Catégories
Alcool Traitements

Bientôt des avancées dans le traitement du binge drinking !

Nous avons déjà évoqué le binge drinking dans un précédent blog, cette modalité de consommation intense, explosive qui se produit sur une durée courte. Il existe plusieurs définitions, mais on peut retenir que cela correspond chez l’homme et la femme à des consommation supérieures ou égales à respectivement 7 et 6 verres d’alcool, et cela pendant un intervalle de moins de 2 heures. 

Le fait de consommer de cette manière favorise la survenue de taux d’alcool très important dans la circulation sanguine ce qui augmente significativement le risque de toxicité. En effet, et il est toujours bon de le rappeler, la toxicité de l’alcool est dose-dépendante. Donc, plus il y en a et plus c’est toxique.

Ce mode de consommation est donc toxique, mais il est vraiment préoccupant chez les adolescents et les adultes jeunes. En effet, ces consommations excessives favorisent les risques d’accidents de la voie publique et la survenue d’un état de vulnérabilité. Cette vulnérabilité peut se traduire par des violences subies, qu’elles soient physiques ou sexuelles. Il ne faut pas oublier que la consommation excessive d’alcool augmente le risque d’être victime de violence, mais aussi auteur de violence, notamment sexuelle. Profitons de ce texte pour rappeler que l’alcool est la première drogue du violeur très loin devant les benzodiazépines ou le GHB.

Il existe aussi bien sûr des risques de toxicité aiguë sur certains organes dont le cœur et le cerveau. Le cerveau est un organe qui continue à se développer longtemps dans la vie et qui n’atteint sa maturité qu’à l’âge de 25 ans environ. De plus, les dernières zones qui vont atteindre la maturité sont situées dans la région frontale. Elles correspondent aux zones de prises de décision, celles qui nous aident par exemple à gérer notre alimentation et à éviter de manger trop de gâteaux ou de sucreries. 

On comprend donc aisément pourquoi on peut plus facilement prendre de mauvaises décisions quand on est jeune (il n’est pas nécessaire de faire beaucoup d’efforts de mémoire pour trouver des exemples chez chacun d’entre nous). 

Le fait d’avoir du binge drinking de façon précoce favorise par ailleurs la survenue de dépendance à l’alcool plus tard avec toutes les conséquences négatives chroniques.

Enfin (bien sur ces informations ne sont pas exhaustives), le binge drinking chez les jeunes favorisent le risque de développer des troubles cognitifs, notamment des troubles des fonctions suivantes : capacités de mémorisation, de concentration et d’apprentissage. Ces troubles sont gênants pour tout le monde, mais prennent un relief particulier chez les étudiants, puisqu’il s’agit de cerveaux jeunes (donc fragiles) qui doivent acquérir chaque jour de nouvelles connaissances (donc être opérationnels). Par ailleurs, les troubles cognitifs ne sont pas visibles initialement, et donc sont volontiers négligés.

L’ensemble de ces données incite à imaginer des soins spécifiques « anti binge drinking » pour les jeunes et bien sûr, pour les moins jeunes. Concernant les étudiants, il existe des actions menées par les pairs (autres étudiants qui se mobilisent contre l’alcool) qui donnent des résultats intéressants. Cela reste toutefois insuffisant et nous avons souhaité proposer une aide supplémentaire grâce à une application médicale, ce type d’outil étant bien adapté aux jeunes consommateurs.

Nous avons déjà créé une application médicale qui a pour objectif d’aider les consommateurs réguliers excessifs à diminuer leur consommation (App MyDéfi). Le programme de soins de MyDéfi, dans sa forme actuelle, n’est pas spécifique de la problématique du binge-drinking.

Afin de pouvoir développer et évaluer un programme binge-drinking, nous avons participé à un concours organisé par l’Institut de Recherche en Santé Publique (IReSP).

Notre projet a été sélectionné, ce qui démontre son intérêt. Cela va nous permettre, non seulement de créer un programme spécifique, mais encore de le tester dans la « vraie vie » sur un échantillon d’étudiants. 

Ce projet collaboratif très ambitieux est porté par plusieurs partenaires : une équipe INSERM de l’Université de Picardie Jules Verne, l’équipe d’Addictologie clinique du CHU de Nîmes, une équipe de recherche en Neuropsychologie de l’Université Paul Valéry Montpellier 3 et des développeurs.

Actuellement, il n’existe pas d’application médicale fonctionnelle dans cette indication et c’est pourquoi, voir ce projet sélectionné par l’IReSP nous semble être une nouvelle très importante. Cela va nous permettre d’atteindre les objectifs fixés durant la période d’étude de 2ans. Nous communiquerons au fur et à mesure les avancées de ce projet novateur qui pourrait à terme amener un nouvel outil d’aide pour de nombreux consommateurs. 

Catégories
Alcool

ABSTINENCE ET RECHUTE : LES DÉFINITIONS SONT-ELLES SI ÉVIDENTES ?

Chez certains malades ayant un trouble de l’usage sévère, ou une dépendance (selon le type de questionnaire utilisé), le contrôle de la consommation n’est pas possible au long cours. Dans ce cas, l’option de soin à choisir est l’abstinence.

Ce concept paraît très simple : il faut être à zéro alcool. Il y a une maxime des alcooliques anonymes qui permet aux patients de bien comprendre cette idée : « 1 verre, c’est trop et 1000, ce n’est pas assez ». Et il est vrai que les rechutes commencent par un premier verre. Donc, pour les patients qui visent l’abstinence, l’idéal est de ne pas consommer du tout. Plus le temps passe et moins il y a d’envie, moins il y a la « réflexe » de boire en réponse à une émotion particulière. De plus, le temps permet aussi de perdre le « goût » de l’alcool et de le remplacer par une sorte d’écœurement. Très souvent, l’odeur même de l’alcool devient très désagréable. Donc, pour tous ceux qui réussissent à ne pas boire : BRAVO, NE CHANGEZ RIEN ! 

L’inconvénient de ce concept du zéro absolu, c’est que la reprise d’un seul verre semble signer l’échec pour les patients. Cela se traduit par du découragement et parfois l’idée qu’ils n’y arriveront jamais. Avant de poursuivre, il est essentiel d’insister sur le fait que ce texte n’a pas pour objectif de promouvoir des consommations épisodiques chez des malades qui souhaitent être abstinent, mais de leur permettre de comprendre au mieux ces épisodes.   

Voyons donc quelles informations, tirées des dernières connaissances scientifiques, peuvent être utiles aux patients qui veulent être abstinent et qui ont fait un écart. Chez ces patients dépendant à l’alcool, le concept de la rechute est essentiel à discuter, car celle-ci est malheureusement fréquente. Par exemple, après une première tentative d’arrêt d’alcool ou de tabac, les taux de rechute à 12 mois sont globalement supérieurs à 80 %. Cela explique la définition de la maladie alcoolique qui est décrite une « maladie chronique récidivante ». Il faut donc comprendre ce qu’est la rechute et comment la prévenir. Surtout il est essentiel que les patients sachent se remettre au combat en cas de rechute, car les chances de succès vont augmenter avec le temps.

DÉFINITION DE LA RECHUTE

Dans un premier temps, il faut savoir exactement de quoi on parle et pour cela définir le mot « rechute ». La réponse semble évidente, mais aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’y a pas de définition claire et unique de la rechute. Spontanément, on se dit que la rechute est tout simplement définie par un événement incontestable : la re-consommation.

Selon le dictionnaire Littré, la rechute correspond à « la réapparition d’une maladie pendant ou après la convalescence ». Il s’agit donc d’un retour vers une condition initiale indésirable. De nombreux addictologues considèrent aussi que la rechute correspond plus à un processus dynamique qu’à une simple reprise d’un verre. Cela confirme que le trouble de l’usage de l’alcool a une évolution variable caractérisée par des périodes de rémission et de rechute. 

Deux remarques :

         Évoquer la rechute comme s’incluant dans le processus évolutif qui va vers la guérison permet de la dédramatiser (combien de malades expliquent que c’était leur « dernière » chance !). Bien sûr, re-consommer n’est pas conseillé et donne du stress aux patients. Mais cela en signe pas la fin définitive de tout espoir. 

