à d’autres anomalies biologiques, en particulier du VGM. Une γGT élevée en raison d’une consommation excessive d’alcool est un excellent marqueur de suivi.

Parfois, malgré des efforts importants le taux de γGT ne se normalise pas. Qu’est-ce que cela signifie ? Plusieurs réponses sont possibles. 

Tout d’abord, la diminution de la consommation peut ne pas être suffisante. Si l’on passe de 2 bouteilles de vin par jour à une bouteille, cela représente un gros effort et il y a un bénéfice net pour la santé. Toutefois, rester à 1 bouteille, soit 7 verres (ou unités) par jour suffit à maintenir une forte toxicité pour le foie. 

Deuxièmement, même après abstinence totale les taux de γGT peuvent rester élevés. Votre médecin doit alors chercher une autre cause à cette anomalie. Il sera alors très important de maintenir une abstinence totale afin de ne pas s’imposer des bilans sans fins qui n’ont pas de raison d’être prescrits si des prises d’alcool persistent. 

Troisièmement, cela peut survenir quand le dosage est trop proche de la date de sevrage. Il faut en moyenne 2 à 6 semaines pour normaliser les taux de γGT, mais ce délai peut augmenter si le taux initial était très élevé (>1000 par exemple)

Point n°5 : Si la normalisation des taux de γGT ne survient pas après 2 à 3 mois d’abstinence, une autre cause (hépatique, cardiaque ou autre) doit être recherchée. 

Enfin, il existe 5 à 7 % des gens qui ont un taux de γGT qui est augmenté de façon isolée, sans aucune cause précise, et sans que cela se traduise par la moindre complication. 

Toutefois, cela reste l’exception et en cas de consommation d’alcool, il ne faut pas avoir des taux augmentés de façon chronique car cela signe un risque augmenté de complications (potentiellement graves) pour la santé.

Point n°6 : il faut éviter de « trainer » avec des taux augmentés de γGT sans avoir un bilan médical sérieux

En conclusion, même si le dosage de la γGT ne permet pas de faire des diagnostiques de certitudes, il peut est utile, en particulier pour le suivi en cas de taux initial augmenté. Ce dosage peut être le témoin de vos efforts et permettre de renforcer votre motivation à avancer. 

En cas de consommation chronique d’alcool, il ne faut pas être faussement rassuré par un taux normal qui ne représente qu’un reflet indirect de ce qui se passe dans le foie (et pas dans l’ensemble du corps). Si vous avez des taux augmentés, il faut faire votre possible pour que ceux-ci se normalisent afin d’éviter des complications au long cours.

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Test: évaluez votre sentiment d’efficacité personnelle

Nous avons précédemment parlé de la « bibliothérapie » qui est une technique de soin non médicamenteuse qui peut aider à réduire sa consommation d’alcool. En effet, pour avoir envie d’avancer il est nécessaire d’être informé et d’analyser au mieux son état, d’autant que la démarche d’aller vers une baisse de consommation (ou une abstinence) demande souvent beaucoup d’efforts.

Pour se lancer, il faut aussi penser que l’objectif fixé n’est pas inaccessible, c’est-à-dire que l’on a les compétences personnelles pour l’obtenir. En effet, comment se lancer dans un combat que l’on ne se croit pas capable de gagner ? Cela demande donc de ressentir de la confiance en soi. Nous parlerons dans ce texte du « sentiment d’efficacité personnel » qui se définit comme notre niveau de croyance dans notre auto-efficacité.

Dans de nombreux domaines, on voit que ceux qui obtiennent des résultats éclatants n’ont généralement aucun doute sur leur niveau de capacité. Malgré les obstacles, ils continuent et finissent « tout naturellement » par aboutir. On n’entend pas un compositeur, un grand sportif, quelqu’un qui a réussi dans un domaine quel qu’il soit, exprimer qu’il n’a jamais penser avoir l’ombre d’un talent et qu’il n’a poursuivi ses efforts qu’en espérant qu’un coup de chance inouï puisse lui permette de réussir. Tous ces gens ont un sentiment d’auto-efficacité très affirmé qu’ils conservent intact, même s’ils traversent des moments difficiles. 

C’est pourquoi le sentiment d’auto-efficacité a été décrit comme étant au fondement du bien-être et des accomplissements humains. Est-ce que cela ne décrit pas ce que nous recherchons au quotidien ?

Or, il apparaît clairement que les personnes qui ont des pathologies addictives, en particulier des consommations excessives d’alcool, ont un déficit de confiance en soi. De plus, la poursuite de leur consommation, malgré les efforts qu’elles mettent en œuvre pour la combattre, finit par éroder leur « sentiment d’efficacité personnelle ».

