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UNE INFORMATION MUSCLÉE, ou l’impact de la consommation excessive d’alcool sur les muscles et les bénéfices de la sobriété.

Cet article du blog a pour objectif de donner des informations sur une complication de la consommation chronique d’alcool qui a la particularité d’être l’une des plus fréquente et pourtant la moins souvent diagnostiquée. 

L’alcool est un produit largement toxique pour le corps, avec plus de 60 maladies provoquées ou aggravées. Ce nombre augmente d’ailleurs progressivement car de nouvelles pathologies secondaires à l’alcool sont suspectées de temps à autre (par exemple en cancérologie, nous en reparlerons un jour).

La toxicité osseuse de l’alcool est largement documentée, de même que sa toxicité vis-à-vis des nerfs périphériques, surtout les nerfs des membres inférieurs qui sont les plus longs du corps et donc les plus fragiles. Les muscles représentent, avec les os et les nerfs, la troisième composante majeure de notre système de locomotion. Notre système de locomotion est ce qui permet le mouvement. Alors, l’alcool a-t-il un effet sur les muscles ?

L’alcool a-t-il un impact négatif sur les muscles ?

La réponse est oui et le problème est particulièrement important. Les muscles squelettiques sont ceux qui sont utilisés pour tous nos mouvements. Or on considère que l’atteinte des muscles squelettiques est très fréquente chez les malades d’alcool. Cette « myopathie » touche en effet 40 à 60 % des consommateurs chroniques. Pour comparaison, c’est 5 fois plus fréquent que la cirrhose qui est une maladie dont tout le monde a entendu parler. La myopathie alcoolique est, de loin, la plus fréquente de toutes les myopathies connues.

Une autre donnée est impressionnante : des biopsies musculaires ont été faites chez des malades d’alcool sans diagnostic de myopathie : dans près de la moitié des cas, il existait des anomalies de la structure musculaire. Donc l’atteinte des muscles une maladie très fréquente à laquelle il faudrait penser beaucoup plus souvent.

QUELLES SONT LES SIGNES DE CETTE MYOPATHIE ?

La forme la moins fréquente est la myopathie aigüe qui survient après un épisode de consommation importante, de type binge drinking par exemple. Les symptômes associent une faiblesse, une sensibilité musculaire, voire des douleurs. Les muscles touchés sont les muscles dits « proximaux », c’est-à-dire ceux qui sont proches du tronc : fessiers, cuisses, épaules. Cette myopathie n’est généralement pas diagnostiquée, car le lien n’est pas fait entre la consommation excessive d’alcool et les douleurs musculaires. Les symptômes, faiblesse musculaire, sensibilité ou douleurs musculaires, disparaissent totalement après 1 à 2 semaines d’abstinence.

La forme chronique est beaucoup plus fréquente. Elle touche aussi les muscles proximaux et se traduit par une faiblesse musculaire pouvant durer des semaines voire des mois. Les douleurs sont rares de même que l’atrophie musculaire qui est difficile à observer. Le symptôme majeur est la diminution de la force musculaire : cela entraine une diminution de la capacité à faire des exercices physiques à la fois « isotonique » (mouvements importants) et « isométrique » (contraction musculaire avec un mouvement minimal). De plus, certains patients peuvent se plaindre de troubles objectifs de la mobilité. L’alcool a aussi pour effet de diminuer la vitesse de récupération musculaire après effort. Ces effets négatifs sont dose-dépendant, c’est-à-dire que plus il y a d’alcool, plus il y a d’atteinte musculaire. 

L’effet de l’alcool sur la myopathie alcoolique est cumulatif et donc cette pathologie myopathie surviendra d’autant plus que la consommation cumulée d’alcool aura été importante.

C’est pourquoi, il s’agit d’une maladie qui va plutôt se déclarer dans la tranche d’âge 40 – 60 ans, avec une répartition équivalente entre les femmes et les hommes. Globalement on peut retenir que plus il y a eu de consommation d’alcool sur la vie et moins la masse musculaire est de bonne qualité.