De plus, pour de nombreux patients il faut expérimenter plusieurs rechutes avant d’atteindre à leur objectif. Dire que la maladie alcoolique est une maladie récidivante ne signifie pas que les « rechutes » ne s’arrêtent pas un jour.

Quelles sont les données les plus récentes de la littérature scientifique ? Des auteurs ont cherché quelles étaient les différentes définitions de la rechute (à l’alcool) dans les études publiées récemment.  À partir de 139 études sélectionnées car étant de bonne qualité, voilà les résultats qu’ils nous proposent : 

  • Dans une cinquantaine d’étude (38 % des études exactement), la rechute était définie par l’existence d’une re-consommation, quelle qu’elle soit (donc à partie de 1 verre). 
  • Pour les autres équipes d’addictologues qui ont fait des études dans ce champ, la définition de la rechute était différente. Il y avait rechute chez les patients qui avaient consommé (cela ressemble à un poème de Prévert) :  
  • Au moins 2 verres
  • Au moins 4 verres
  • Au moins 6 verres en 1 seule occasion
  • Au moins 3 jours de suite
  • Au moins 7 jours de suite
  • Au moins 5 verres dans la journée ou au moins 5 jours dans 1 semaine
  • Au moins 4 verres chez une femme / 6 chez un homme
  • De façon identique à leur consommation initiale 
  • Comme auparavant et avaient eu des complications physiques ou psychologiques

Cela démontre qu’il existe des définitions très différentes bien sûr, mais aussi que l’interprétation de la rechute n’est probablement pas aussi simple que nous l’aurions pensé de première intention.  

Il est peut-être possible d’harmoniser ces réponses qui sont si différentes en introduisant une nouvelle donnée. 

NOTION DE « RELAPSE » ET DE « LAPSE »

Certains auteurs anglo-saxons distinguent deux façons de re-consommer de l’alcool. Ils parlent de « relapse » et de « lapse ». « Relapse » correspond à la réapparition d’une utilisation problématique de l’alcool, après une période d’amélioration : c’est notre notion classique de rechute. « Lapse » est typiquement définie comme une prise unique, ou une re-consommation très discrète : cela correspond à ce que nous nommons parfois « simple dérapage », « glissade » ou « coup de canif dans le contrat ».

Certains auteurs sont parfois allés plus loin dans la précision. Voici une illustration qui n’a valeur que d’exemple. Ces auteurs testaient un médicament qui était susceptible d’augmenter le nombre de jours d’abstinence sur une période donnée. Pour eux, l’abstinence correspondait à une consommation nulle (0 alcool) ; la rechute (relapse) était définie par une reprise d’alcool de plus de 4 verres par jour ou de plus de 14 verres dans la semaine ; le dérapage (lapse) était défini par toute consommation qui se situait entre les deux.

QUEL EST L’INTÉRÊT D’ERGOTER SUR LES DÉFINITIONS ?

Cette discussion est très importante, car l’expérience montre qu’un petit dérapage, ça peut arriver et ça peut se récupérer. Il est indispensable que les patients abstinents qui ont fait un écart ne le considère pas comme un échec irréversible, un retour au point de départ. 

Bien sûr, ce n’est pas souhaitable. Toutefois, si cela survient, l’urgence est de contacter son médecin, ou tout autre aide possible le plus vite pour immédiatement revenir à une consommation nulle. C’est beaucoup plus facile après avoir bu quelques verres qu’après une retour importante sur plusieurs semaines. 

De plus, après un petit dérapage, c’est souvent facile de revenir à l’abstinence. C’était un message très important à délivrer.

Catégories
Alcool

AGE ET ALCOOL, QUAND Y’A UN OS…

Est ce qu’il faut faire plus attention à sa consommation d’alcool quand on vieillit, et pourquoi ?

Il est bien démontré que la consommation excessive d’alcool est responsable de nombreux effets secondaires, en particulier de la survenue ou de l’aggravation d’au moins 60 maladies. Toutefois, tout le monde n’est pas touché de la même façon car il existe une grande variabilité individuelle quant à la sensibilité à ce produit. Parmi les facteurs de fragilité, nous avons déjà évoqué le sur-risque féminin.

Qu’en est-il du facteur âge ? Faut-il faire plus attention à sa consommation d’alcool quand on vieillit, et pourquoi ?

Pour commencer, il faut insister sur le fait qu’il existe dans les pays occidentaux une augmentation de consommation d’alcool chez les personnes les plus âgées, en particulier en ce qui concerne le binge drinking. Cette augmentation est visible dans la tranche d’âge 50-64 ans, mais aussi chez les 65 ans et plus. Ces observations sont confirmées par le fait que le nombre de personnes abstinentes après 50 ans diminue au fil du temps.

Ces données sont inquiétantes dans la mesure où une consommation excessive d’alcool est un contributeur majeur de mortalité, chez les sujets les plus âgés tout particulièrement. Toutefois, la mortalité ne représente qu’une partie de la problématique.  En effet, en cas de maladie grave (et c’est incontestablement le cas de l’alcool), il est important de considérer les années de vie « perdues » hors décès, c’est-à-dire les années pendant lesquelles la maladie ou un handicap altèrent très profondément la qualité de vie.

Il existe un critère mesurant cela, qui correspond au nombre cumulé d’années perdues en raison d’une mauvaise santé, d’un handicap ou d’une mort précoce : l’acronyme anglais est le « DALY ». 

L’alcool, et cela n’étonnera personne, est une cause majeure d’années de vie perdues selon la définition donnée précédemment, et les seniors ne sont pas épargnés : sur-risque de complications médicales graves, de fatigue chronique, de traumatismes et d’handicaps. L’âge avancé est un facteur de risque d’effets toxiques de l’alcool. 

POURQUOI SOMMES-NOUS PLUS SENSIBLES A L’ALCOOL EN VIEILLISSANT ? 

Tout d’abord, parce que l’alcool est métabolisé (c’est-à-dire dégradé) plus lentement à mesure que l’on vieillit. On considère par exemple, que le foie, qui est le principal organe du métabolisme de l’alcool, commence à vieillir significativement dès l’âge de 45 – 50 ans.   

De plus, le corps qui vieillit contient moins d’eau, ce qui modifie la diffusion de l’alcool dans les organes et les tissus. Comme l’alcool se disperse moins dans l’organisme, cela se traduit par des ALCOOLÉMIES PLUS ÉLEVÉES pour des consommations équivalentes. Cela veut dire que pour une même quantité d’alcool consommée, la concentration d’alcool dans le sang va être plus élevée et est donc plus toxique.

Donc, à partir d’un certain âge (impossible de déterminer une limite nette, mais très probablement dès la quatrième décennie), pour une même consommation d’alcool, il y a plus d’alcool circulant dans le corps et pendant plus longtemps.

Comme si cela ne suffisait pas, les médicaments sont contre-indiqués avec la consommation d’alcool alors même que les traitements médicamenteux sont plus fréquemment prescrits aux âges avancés. 

Tous ces facteurs augmentent bien sûr le risque de complications chez les sujets d’âge mûr. 

Parmi tous les effets négatifs possibles, nous parlerons aujourd’hui des complications osseuses.

Lorsque l’on vieillit, la résistance de notre squelette diminue lentement en raison de la survenue d’une ostéoporose. Il s’agit d’une maladie diffuse du squelette qui correspond à une diminution de la densité osseuse et à des altérations de la microarchitecture de nos os. Les os deviennent plus fragiles et se cassent plus facilement. Bien sûr, les os qui supportent le plus de charge et de contraintes sont les plus à risque : notamment le col du fémur. 

Essayez de deviner quel facteur de risque majeur d’ostéoporose justifierait d’être systématiquement dépisté et pour lequel il faudrait probablement intensifier la prévention ?

C’est bien sûr la consommation excessive d’alcool. L’alcool est un facteur aggravant formellement démontré et serait la cause de 20 à 30 % des ostéoporoses masculines. La ménopause favorise l’ostéoporose et les femmes doivent donc être encore plus vigilantes à leur consommation d’alcool après la ménopause. 

Par ailleurs, La consommation d’alcool favorise les troubles de l’équilibre et les chutes chez les seniors. Donc, nous voyons que l’alcool est moins bien épuré avec l’âge et qu’il persiste plus longtemps dans le corps. Il favorise la fragilité osseuse et les chutes. 