Cela est préjudiciable pour le consommateur excessif d’alcool, car le « sentiment d’efficacité personnel » est un facteur pronostique majeur. En effet, dans les études scientifiques qui évaluent ce qui fait que certains patients atteignent plus que d’autres leurs objectifs concernant leur consommation d’alcool (réduction ou abstinence), le sentiment d’efficacité personnelle est l’un des seuls critères qui ressort quasiment toujours. 

En d’autres termes, il s’agit de l’une des principales clefs de la réussite.

Dans ces conditions, il semble utile de pouvoir évaluer notre sentiment d’efficacité personnelle et de trouver des moyens pour pouvoir l’augmenter

PETIT QUESTIONNAIRE POUR ÉVALUER SON SENTIMENT D’EFFICACITÉ PERSONNELLE

Voici les questions que vous pouvez vous poser pour réfléchir à votre sentiment d’efficacité personnel. Il s’agit de la traduction libre d’un questionnaire de langue anglaise, s’intéressant à la vie en générale, et non pas spécifiquement au rapport aux addictions. 

Bien sûr, il n’y a pas de score normal ou de score anormal. Le but est de se poser des questions sur son sentiment d’efficacité personnelle et donc de réfléchir sur ses forces et faiblesses. C’est un excellent moyen d’imaginer comment il est possible de gagner de la confiance en soi pour mieux gérer ses problèmes d’alcool. De plus, un score comme celui qui est proposé va être encore plus aidant si on observe son évolution dans le temps.

Pour chaque question, la note possible est :

1 = Pas du tout vrai

2 = A peine vrai

3 = Modérément vrai

4 = Tout à fait vrai

Je peux toujours résoudre des problèmes difficiles si je fais suffisamment d’efforts
Quand quelqu’un s’oppose à moi, je sais quand même trouver les moyens d’obtenir ce que je veux
Il est facile pour moi de m’en tenir à mes objectifs et de les atteindre
Je crois que je serais capable de gérer avec efficacité des événements imprévus
Grâce à ma débrouillardise, je sais gérer des situations imprévues
Je peux résoudre la plupart des problèmes si je m’investis suffisamment
Je peux rester calme face aux difficultés parce que je peux compter sur mes capacités d’adaptation
Lorsque je suis confronté à un problème, je peux généralement trouver plusieurs solutions
Quand j’ai des ennuis, je parviens généralement à trouver une solution
Je peux généralement gérer ce qui m’arrive
SCORE TOTAL (addition de l’ensemble des notes)

Une fois que vous avez fait votre bilan initial, ce qui importe vraiment, c’est de réfléchir à la façon d’améliorer ce score, c’est-à-dire de ressentir plus de confiance en soi. Ainsi que nous l’avons dit, c’est un élément majeur de réussite dans votre lutte contre l’alcool. C’est aussi un élément majeur d’épanouissement dans votre vie quotidienne.

En plus de tout ce que vous pourrez faire par vous-même, nous vous apporterons prochainement des pistes possibles pour améliorer votre sentiment d’efficacité personnelle.

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Traitements non médicamenteux du Mésusage de l’alcool

L’objectif des textes qui abordent les traitements non médicamenteux est d’informer sur les compétences, les techniques, les outils qu’un consommateur peut utiliser pour améliorer ses chances de réussite.

PREMIER ÉPISODE : l’aide thérapeutique par l’information.

De nombreuses questions nous ont été posées concernant les traitements médicamenteux. Il s’agit de questions importantes, mais celles-ci doivent se résoudre en collaboration avec le prescripteur de la molécule. Le choix du traitement est dicté par l’indication spécifique du médicament et les particularités du patient et ne peut donc être commenté sans ces informations.

Lorsqu’un traitement médicamenteux est prescrit, le « job » du patient est d’être le plus observant possible, c’est à dire de ne pas oublier les prises.

Le patient a aussi la possibilité d’optimiser le résultat de sa prise en charge grâce à des outils dont nous allons parler dans plusieurs textes. 

Avant de commencer, il est intéressant de savoir quel est l’impact réel des médicaments en alcoologie. En d’autres termes, il faut répondre à la question suivante : si atteindre l’objectif correspond à un effet thérapeutique égal à 100 %, quelle est la part du médicament lui -même ?

La réponse est assez surprenante. En effet, quel que soit l’objectif (l’abstinence ou la diminution de consommation) et le médicament testé, l’effet de celui-ci ne correspond qu’à 20 à 30 % du résultat final. 

Ce n’est pas négligeable mais cela n’est vrai que pour les médicaments qui ont démontré leur efficacité.

Cela signifie aussi que 70 à 80 % du résultat obtenu revient au patient et aux différent « outils » qu’il utilise (incluant ses compétences personnelles, son expérience, les soignants qui l’aident, les groupes d’entraide…).