Il faut d’autant plus y penser qu’il existe d’autres complications de l’alcool, notamment une maladie alcoolique du foie. En cas d’atteinte du muscle cardiaque, pathologie nommée « cardiomyopathie », le risque d’avoir aussi une myopathie des muscles squelettique est supérieur à 80 %.

Quand il existe une myopathie chronique, des épisodes de forte consommation peuvent provoquer des poussées de myopathie aigüe. Ces épisodes se traduisent alors par des douleurs musculaires, une aggravation de la faiblesse musculaire et des urines foncées, qui traduisent l’élimination de résidus de fibres musculaires.  

CONNAIT-ON LES MECANISMES DE LA TOXICITE DE L’ALCOOL SUR LES MUSCLES ?

Tout d’abord, l’alcool consommé de façon chronique provoque une altération du statut nutritionnel (troubles nutritionnels, dénutrition), avec notamment un déficit protéique. Or, les protéines correspondent aux petites briques qui permettent de fabriquer la fibre musculaire. Donc, moins de protéines disponibles = moins de fabrication de muscle. 

Il faut aussi associer dans ce mauvais bilan nutritionnel, le déficit de certaines vitamines principalement des vitamines du groupe B et la vitamine D. 

Il y a par ailleurs une diminution dans les muscles de facteurs de croissance qui sont des produits qui stimulent la production de fibres musculaires.

Enfin, les muscles ont de plus en plus de difficultés pour consommer l’oxygène de façon optimale, l’oxygène étant un carburant essentiel de l’effort.

En permanence des cellules de notre corps meurent et sont remplacées par des nouvelles. Comme bien souvent avec l’alcool, sa consommation expose à une double peine. Nous venons de voir que la fabrication des nouvelles fibres musculaires était diminuée par plusieurs mécanismes. De plus, et c’est là la double peine, la destruction des fibres musculaires est accélérée chez les consommateurs excessifs d’alcool (liée à une inflammation chronique). 

Donc plus de destruction et moins de fabrication : cela aboutit à moins de volume et de force musculaire. 

Dans certains cas, il est possible d’observer des pertes musculaires importantes au niveau des cuisses, des fesses et des lombes, ce qui confirme bien l’atteinte des muscles qui sont proches du tronc.

EXISTE-T-IL UN TRAITEMENT PERMETTANT DE RECUPERER DE CETTE ATTEINTE MUSCULAIRE?

Actuellement, 3 mesures ont démontré leur efficacité.

La première est l’arrêt de l’alcool. C’est une bonne nouvelle, car cela signifie que les lésions qui peuvent être observées sur des biopsies musculaires sont potentiellement régressives. Une amélioration nette de la force musculaire est observée dans la première année suivant l’arrêt de l’alcool. La normalisation complète de la force musculaire est acquise après 5 ans d’abstinence. Pour ceux qui ne peuvent stopper l’alcool, une diminution importante permet aussi une amélioration, mais celle-ci sera moins complète et plus lente que chez les patients abstinents.

La deuxième mesure efficace est de veiller à avoir un apport nutritionnel équilibré apportant notamment suffisamment de protéines (les éléments constitutifs de base de la fibre musculaire) et une supplémentation vitaminique.

La troisième mesure est évidente : il faut faire des exercices physiques. Chez les patients ayant une myopathie alcoolique, comme chez les autres, l’exercice musculaire est ce qui permet la régénération et la prise de masse musculaire.  

En conclusion, la myopathie alcoolique est l’une des manifestations cliniques les plus fréquentes du trouble de l’usage de l’alcool. Elle est quasiment toujours méconnue alors qu’elle génère de nombreux effets négatifs. Cette myopathie est responsable d’une diminution de qualité de vie, mais elle reste réversible avec quelques mesures simples d’hygiène de vie. 

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L’ALCOOL APRÈS JANVIER SOBRE

Commencer chaque année par un mois de janvier sobre est une habitude intéressante, car cela s’accompagne de messages qui alertent la population sur les risques liés à l’alcool. Ce janvier sobre donne aussi envie à beaucoup de personnes de commencer une démarche de réduction de consommation, parfois même d’arrêt.