Pour l’ensemble de ces raisons, le risque de fracture est beaucoup plus élevé chez ses seniors qui consomment. 

Malheureusement, la chaine des complications ne s’arrête pas là. 

En effet, la consolidation d’une fracture dépend de la vitalité osseuse et la microcirculation sanguine. Or cette dernière est altérée par l’alcool et la consommation de tabac. Il faut aussi, si une chirurgie a été nécessaire, que les tissus mous autour de l’intervention puissent cicatriser rapidement et que la cicatrice ne s’infecte pas. 

Or, là encore, il est démontré de façon incontestable que la consommation d’alcool ralenti les cicatrisations et augmente les risques infectieux locaux (autour de la cicatrice) ou généraux (par exemple une septicémie ou une pneumonie).

Enfin, la consommation chronique d’alcool augmente après chirurgie la durée de séjour en Unité de Soin Intensif et donc tous les risques liés à ce type d’hospitalisation très « lourde ».

CONCLUSION

Donc, pour conclure, l’alcool est un facteur de risque de fragilité osseuse, de chute et de fracture. Ceci est surtout vrai chez les seniors. De plus, en cas de fracture, les capacités de guérison sont diminuées avec des risques importants de complications pendant le traitement et de séquelles plus fréquentes. Comme toujours avec l’alcool, a plupart de ces risques sont augmentés par le tabagisme.

Catégories
Alcool

FRENCH PARADOX : L’ALCOOL EST-IL VRAIMENT UN PROTECTEUR VASCULAIRE ?

Quel était ce nouveau « paradoxe français » pointé du doigt par des scientifiques Anglo-Saxons ? En effet, il a quelques décennies est apparu un nouveau concept, nommé le « French Paradox ». 

Certains chercheurs se sont aperçus que les français avaient un taux de mortalité cardio-vasculaires moins important que les américains, alors qu’ils n’avaient pas moins de risques vasculaires. Ils n’étaient pas plus sportifs, ils n’étaient pas moins hypertendus, ils n’avaient pas moins de diabète, ni de surpoids. Même nos taux de cholestérol (en imaginant qu’il s’agisse d’un marqueur intéressant de risque vasculaire) n’étaient pas plus élevés.

Comment, dans ces conditions, expliquer que les français mourraient moins de complications cardio-vasculaires ?

L’idée qui s’est initialement imposée était que notre consommation de vin avait un effet de protection vasculaire qui expliquait notre bonne santé cardio-vasculaire. Il y a eu alors de nombreuses études pour tenter de savoir si c’était l’alcool lui-même ou le vin de façon spécifique qui permettait d’expliquer ce bon résultat. Les viticulteurs californiens se sont pris à rêver : ils voulaient que figure sur les bouteilles une mention de l’effet protecteur vasculaire du vin. Le produit de leur vigne serait quasiment devenu un médicament naturel. 

Dans un second temps, cet enthousiasme a été tempéré. 

La protection vasculaire a été rapportée au régime dit crétois : c’est-à-dire riche en huile d’olive, avec une consommation importante de poisson, et de fruits et légumes. Qu’est devenu l’effet bénéfique du vin dans tout ça ?

Il persiste dans de nombreux travaux, même si ces résultats restent contestés. Récemment, une étude à l’échelle mondiale a amené des résultats confirmant qu’une consommation modeste d’alcool par jour (aux alentours de 1 à 2 verres) avait un effet positif sur la mortalité cardiaque. Ces résultats ne tiennent pas compte du type d’alcool consommé et l’effet noté se semble pas uniquement associé au vin. 

Il faut donc insister sur le fait que cet effet « bénéfique », s’il existe, ne survient que pour des consommations très modestes. Au-dessus d’une quantité très faible, l’alcool est un produit qui non seulement n’est pas un protecteur vasculaire, mais au contraire un produit qui favorise la survenue de maladies vasculairesEt cette partie du message passe souvent inaperçue.

Voici quelques données complémentaires permettant de mieux comprendre cet effet:

Les atteintes coronaires

Les artères coronaires sont les artères qui permettent d’irriguer le muscle cardiaque. Quand elles se bouchent, même partiellement, il y a moins de sang et donc d’oxygène qui arrive au cœur. Ce défaut d’oxygène peut est responsable de douleurs cardiaques lorsque l’on fait des efforts. A un stade supplémentaire, il peut survenir une nécrose d’une portion du muscle cardiaque : c’est l’infarctus du myocarde. Devant ces maladies, on pense d’emblée à l’effet toxique du tabac. Mais en fait, l’alcool est un facteur de risque majeur, auquel on ne pense pas forcément.

Les accidents vasculaires cérébraux (AVC)

Là encore, la survenue d’un AVC est volontiers associée à une consommation de tabac, ce qui n’est bien sûr n’est jamais faux, mais qui pourrait être incomplet. Regardons ce que nous dit la littérature scientifique. 

Il est clairement démontré que la consommation d’alcool augmente à la fois le risque de saignement vasculaire dans le cerveau (AVC dit « hémorragique ») mais aussi de thrombose vasculaire (vaisseau bouché = thrombose vasculaire = AVC « ischémique »). Les risques augmentent pour ces deux problèmes à partir de consommations de respectivement 1 verre/jour pour le premier type et de 4 verres/jour pour le second. 

Des résultats provenant de 26 études qui ont évalué les facteurs de risques potentiels d’AVC permettent d’aller plus loin. Dans la plupart de ces études, il y avait 2 facteurs de risques qui étaient mis en lumière : une infection juste avant l’épisode et une consommation excessive d’alcool

Les limites des consommations d’alcool à risque étaient la suivante :

  • Plus de 4 verres dans les dernières 24 h précédent l’accident vasculaire
  • Plus de 15 verres dans la semaine précédent l’épisode vasculaire 

Devant ces résultats, la société américaine s’occupant de ces accidents vasculaires cérébraux a proposé aux personnes qui ont déjà fait un épisode de pas boire plus de 2 verres / jour chez l’homme et pas plus d’1 verre / jour chez la femme pour ne pas rechuter. 

Les troubles de l’érection chez les hommes 

L’érection est un mécanisme vasculaire et donc, elle est aussi perturbée par une consommation excessive d’alcool. Les mécanismes et les recommandations sont donc les mêmes que pour les maladies cardio- et neuro-vasculaire.

Hypertension artérielle

La consommation excessive d’alcool augmente les 2 chiffres de la tension artérielle, celui du haut (la tension artérielle systolique) et celui du bas (tension artérielle diastolique) : par exemple 135/85, que l’on exprime d’ailleurs volontiers par 13/8,5. 

Il s’agit d’une complication particulièrement importante, car l’HTA est l’une des premières causes de mortalité dans les pays développés. Chaque augmentation du chiffre de la tension artérielle (du haut ou du bas) augmente le risque de maladie lié à cette HTA (incluant malheureusement le risque de décès). 

Comme pour les autres effets vasculaires, l’effet toxique de l’alcool est dose-dépendant : plus consommation d’alcool augmente et plus les chiffres tensionnels augmentent et donc plus les risques de complications augmentent.

Il faut insister sur le fait que l’ensemble de ces effets est réversible avec l’arrêt de l’alcool. En d’autres termes, c’est toujours rentable d’agir !

Chez les jeunes

Les atteintes vasculaires touchent plutôt les sujets d’âge moyen ou les séniors. Toutefois, l’augmentation du binge drinking (qui est une consommation importante d’alcool dans un temps court) va amener la survenue de nouveaux risques chez les sujets jeunes. Ainsi, cela peut provoquer l’apparition de calcifications des artères coronaires des sujets jeunes, ce qui est un marqueur d’atteinte vasculaire chronique. De plus, ces consommations peuvent provoquer la survenue d’AVC chez des sujets jeunes, ce qui est normalement très inhabituel. D’ailleurs, chez les moins de 40 ans, 1 accident ischémique sur 5 est lié à l’alcool, ce qui est loin d’être négligeable.

POUR RÉSUMER

Une consommation d’alcool très modérée d’alcool pourrait avoir un effet bénéfique sur le risque de maladies vasculaires (c’est le french paradox). Toutefois, cet effet n’est observé que pour des consommations très basses et cela ne permet pas de conclure que l’alcool est un « protecteur vasculaire ». 