Cela confirme bien qu’il n’y a pas de « traitement miracle », mais plutôt que le « miracle » doit venir du patient et de sa capacité à utiliser toute sorte de compétences et d’outils non médicamenteux. Certains de ces outils non médicamenteux sont inclus dans les suivis avec des soignants. D’autres peuvent et doivent être développés par les patients eux-mêmes. 

L’objectif des textes qui aborderont les traitements non médicamenteux est d’informer sur les compétences, les techniques, les outils qu’un consommateur peut utiliser pour améliorer ses chances de réussite. Avant de commencer, il est essentiel de préciser que ces outils n’ont pas pour vocation de se substituer au travail que vous pourriez faire avec un soignant ou au sein d’un groupe d’entraide. Il s’agit juste de décrire des « techniques » validées qui peuvent vous aider et compléter votre démarche (que vous ayez ou pas un traitement médicamenteux).

LA BIBLIOTHÉRAPIE

Le premier chapitre que nous aborderons est la bibliothérapie ; c’est à dire l’aide thérapeutique par l’information. La bibliothérapie peut prendre plusieurs formes : par exemple des dépliants d’information, un poster dans une salle d’attente, des messages internet, des communications de sociétés savantes…

Le rationnel de cette technique est que si une information nous semble pertinente et utile, nous pouvons nous en emparer. Elle devient alors une connaissance, une croyance personnelle qui va nous aider à progresser.

C’est ainsi que nous avons incorporé des messages de santé publique sur lesquels nous nous appuyons pour essayer d’améliorer notre santé. Nous sommes globalement tous d’accord pour penser qu’il faut éviter de manger trop gras ou trop sucré et qu’il est potentiellement toxique de saler de façon inconsidérée nos plats. Cela ne signifie pas que nous avons abandonné le plaisir des frites et des gâteaux ; cela signifie simplement que, ayant acquis ces connaissances, nous essayons de les utiliser au mieux pour gérer notre alimentation. Bien sûr, nous n’y parvenons pas toujours bien. Mais où en serions-nous si nous n’avions pas acquis à titre personnel ces connaissances théoriques qui viennent directement de la recherche ?

La bibliothérapie existe aussi en alcoologie, sous différentes formes, et de nombreuses études ont été publiées. Un travail de synthèse a repris 22 de ces études pour tenter d’en tirer des conclusions robustes. Quelles sont-elles ? 

Il s’agit d’un outil facile à mettre en place et peu coûteux :  document papier dans un salle d’attente ou en pharmacie, courrier papier, courrier électronique. Le côté économique de la bibliothérapie est un atout pour que les autorités de santé puissent se mobiliser en faveur des consommateurs excessifs.

La bibliothérapie peut favoriser l’entrée dans le soin. Avoir de l’information (à condition qu’elle repose sur des données validées) permet clairement de faire un auto-bilan pouvant générer la prise de décisions importantes.

Pour certaines personnes, il est plus facile d’accepter de lire des documents « d’auto aide » que d’aller consulter. Ainsi, la bibliothérapie permet de rendre un service significatif à des personnes qui ne sont pas encore prêtes à aller chercher une aide présentielle.

La bibliothérapie permet une réduction significative de la consommation d’alcool. Cela signifie que recevoir des informations et accepter un message qui semble juste est un premier pas vers une réduction de consommation. 

Les gains obtenus grâce à la bibliothérapie se maintiennent dans le temps ; il s’agit là d’un point majeur. Ce n’est pas étonnant puisque le changement repose sur des informations intégrées par la personne qui les adopte comme une connaissance personnelle. Nous n’allons pas oublier l’année prochaine que notre alimentation doit être diversifiée et contenir des fruits et des légumes. Conservant ces connaissances acceptées, nous pourrons donc les utiliser au long cours. La bibliothérapie n’est donc pas un gadget, mais un outil très utile pour aider à la vigilance et au changement. 

Dans le livre « Le contrat », John Grisham dit : « L’information, c’est le pouvoir ». Il ne pensait pas bien sûr à la bibliothérapie, mais cette citation s’adapte parfaitement à l’alcoologie. L’information c’est avoir le pouvoir de mieux comprendre sa relation à l’alcool et augmenter ses chances de changer son comportement.

Il existe toutefois un écueil possible dans cette démonstration : la bibliothérapie ne peut être considérée comme un outil efficace que dans la mesure où les informations acceptées et assimilées sont valides et reposent sur des données scientifiques robustes et récentes. Cela signifie qu’il faut, au moindre doute, vérifier les documents d’informations, surtout si vous avez le sentiment que « la mariée est trop belle ». 

En conclusion, obtenir de l’information sur l’alcool, ses effets secondaires et les soins possible est EN SOI un acte thérapeutique qui permet d’avancer.