Toutefois, ce janvier sobre peut aussi générer du stress chez ceux qui consomment trop et qui ne sont pas parvenues à se lancer. La question que l’on peut se poser dans ces conditions est la suivante : est-ce mauvais signe si on n’a pas su profiter de janvier sobre ?

Le but de ce blog est de donner des éléments de réponses à cette question.

Pour cela, il faut s’interroger sur ce qui permet de commencer une démarche alcool.

Tout d’abord, il faut que ce soit le bon moment. 

Cette chronologie favorable est parfois indépendante du patient. Les freins possibles peuvent correspondre à des problèmes d’environnement familial ou social. 

Des périodes difficiles à gérer peuvent capter notre énergie, notre détermination. Par exemple, quelques jours de vacances pendant lesquels la tentation sera forte, ou une période de rush professionnel pendant laquelle il est vraiment difficile de baisser sa consommation. Pour d’autres encore, janvier peut être un mois pendant lequel tombent des anniversaires douloureux. En d’autres termes, il est tout à possible que le mois de janvier ne soit pas trop propice à une démarche alcool.

D’autre part, il faut parfois ressentir un « déclic » pour se lancer.

Ce fameux déclic est difficile à décrire et encore plus à le partager (malheureusement). De plus, il ne se commande pas et n’arrive pas sur mesure. Toutefois, pour les patients qui le ressentent cela signifie généralement que « c’est le bon moment » et la démarche va pouvoir s’enchainer assez naturellement. À contrario, on comprend aisément que se lancer quand on ne pense pas que c’est le bon moment peut être complexe et il est possible que les chances de réussite ne soient pas optimales.

Pour les patients qui sont accompagnés par un soignant, il est aussi nécessaire que cette rencontre soit empreinte de confiance mutuelle et de compréhension. Parfois, la relation n’est pas satisfaisante, sans que ni le patient ni soignant puisse être tenu responsable. Tout simplement, le ressenti, des mots prononcés troublent la relation et font douter le patient. D’autre part, les soignants adoptent des pratiques thérapeutiques qui peuvent ne pas convenir à un patient spécifique. Celui-ci sera plus à l’aise avec d’autres modalités de soin. Cela n’est pas grave s’il est possible de le repérer et d’en tirer des enseignements. 

Il a été démontré que les soignants obtiennent leurs meilleurs résultats avec des méthodes thérapeutiques avec lesquelles ils sont à l’aise. Globalement, celles dont ils ont l’habitude et qu’ils maitrisent correctement.

Il est évident que c’est la même chose pour les patients qui vont voir leurs efforts couronnés de succès si la technique de soin utilisée est celle qui leur convient le mieux. C’est pourquoi il est essentiel que les patients participent à l’élaboration de leur projet de soin afin de mieux y adhérer. D’ailleurs, il a été montré que les patients atteignent beaucoup plus les objectifs qu’ils se fixent eux-mêmes que ceux qui sont proposés par d’autres.

Beaucoup d’autres points pourraient être discutés pour expliquer pourquoi il peut être difficile de réussir son janvier sobre et pourquoi ne pas avoir avancé ne signe pas une défaite.

Malgré tout, il est très intéressant de réfléchir (sans stress ni culpabilité) au concept du janvier sobre et d’en tirer des enseignements, y compris pour ceux qui ne sont pas lancés. Le principal enseignement est probablement celui-ci : ça vaut toujours le coup d’essayer

Premièrement, parce qu’en l’absence d’essai, il n’y a aucune chance de réussir. Ainsi que nous le rappelle cette citation : « Dans la vie, le seul combat qui est perdu d’avance, c’est celui que l’on ne mène pas ».

Deuxièmement, car se mettre en condition réelle de diminution ou d’arrêt d’alcool permet de mieux auto-diagnostiquer son problème et de mieux évaluer ses difficultés à avancer.  

Troisièmement, parce qu’il est normal de faire des erreurs pour progresser et qu’il est rare d’y arriver du premier coup. Nous aimons répéter aux patients que les champions olympiques qui lancent le poids ou qui sautent en longueur et en hauteur ont droit à plusieurs essais. Pourquoi les patients n’y auraient pas droit aussi ? 

Quatrièmement, car il n’y a rien à perdre à se lancer. En effet, une tentative qui n’a pas abouti ne présage pas du résultat des tentatives futures.