En effet, dès que les consommations augmentent, elles se traduisent par une AUGMENTATION du risque de maladies cardiovasculaires, neurovasculaires, d’HTA et de troubles de l’érection.

Ces risques sont dose-dépendant et diminuent, voire peuvent disparaître en cas d’arrêt d’alcool. Cette réversibilité doit être un encouragement à changer rapidement de comportement chez ceux qui consomment trop. 

Catégories
Alcool

Vous reprendrez bien un petit sucre ?

La maladie alcoolique est classiquement décrite comme une maladie chronique, récidivante dont le traitement est l’abstinence. Or, après le sevrage alcoolique, certains patients rapportent une attraction pour des aliments au goût très sucré. Ils en sont d’autant plus étonnés qu’ils n’avaient pas de telles envies pour les produits sucrés auparavant. Par exemple, un homme de 45 ans déclarait 2 mois après avoir stoppé l’alcool, qu’il avait toujours un paquet de bonbons dans sa voiture, alors qu’il n’en mangeait pas auparavant.

Plusieurs études ont montré que l’ingestion de produits très sucrés provoquait des réactions neurochimiques dans le cerveau tout à fait comparable à ce qui est observé après la consommation d’une drogue. D’autre part, lors d’expériences menées chez le rat, il est apparu que le sucre générait chez ces rongeurs un besoin plus puissant que la cocaïne. Il n’est donc pas incohérent de penser qu’il pourrait exister un lien entre ces deux types de produits, qui tous les deux empruntent le circuit de la récompense dans le cerveau.

D’ailleurs, les personnes ayant une dépendance à l’alcool ou à une autre drogue ont plus d’attrait pour les produits très sucrés que les personnes non dépendantes.

À l’inverse, il semble aussi que les personnes qui ont des consommations importantes de sucre et de produits sucrés sont plus à risque de souffrir d’un mésusage de substances psychoactives (c’est-à-dire l’alcool, le tabac ou toute autre drogue illégale). 

Notez bien qu’il s’agit d’études sur de nombreux patients et que cela n’est pas vrai pour tout le monde. Il s’agit toutefois, c’est une information intéressante à connaître.

Après le sevrage, il pourrait y avoir donc un transfert de « dépendance » entre l’alcool et l’alimentation, en particulier les aliments sucrés. Ceci expliquerait la survenue de certains troubles du comportement alimentaire chez certains personnes. Lors du sevrage d’un produit, des épisodes de pertes de contrôle alimentaire peuvent survenir, parfois sous la forme de « binge-eating » (voir l’article binge-drinking). Pour d’autres, la nourriture peut être utilisée comme « substitution » ou pour réguler l’humeur, les émotions ou le stress.

Donc un transfert de l’alcool vers la nourriture semble possible, mais la fréquence de ce phénomène reste mal connue. Des médecins allemands ont montré que chez les patients qui avaient stoppé ou diminué leur consommation d’alcool, près de 80 % augmentaient  leur consommation de tabac, de café, de chocolat ou de produits sucrés. Cela ne nous informe pas spécifiquement sur la consommation de produits sucrés car leurs prises sont évaluées sans faire la diffférencier de plusieurs autres substances, dont le café. 

Une autre étude amène plus d’éléments de réponse. Cette étude a été effectuée chez des malades hospitalisés 6 semaines pour faire un sevrage alcool et une « post-cure » afin de consolider ce sevrage. Ces patients avaient un accès libre aux produits sucrés grâce aux provisions que leur famille leur amenait et à la possibilité d’acheter au point presse de l’hôpital divers gourmandises. Divers paramètres concernant une appétence pour les produits sucrés ont été mesurés à plusieurs reprises et les résultats sont particulièrement intéressants.

1°) Il apparaît que le craving pour l’alcool diminue tout au long de l’hospitalisation. A l’opposé, le craving pour les produits sucrés (gateaux, barres chocolatées, sodas, etc…) augmente pendant la même période. 

« Le craving est un terme importé des États-Unis, venant du verbe « to crave » qui signifie « avoir terriblement besoin », « avoir très envie », « être avide de ». Le craving convoque donc le désir, la pulsion, le besoin, l’envie, toujours doublé d’un caractère irrépressible et irrésistible. »

https://www.maad-digital.fr/en-bref/le-craving-symptome-de-laddiction

2°) Les deux courbes se croisent comme s’il y avait un transfert d’envie de l’alcool vers le sucre. Nous ne parlons pas de dépendance car l’existence d’une dépendance au sucre chez l’homme reste contestée (même si on vraiment l’impression que certaines personnes en souffrent. 

3°) Par ailleurs, chez les malades qui ont une augmentation de leurs envies de sucre, il y a une constitution de réserve de produits sucrés dans les chambres que l’on ne trouve pas chez les patients qui n’ont pas d’augmentation d’envie.

4°) Enfin, ce sont ces malades qui ont des envies de sucre et qui font des réserves qui prennent du poids à l’issue de l’hospitalisation ; les autres patients ayant un poids stable voire une perte pondérale.  

Est-ce que cette nouvelle appétence au sucre survient de façon rare après un sevrage alcoolique ? 

Non, elle a été observée chez 40 % des patients. Il s’agit donc d’un effet secondaire qui est très fréquent. 

Ainsi, les patients qui font des sevrages alcool doivent savoir qu’il s’agit d’un effet possible. Ils peuvent ressentir le besoin de manger divers produits très riches en sucre. Il y a alors le risque de se constituer un petit garde-manger dans lequel il sera facile de piocher à toute heure de la journée. C’est dans ces cas particuliers, mais pas si rares, qu’il peut y avoir une prise de poids après arrêt de l’alcool.  

Il faut préciser que dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un transfert d’envie qui est transitoire et que donc, les patients ne sont pas condamnés à augmenter leur consommation de produits sucrés au long cours. Généralement, ces envies s’effondrent après quelque mois.

Les résultats de cette étude sont-ils surprenants ? Non, pour deux principales raisons.

  • Tout d’abord, il a été possible d’obtenir des résultats comparables chez des rats. Ceci confirme bien que le transfert de craving d’un produit psycho-actif (ici l’alcool) vers le sucre en général est une réalité et non une bizarrerie liée à des patients très atypiques
  • Deuxièmement, ce transfert de craving est bien connu chez les personnes qui arrêtent de fumer et qui souvent compensent l’absence de tabac par bonbons et gâteaux.

Pour conclure.

Si vous consommez trop d’alcool et que vous arrêtez de boire, vous pouvez ressenti des envies très fortes de produits sucrés. C’est très fréquent et généralement transitoire. Donc, soyez rassurés. Mais restez quand même vigilant afin de ne pas prendre de mauvaises habitudes qui pourraient, au long cours, nuire à votre santé.

Repérer les envies de sucré permet aussi d’essayer d’autres « procédés auto-calmants » (prendre le temps d’aller faire un tour, respirer lentement et profondément, parler à un ami , faire quelque chose d’agréable). L’envie de sucré peut être en quelque sorte un « signal » du besoin de réconfort, d’apaisement ou même du besoin de se défouler. Et si, il y a consommation de sucré, le faire en conscience, lentement donnera plus rapidement lieu à une satisfaction. 

Le sucre, c’est sympa, mais en quantité contrôlée.  

Catégories
Alcool

MIEUX CONNAITRE LE BINGE DRINKING ET COMMENT S’EN PROTÉGER

Il n’y a pas si longtemps, on évoquait en France les consommations de type « anglo-saxonne » ou d’Europe du nord. Il s’agissait de personnes qui ne consommaient que peu, voire pas d’alcool en semaine, mais qui le week-end venu, buvaient de très grosses quantités. 

Lorsque l’on voyageait, en Amérique du nord ou en Angleterre, on avait la surprise (à l’époque c’était surprenant pour un français) de voir des jeunes gens ivres, tituber en hurlant dans les rues, alors que leur comportement était très policé le reste de la semaine. Dans certains pays du nord, des tournées de bus et cars étaient régulièrement organisées pour permettre à ces jeunes gens de rentrer chez eux sans prendre leur véhicule.

Ce mode de consommation s’est depuis développé en France, et il est souvent désigné sous le terme de « binge drinking ». Ce terme décrit des consommations excessives, « explosives », survenant dans une durée de temps limitée.

DÉFINITION

Comme souvent en alcoologie, il est très difficile de se reposer sur des normes quantitatives bien définies et faisant l’unanimité. Des limites différentes sont proposées par des groupes de recherche et des sociétés savantes. La Société Française d’Alcoologie a choisi d’adopter des limites qui sont aussi celles de l’Institut Américain sur l’Abus d’Alcool et l’Alcoolisme ce qui donne une grande légitimité à cette définition.

La limite proposée est donc la suivante : le binge drinking est défini chez l’homme et la femme par des consommation supérieures ou égales à respectivement 7 verres et 6 verres d’alcool, et cela pendant un intervalle de moins de 2 heures. 

Pour information, on définit aussi des épisodes de binge drinking à « haute intensité » ou « extrêmes » qui correspondent à des doses 2 à 3 fois importantes que celles citées plus haut, pendant le même intervalle de temps. Il s’agit de véritables « bitures express » ayant généralement cours chez les adolescents et parfois sous forme de concours. Il existe d’ailleurs de nouvelles applications de défi de consommation excessive, ce qui est une incitation particulièrement toxique.

POURQUOI IL EST IMPORTANT DE PARLER DE CE TYPE DE CONSOMMATION ?

C’est important d’en parler en particulier à cause de la durée de temps très courte qui caractérise ce type de consommation. Cela signifie que les consommateurs ont des taux d’alcool circulants qui peuvent être très élevés avec un risque de toxicité particulièrement important.

Cette toxicité peut se manifester par des complications à court terme. On pense naturellement aux risques d’accident de la voie publique qui sont une grande cause de mortalité chez les adultes jeunes. Il existe aussi des risques d’agression et les consommateurs se mettent dans un état de vulnérabilité favorisant des relations sexuelles non-consenties, voire des violences sexuelles. De plus, ces consommations survenant volontiers chez les jeunes, les épisodes de binge drinking peuvent favoriser de moins bons résultats scolaires et universitaires.

Il faut aussi citer d’autres risques, moins connus mais tout aussi préoccupants. Parmi ceux-ci, il y a des risques cardio-vasculaires. En effet, les épisodes d’alcoolisation massive peuvent provoquer des troubles du rythme cardiaque voire même un arrêt cardiaque. Ces morts subites liées à l’alcool restent peu connues mais vont survenir d’autant plus volontiers chez des personnes ne consommant pas régulièrement et donc n’ayant pas développé de tolérance à l’alcool. D’autres organes peuvent être touchés, tel que le foie. Par exemple, l’hépatite alcoolique aiguë survient principalement chez des personnes qui associent des consommations massives et un déficit alimentaire.

Le cerveau est aussi un organe très sensible au binge drinking, avec des risques de toxicité cérébrale et à terme de troubles des fonctions supérieures : mémoire, concentration, apprentissage. L’existence des trous noirs le lendemain de consommations excessives est un bon signe de consommation excessive potentiellement toxique pour le cerveau et doit alerter le consommateur. Il ne s’agit que de quelques exemples permettant d’illustrer les risques possibles du binge drinking, sans volonté d’être exhaustif. 

Enfin, il faut signaler que les épisodes répétés de binge drinking augmentent le risque de développer à distance une dépendance à l’alcool.

QUE PEUT-ON PROPOSER EN PRATIQUE ?

Bine entendu, l’idéal c’est de boire des quantités d’alcool modérées, voire pour les patients dépendants de rester abstinent. Toutefois, il peut survenir des occasions, où le contexte et l’ambiance peuvent inciter à consommer de façon importante.

1°) Dans ces situations, il faut se souvenir, qu’à consommation équivalente, la toxicité est moindre si on l’étale dans le temps. On laisse le temps à l’organisme de métaboliser une partie de ce que l’on boit et cela permet d’avoir des taux d’alcool circulant dans le corps moins important. Pour mémoire, il faut au moins 1 heure pour éliminer un verre d’alcool. 

2°) Deuxième conseil : il faut s’alimenter. Manger des aliments gras ou sucrés permet de diminuer l’absorption de l’alcool. Il y aura donc moins d’alcool circulant dans le sang et donc moins de toxicité potentielle.

Il ne faut pas oublier que l’alcool est un produit très calorique. Un épisode de binge drinking amène rapidement plus de 500 Kcal. Donc une consommation excessive dans un intervalle de temps court va correspondre à l’apport calorique d’un repas ce qui est un repas moyen de beaucoup de gens. L’alcool peut donc couper la faim, ce qui risque donc d’augmenter sa toxicité.

3°) Attention à l’association d’alcool aux boissons pétillantes : ces dernières favorisent l’absorption de l’alcool. Donc attention aux mélanges alcool-soda et des vins pétillants à jeûn.

4°) Ne pas croire que sous prétexte que l’on ne boira pas le lendemain et le surlendemain, cela va nettoyer ce qui s’est passé et que du coup, le bilan toxique sera nul. Quand on a des consommations importantes en un délai court, cela se traduit par un risque de toxicité important. Bien sûr, cela reste toujours intéressant d’avoir des jours sans alcool, mais si le mal est fait, cela ne l’effacera pas. 

5°) Enfin, est-il encore nécessaire de dire que l’alcool n’est pas une bonne boisson hydratante, et qu’il faut donc toujours intercaler des verres d’eau entre des boissons alcoolisées. C’est important pour s’hydrater et c’est un bon moyen de limiter son envie de boire.

Voilà quelques conseils simples qui peuvent aider à passer sans dommage la plus risquée des soirées.  

Catégories
Alcool

Quels bénéfices pouvez-vous attendre la modération des consommations d’alcool ou l’abstinence ? Après ce mois de janvier, février peut-il être un nouveau mois sobre ?

Pour de plus en plus de personnes, le mois de janvier est synonyme de sobriété : arrêt de toute consommation d’alcool ou du moins de diminution majeure de consommation.

Que peut-on attendre de ces efforts ? Bien sûr, cela va se traduire au long cours par une diminution de risque de survenue de nombreuses maladies et complications. Pour mémoire, l’alcool est responsable d’au moins 200 maladies et complications qui englobent des dommages aussi différents que la pancréatite chronique, la perte d’emploi, un trouble de l’érection.  

Mais, même s’il est réconfortant de limiter les risques de complications pouvant survenir dans 15 ans, il est motivant de constater la survenue rapide d’effets positifs qui vont nous encourager à poursuivre nos efforts. Et en effet, des effets positifs sont constatés dès les premiers jours.

Pour ceux qui avait une consommation sévère et qui l’ont stoppée, dès la première semaine, les signes de manque physique doivent disparaître. Il n’y a plus de sueurs ou de tremblements le matin, ni de nausées ou de vomissements. Il faut insister sur le fait que l’existence de ces symptômes est un indicateur de signe de dépendance physique et justifie de se lancer dans l’arrêt de l’alcool avec un aide médicale. En effet le sevrage en alcool lorsqu’il y a une dépendance physique peut exposer à des complications très dangereuses voire mortelles. Ces complications peuvent être évitées grace à une prescription adaptée et une surveillance médicale. Par ailleurs, si les symptômes cités persistent après 5 à 7 jours, ce n’est pas normal et il faut consulter.

De nombreux autres bénéfices surviennent dès les premiers jours et il est très important de les repérer car ils sont autant d’encouragements à poursuivre le travail commencé.

Physiquement

Nous avons déjà vu que la consommation excessive d’alcool donne volontiers des troubles du sommeil, avec notamment un sommeil moins récupérateur et donc une fatigue chronique. Ces signes sont rapidement réversibles et après 1 à 2 semaines d’abstinence, il y a déjà moins de fatigue et un meilleur réveil le matin. Pour une récupération totale, il faut parfois plusieurs mois, mais en finir déjà avec des réveils douloureux est une sacrée récompense.

Les troubles digestifs, qui sont fréquents en cas de forte consommation, disparaissent dès les premiers jours : arrêt des nausées quand il y en a, et éventuellement disparition des vomissements matinaux. Le transit avec des selles volontiers trop liquides (diarrhées ) revient en quelques jours à une consistance normale. Donc, très rapidement il y a l’impression que le corps fonctionne mieux et «sait se faire oublier».

Un autre effet positif important est lié à l’arrêt de la toxicité de l’alcool sur la peau. Parmi les nombreux effets négatifs cutanés de l’alcool, il peut y avoir une acné rosacée du visage, plus ou moins prononcée (avec des points rouges qui rappelle l’adolescence) et surtout une infiltration oedémateuse. Cette infiltration d’eau gonfle un peu le visage et certains patients se plaignent d’être « bouffis ». Enfin, on peut observer des modifications de cheveux qui deviennent plus fins et cassants. Dit comme ça, on voit bien que ces effets cutanés sont pénibles car ils touchent à notre image.

La bonne nouvelle, c’est qu’ils vont très vite diminuer et même disparaître en cas d’arrêt total de l’alcool. En quelques jours, le visage s’affine, la peau redevient lisse et le teint qui était brouillé s’éclaircit.

Psychologiquement

L’alcool provoque ou aggrave de nombreux problèmes psychologiques : manque d’envie ou d’élan, anxiété, stress, dépression. Là aussi, il faut du temps pour récupérer tout ce qui est lié à sa consommation, mais dès les deux premières semaines, l’amélioration est très sensible.

Quasiment tous les consommateurs témoignent après ce court délai qu’ils se sentent plus stable sur le plan émotionnel moins irritables, qu’ils ne sortent pas de leurs gonds pour un oui ou pour un non. Ils se sentent plus sereins face aux difficultés et du coup, sont plus à même et d’y faire face et de les aborder de manière adaptée.

Beaucoup nous disent : « sans alcool, je me remets la tête à l’endroit » ou « j’ai très largement amélioré ma qualité d’écoute et de compréhension ». Rapidement, les patients se rendent donc compte que l’ensemble de leurs compétences cognitives et intellectuelles reviennent à la normale. L’espèce de brouillard qui était responsable d’un flou intellectuel commence à se dissiper. Il lui faudra quelques semaines pour disparaître mais au bout d’un mois la récupération est déjà majeure.

Couple

Enfin, nous avons vu récemment que les couples dans lesquels il y a un des partenaires qui consomme, se comportent comme les couples avec conflits. Ceci se traduit par une qualité de vie altérée, avec disputes et irritabilité et dans leur sexualité par une vie sexuelle moins riche et moins satisfaisante. Plusieurs études montrent que l’arrêt de l’alcool chez le partenaire concerné permet au couple de revenir à une relation de couple mais aussi une intimité et une sexualité équivalente à celle des couples sans conflits. Là aussi, un bénéfice rapide est donc possible.

Quelques exemples

Voici quelques exemples, dans des champs différents, qui nous démontrent à quel point l’arrêt de l’alcool s’accompagne rapidement d’améliorations très sensibles. Chez les patients les plus sévères qui nécessitent un sevrage institutionnel, on a l’habitude de dire qu’après 10 jours d’abstinence, ils se sentiront avoir 10 ans de moins. Et c’est ce qui se produit le plus souvent, avec un visage rajeuni, une silhouette qui traduit plus de dynamisme. Surtout il faut insister sur le fait que non seulement les patients le ressentent, mais qu’en plus cela est perçu par leurs amis et leur famille :

« Tout le monde me dit que j’ai meilleure mine » 

« Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vu avec une telle forme »

« Tu as une sacrée pêche ces temps-ci ».

Si vous être parvenu à stopper votre consommation durant ce mois de janvier, il y a fort à parier que vous avez entendu ce genre de compliment élogieux.

Qu’est-ce que cela implique ?

Vous allez mieux et vous allez continuer à vous améliorer pendant encore quelques semaines ou voire quelques mois. Donc, votre mission est simple : il faut vous appuyer sur ces bénéfices pour vous donner le courage de continuer vos efforts.

Pour ceux qui ne souhaitaient pas être totalement abstinent, allez vers une consommation la plus basse possible et vous ressentirez aussi les changements bénéfiques que nous avons évoqué… et probablement bien d’autres car ce texte n’a pas vocation à être exhaustif.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de remplir les objectifs qu’ils s’étaient fixés pour janvier, la suite est claire : il faut se venger sur février ! Chaque mois de l’année est une opportunité de mois sobre.

Il existe une petite maxime dont il faut de temps en temps se souvenir : lorsque le plan A ne marche pas, ce n’est pas dramatique… il reste encore 25 lettres dans l’alphabet !

Catégories
Alcool

Sexe et alcool : que faut-il arrêter ?

Quand les consommations excessives ne sont plus d’actualité, quels sont alors les bénéfices sur la sexualité ?

Nous avons déjà vu dans un texte précédent que la consommation excessive d’alcool favorisait les dysfonctions sexuelles. Dans les études effectuées chez des patients hospitalisés pour un sevrage d’alcool (arrêt de l’alcool chez des patients dépendants avec une surveillance médicale en hospitalisation), il apparaît qu’au moins 70 % d’entre eux avaient souffert de dysfonctions sexuelles l’année qui précédait l’hospitalisation. Les difficultés résultaient de l’atteinte d’au moins l’une des trois dimensions clés de la sexualité c’est-à-dire le désir, l’excitation ou la capacité à atteindre l’orgasme. Très souvent, plusieurs dysfonctions sexuelles étaient associées. Chez les hommes, une baisse de désir sexuel et une dysfonction érectile (manque de rigidité) pouvaient être associés, chez d’autres hommes, une éjaculation prématurée et une dysfonction érectile peuvent être présentes. Chez les femmes, cela pouvait être l’association d’une baisse de désir, d’une sécheresse vaginale occasionnant des douleurs pendant les relations sexuelles et d’une difficulté à atteindre l’orgasme. 

Lorsqu’il une consommation excessive d’alcool associée ou non à une dépendance à l’alcool, la grande fréquence des dysfonctions sexuelles est mise en évidence à la fois chez les hommes et chez les femmes.

Ces troubles sexuels ont un impact important sur la qualité de vie individuelle mais aussi conjugale.

UNE FOIS SOBRE,

on peut donc se demander ce qui se passe après arrêt de sa consommation. Grâce à plusieurs études faites sur ce sujet, nous avons des réponses assez précises à donner. 

Globalement, l’abstinence s’accompagne d’une amélioration portant sur les trois dimensions de la sexualité déjà citées, soit le désir, l’excitation (érection ou lubrification vaginale) et l’orgasme. 

Chez l’homme, l’évolution de la dysfonction érectile a été particulièrement étudiée car ces troubles sont évalués par des critères physiques objectifs plus simples à mesurer : rigidité suffisante pouvant permettre la pénétration ou insuffisante. Pour donner un ordre de grandeur, il a été montré que l’abstinence permettait de diviser par 10 la fréquence des troubles de l’érection chez des patients gros consommateurs d’alcool. Il s’agit donc d’une diminution particulièrement significative.

Les autres dysfonctions s’améliorent aussi, mais généralement de façon moins spectaculaire ou avec une évaluation plus subjective, tant chez l’homme que chez la femme. Pour ces dernières par exemple, il a été montré une augmentation du désir, une plus grande capacité à être excitée et surtout une augmentation de la capacité à atteindre l’orgasme lors d’une relation sexuelle. 

DANS QUEL DÉLAI ?

Ces résultats sont très positifs, mais il faut préciser que ces récupérations demandent un certain délai. Une semaine après l’arrêt de l’alcool, il ne faut pas espérer une récupération totale des troubles dont on pouvait souffrir. Les données disponibles stipulent qu’une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool. 

Attention, il ne s’agit toutefois pas d’une loi absolue pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, certaines fonctions peuvent mettre plus de temps à rétablir. Cela va dépendre de l’ancienneté des troubles, du degré de sévérité et des conditions, du contexte dans lequel l’abstinence ou la sobriété survient. Si les troubles sont sévères, le temps nécessaire à une bonne récupération sera forcément supérieur.
  • Deuxièmement, il est possible que les dysfonctions sexuelles aient d’autres facteurs favorisant que la consommation d’alcool. Nous pouvons citer par exemple le tabagisme ou la prise d’une autre drogue, certains traitements médicamenteux, une maladie vasculaire, un diabète sévère, etc…
  • Parfois ce sont des traits de personnalité et des facteurs émotionnels qui vont pérenniser les troubles sexuels. Ainsi, l’anticipation de « l’échec », que les sexologues appelent anxiété de performance, peut favoriser l’absence ou la perte d’érection. De même, l’appréhension de la douleur peut altérer le désir et l’excitation sexuelle, favoriser les tensions corporelles et la contraction des muscles du périnée, tout cela favorisant les douleurs lors des relations sexuelles.
  • Enfin, la qualité de la relation de couple joue un grand rôle :  les habilités sexuelles de l’un et de l’autre, l’existence de dysfonctions sexuelles chez le (ou la) partenaire, les habilités relationnelles, la qualité de la communication, la présence d’interprétation erronées sur l’origine des troubles etc…
  • Voici quelques exemples d’interprétation erronées : « mon compagnon n’a pas d’érection , c’est qu’il ne me désire pas, ou qu’il me trompe ». Or en fait les troubles de l’érection peuvent tout à fait survenir quand le désir est bien présent et en l’absence de toute relation extra-conjugale. 

Ainsi, si une dysfonction persiste après l’arrêt de l’alcool, il faut en parler à son médecin pour qu’il puisse rechercher une maladie associée. 

En pratique clinique certaines récupérations sont beaucoup plus lentes et un retour à une sexualité satisfaisante ne survient qu’après 9 ou même 12 mois. Certaines dysfonctions sexuelles peuvent persister en l’absence d’approche spécialisée en médecine sexuelle ou sexologie, même si, comme nous l’ avons dit précédemment, une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool.

IMPACT SUR LA VIE DE COUPLE ET LA QUALITÉ DE VIE:

Cette amélioration des fonctions sexuelles se traduit le plus souvent par une vie de couple plus harmonieuse. Ainsi, il a été démontré que lorsqu’un partenaire qui avait une consommation excessive d’alcool devient abstinent, l’intimité sexuelle du couple redevient généralement normale et comparable à celle de couple n’ayant jamais connu l’alcool.

Donc, même si un certain délai est nécessaire, un retour à la normale est tout-à-fait possible. La vie intime du couple redevient satisfaisante et dans la mesure où il s’agit d’un élément important de la qualité de vie en général, cela contribue à améliorer celle-ci.

UN EFFET DÉLÉTÈRE DU SEVRAGE SUR LA SEXUALITÉ EST-IL POSSIBLE ? 

Tous ces résultats sont positifs mais il faut toutefois amener une réserve. En effet, il peut arriver que le sevrage alcoolique provoque, en particulier chez les hommes, des dysfonctions sexuelles transitoires alors qu’il n’existait aucune plainte auparavant. Il peut s’agir de troubles du désir et/ou de l’excitation (troubles de l’érection). Cela peut être très perturbant pour les patients qui se demandent s’il s’agit d’un trouble transitoire ou non. De plus, cet effet secondaire (tout de même rare) du sevrage est parfois un facteur de risque de rechute. En fait, après quelques semaines au maximum, les fonctions sexuelles reviennent à la normale. Pas de panique, ça va revenir et souvent même en mieux. 

Si un tel trouble survient, il est fondamental de ne pas s’affoler et de ne pas rajouter à l’effet du sevrage un stress de la performance.  Et si besoin, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant afin de faire le point, avoir une aide pharmacologique (traitement médicamenteux) ou être adressé à un sexologue. 

Enfin, chez certaines personnes l’absence d’alcool ou de drogues peut révéler des difficultés sexuelles. Une accompagnement en sexologie est alors indiqué pour ne plus avoir besoin de produits pour vivre la sexualité.

QUEL EST L’IMPACT D’UNE DIMINUTION DE LA CONSOMMATION D’ALCOOL ?

L’impact d’une diminution de consommation d’alcool sur les fonctions sexuelles est mal connu. Toutefois, il est bien démontré qu’il existe un lien direct entre l’importance des quantités consommées et l’importance des troubles sexuels. 

Par exemple, chez l’homme, la qualité de l’érection (taille et dureté du pénis permettant la pénétration) est diminuée de façon dose-dépendante : c’est-à-dire que plus il y a d’alcool et moins il y a de rigidité pénienne.

On peut donc spéculer que moins il y a d’alcool et moins il y aura de dysfonction sexuelle. C’est d’ailleurs conforme à ce qui est régulièrement observé en consultation. 

Il est assez simple DE CONCLURE CE TEXTE : pour retrouver une bonne qualité de vie sexuelle et harmonieuse il faut aller vers une consommation d’alcool la plus basse possible voire une abstinence totale lorsque le contrôle des consommations d’alcool est impossible. 

Vous sentirez la différence… votre partenaire aussi !

Catégories
Alcool

MyDéfi alcool, ce n’est qu’un début, continuons d’être plus fort et plus nombreux !

Nous sommes arrivés au 15 janvier, soit à mi-parcours du défi que nous relevons contre les consommations excessives d’alcool. Pour certains, tout cela pourrait sembler bien modeste face au problème majeur du mésusage d’alcool dans notre pays. 

En fait, il y a de quoi être satisfait car cette démarche nationale et collective commence à s’imposer, année après année, comme une tradition incontournable du premier mois de l’année.

De plus, ces deux premières semaines ont été vraiment très positives à de nombreux points de vue.

Tout d’abord, il y a eu une grande mobilisation de nombreux groupes participants et acteurs de soin. Surtout, les médias ont joué le jeu en relayant des actions, en interviewant des personnes impliquées et en faisant la promotion de cet effort collectif. 

Par ailleurs, beaucoup de consommateurs excessifs qui ont modifié leur consommation ont fait part de leur expérience dans des groupes de discussions et dans des réseaux sociaux. Ces partages d’expériences sont très enrichissants pour ceux qui souhaitent avancer, mais qui ne se sont pas encore lancés.

Ces personnes peuvent découvrir, par exemple, que la baisse de la consommation s’accompagne d’une amélioration de la tension artérielle : « depuis que je consomme moins, j’ai pu réduire mon traitement contre l’HTA » ; « moi, mes chiffres tensionnels se sont normalisés après quelques semaines d’abstinence. »

Enfin, et c’est encore plus important, ces personnes qui sont parvenues à diminuer, voire à stopper leur consommation d’alcool, expliquent souvent comment elles ont fait, quelles sont les techniques qu’elles ont utilisées, quelles nouvelles stratégies de « combat » elles ont adoptées. 

A tous ceux qui ont commencé leur démarche : bravo. A ceux qui ont partagé leur expérience et donner des conseils : bravo et merci. Surtout, continuer votre démarche et capitaliser les bénéfices acquis pour améliorer votre qualité de vie. En clair, continuez !

Quant à ceux qui souhaitent se lancer et qui sont encore hésitants, soyez convaincus que c’est le moment d’y aller. Commencez par déterminez vos objectifs : abstinence totale pendant les 2 semaines qui restent ou bien diminution de consommation. Dans ce dernier cas, imaginez une diminution de consommation progressive, en commençant à votre rythme. Ne vous infligez pas un objectif trop difficile qui vous mettrait en difficulté.

Le plus important est déjà d’initier la démarche. Pour vous aider, allez voir ce qu’ont fait d’autres consommateurs et sachez qu’au départ, ils n’étaient pas plus sûr que vous de pouvoir y arriver.  

Pour conclure voici le conseil du jour : inspirez-vous de ce qui fonctionne et surtout ayez confiance en vous. Nous avons tous beaucoup plus de ressources que ce que nous l’imaginons. 

Commentaires et conseils provenants de groupes d’entraide surFacebook

Pour vous donner de l’envie et de la détermination de vous engager dans la sobriété, voici quelques commentaires Facebook de groupe d’entraide

Groupe Facebook Janvier sobre 2021

« J 10 ! Un état de sérénité et de goût de la vie que j ‘avais oublié. Comme c’est agréable !

J 4, découragée  , déprimée  et souffrant physiquement,  j ‘avais lancé un appel au secours. Le groupe bienveillant et solidaire m’avait répondu. Grâce à vous j’ai tenu le coup  j’ai franchi une 1er étape. Merci. 

Je témoigne pour encourager  à mon tour ceux qui sont dans la phase douloureuse. »

« Adopter des stratégies et des remparts pour ne pas boire d’alcool est capital !! Pour ne pas être tenté et c’est parfois difficile….

Pour ma part j’ai déjà un rdv avec le Médecin addictologue début janvier juste pour faire le point et peut-être faire une prise de sang de contrôle de plusieurs facteurs.

Merci. »

Commentaires Facebook de groupe d’entraide pendant les fêtes

« Pour moi cette année, je serai seule. Le 24 et 25 décembre seront des jours comme les autres, je me protège et protège les autres. Je suis malade alcoolique abstinente. »

« À Noël en famille je m’occupe de l’entrée et de toutes les boissons sans alcool et du fromage.

Prendre les boissons sans alcool à mon goût va me permettre de ne pas être tenté et de toujours remplir mon verre de bonne boisson !!

Merci encore de vos précieux conseils.

« Une des bonnes questions à se poser pendant cette période est d’où est ce que je viens et ou je désire aller.

J’ai mon abstinence qui a été le fruit d’un cheminement, d’une décision et d’un parcours souvent compliqué. J’ai retrouvé une vie sociale et une santé hors du produit. Vais-je mettre tout cela dans la poubelle et repartir à la case départ ? Souvent ce coup dans le rétroviseur suffit. La période de fêtes c’est suivre aussi les recommandations simples énoncées par Laure Perney dans son article, ne pas oublier que nous avons toujours le choix de dire NON et que si cela ne suffit pas, le soin est la bonne solution si on fait un faux pas. L’appel à l’ami en cas de doute, ou au groupe. »

Catégories
Alcool

Alcool : ses effets sur la sexualité

Il existe une relation complexe entre l’alcool et la sexualité. Certains effets positifs sont ressentis et parfois même recherchés. Les effets négatifs sont malheureusement bien plus nombreux et souvent méconnus. D’autre part, l’impact de la consommation d’alcool va différer en fonction de la quantité consommée et du mode de consommation qui peut être ponctuel (aigu) ou chronique.

Consommation ponctuelle d’alcool

La consommation occasionnelle d’alcool est souvent présente lors des rencontres et des premières relations sexuelles avec un(e) partenaire. L’effet désinhibiteur de l’alcool aide certaines personnes à surmonter les difficultés à aller vers l’autre et entreprendre une démarche de séduction. C’est vrai à tout âge mais tout particulièrement chez les adolescents et les adultes jeunes. Cet effet désinhibiteur peut difficilement de ne pas être considéré comme un effet positif.  

De plus, l’alcool a la réputation d’avoir un effet aphrodisiaque et de favoriser la sexualité. Cependant, cela ne reflète pas la réalité. En effet, des études particulièrement intéressantes ont été menées chez des volontaires (sans consommation excessive d’alcool). Les participants jeunes et en bonne santé buvaient des boissons avec ou sans alcool, visualisaient ensuite des images pornographiques avec une évaluation objective de l’excitation sexuelle. Tout l’intérêt de cette étude est que certains volontaires croyaient consommer une boisson alcoolisée et ne recevaient qu’un cocktail sucré, tandis que d’autres buvaient un cocktail annoncé sans alcool alors qu’il s’agissait d’une boisson alcoolisée. 

Les résultats de ces travaux montrent que les participants qui pensaient avoir bu de l’alcool déclaraient être plus excité (plus d’excitation subjective c’est à dire ressentie) alors même que la consommation d’alcool avait diminué l’excitation objective (mesurée par des capteurs de pressions génitaux). Ainsi, l’anticipation de la consommation et la perception subjective des effets de l’alcool sont plutôt positives alors qu’en réalité l’effet objectif sur l’excitation est négatif.

En résumé, l’alcool peut favoriser la rencontre et le désir, mais diminue de façon objective l’excitation. Quand on parle d’excitation, il s’agit de l’érection chez l’homme et la lubrification vaginale chez la femme. 

Shakespeare a illustré cette discordance entre le mythe et la réalité des effets de l’alcool dans sa pièce MacBeth (Acte 2, scène 3) presque 400 ans avant les études que nous avons citées dans le paragraphe précédent : « it provokes the desire but it takes away the performance ».

Bien résumé ! 

Dernière précision d’importance, l’impact négatif de l’alcool est dose-dépendant. En effet, la sexualité est d’autant plus altérée que la quantité d’alcool consommée est importante. 

La consommation chronique alcool est aussi très toxique sur la sexualité puisqu’elle se complique d’une baisse du désir sexuel, d’une diminution de l’excitation (érection, lubrification vaginale) et d’une difficulté à atteindre l’orgasme. Ces complications concernent les hommes comme les femmes et ont été mise en évidence par de nombreuses études faites dans différents pays.  

Même si les troubles de l’érection sont plus souvent étudiés dans ces études, c’est bien sûr en tenant compte de l’ensemble des dysfonctions provoquées par l’alcool que l’on peut comprendre les difficultés sexuelles survenant chez des consommateurs excessifs. 

Une toxicité multifactorielle

Les facteurs à l’origine de la toxicité de l’alcool sur la sexualité sont multiples. Des problèmes psychologiques et relationnels sont souvent présents mais aussi des mécanismes physiologiques : principalement des troubles vasculaires, neurologiques et hormonaux. 

Les prises en charge sont donc complexes, mais s’inscrivent complètement dans la vision intégrative actuelle de l’approche diagnostique et thérapeutique en sexologie. Dans le schéma ci-dessous, on voit clairement que la sexologie s’intéresse à toutes les dimensions impliquées  dans la fonction sexuelle : les facteurs biologiques, le milieu socio-culturel, les habiletés relationnelles, psychologiques.

Hatzichristou et al. Diagnosing Sexual Dysfunction in Men and Women: Sexual History Taking and the Role of Symptom Scales and Questionnaires. J Sex Med. 2016 

Associée à l’approche sexologique, une démarche alcoologique doit être associée. C’est pourquoi le dépistage systématique d’une consommation excessive d’alcool est essentielle. Cela peut se faire rapidement à l’aide de 2 questions : 

1) À quelle fréquence consommez-vous des boissons alcoolisées ? (en suggérant des fréquences éventuellement pour obtenir des réponses précises : par exemple, « tous les jours »,  « 2 à 3 fois / semaine », « 1 à 2 fois par mois »)

2) Quelle quantité d’alcool consommez-vous les jours où vous buvez de l’alcool ? (En suggérant aussi, si nécessaire, un nombre de verres ou de bouteilles) 

Si la quantité vous semble importante, n’hésitez pas à adresser la personne qui consulte à un service ou un confrère spécialisé. Lorsque cela est difficile ou que les délais sont importants, vous pouvez aussi conseiller des outils de e-médecine ainsi que cela a été rappelé par la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives). L’outil actuellement le plus avancé en France est l’application MyDéfi. MyDéfi aide les consommateurs d’alcool à réduire leur consommation de manière autonome grâce à un coaching discret et anonyme qui s’ajuste à leurs progrès au quotidien. Les utilisateurs constituent un agenda de consommation, recoivent des messages d’information et des conseils sur mesure adaptés à leurs consommations et leur évolution.  

Pourquoi parler de cette problématique maintenant ? Parce que le mois de janvier est dédié à la diminution, voire l’arrêt de toute consommation de boissons alcoolisées (vous avez probablement entendu parler de dry january, janvier sec ou de janvier sobre). Plusieurs groupes se mobilisent actuellement en France pour informer le public sur les normes de consommations proposées par Santé Publique France (2 verres par jour maximum et des jours sans alcool chaque semaine) et pour motiver des changements de comportement. Vous pouvez par exemple visiter le site de « Janvier Sobre » pour vous renseigner sur leur action et les messages dispensés. https://janviersobre.fr

Pour conclure, la consommation aigüe et surtout la consommation chronique d’alcool sont de grandes causes de dysfonctions sexuelles. Le repérage est indispensable car la diminution, voire l’arrêt de la consommation d’alcool est une étape essentielle pour espérer l’amélioration des symptômes sexuels.

Enfin, l’application MyDéfi peut apporter une aide alcoologique aux consommateurs excessifs qui ne sont pas suivis par des soignants spécialisés.