En conclusion, si vous n’avez pas pris le train de janvier sobre : essayer de comprendre ce qu’il vous a manqué. Que faut-il pour que des conditions plus favorables soient réunies ? Les freins qui vous ont empêchés d’avancer sont-ils si puissants que ça ? Quand surviendra votre prochaine « fenêtre de lancement » ? En d’autres termes, quand réussirez-vous à rendre le contexte favorable à votre démarche ? 

Si vous ne trouvez pas de réponse satisfaisante : alors stoppez la réflexion et rentrez dans l’action. Préparez-vous pour un Mars sobre ou un Avril sobre, pourquoi pas ? Ne donnez pas trop la parole à votre intelligence qui trouve toujours d’excellentes excuses pour vous permettre de ne pas progresser. Tout cela est résumé dans la citation suivante qui s’adapte particulièrement bien aux problèmes d’addiction : « Notre esprit sait très bien où nous devons aller, mais notre intelligence fait tout pour nous en empêcher ».

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QUELQUES SPÉCIALISTES NOUS PARLENT DES FÊTES

Les fêtes de fin d’année arrivent à grands pas. C’est une période qui doit être agréable et pleine de joie, mais pendant laquelle la tentation de (trop) boire de l’alcool peut être importante. 

Après tout, l’alcool participe de la fête. Alors, pourquoi ne pas se lâcher pendant ces fêtes ? Nous avons posé cette question à des consommateurs excessifs. Ils ont répondu qu’il fallait au contraire être particulièrement vigilant pour plusieurs raisons. 

Nous avons sélectionné (de façon arbitraire) les 10 réponses qui nous ont parus les plus importantes. 

Voici pourquoi, selon ces spécialistes, il faut surveiller sa consommation d’alcool. 

  1. Les fêtes sont une période à haut risque de rechute pour de nombreux patients abstinents qui ne souhaitaient pourtant qu’une consommation modeste et sans lendemain. 
  2. Moins boire permet de vivre pleinement les moments agréables que cette période nous offre
  3. C’est bien d’être vraiment présent jusqu’au bout de la fête
  4. Quel plaisir de pouvoir apprécier toutes les bonnes choses à manger qui seront proposées
  5. Il faut limiter tout ce qui pourrait amener une humeur négative pendant les fêtes
  6. C’est une période pendant laquelle il nous faut être disponible pour les autres et bienveillant avec eux         
  7. Quel dommage si notre consommation d’alcool nous rendait irritable ou venait à gâcher la fête
  8. Les lendemains de fête, quel plaisir de se réveiller en pleine forme et de bonne humeur
  9. Quel plaisir aussi de se souvenir de ce qui s’est passé et ne pas avoir de doute sur le comportement que l’on a eu 
  10. Les fêtes sont aussi un bon moment pour prendre de bonnes résolutions

Comment faire pour atteindre ces objectifs ?

  1. « À Noël en famille je m’occupe de l’entrée et de toutes les boissons sans alcool et du fromage »
  2. « J’ai toujours un verre de boissons non alcoolisée afin de ne pas boire ou de ne pas boire trop vite le verre d’alcool »
  3. « Je bois de l’eau pétillante dans une coupe de champagne pour trinquer avec tout le monde ! »
  4. « Je fais en sorte de choisir les boissons sans alcool qui me plaisent. Ça me permet de ne pas être tenté et de toujours remplir mon verre d’une boisson que j’apprécie »
  5. « J’anticipe ! Je prépare des stratégies pour ne pas boire d’alcool, c’est capital pour ne pas être tenté et c’est parfois difficile ! »
  6. « Une des bonnes questions à se poser pendant cette période est d’où est ce que je viens et ou je désire aller »
  7. « J’essaie de m’entourer des bonnes personnes, celles qui vont me soutenir sans me mettre la pression autour de l’alcool»
  8. « J’évite les soirées traquenards au cours desquelles il est quasiment impossible de ne pas boire »
  9. « Nous avons toujours le choix de dire NON »
  10. « J’ai déjà un rdv avec le médecin addictologue début janvier juste pour faire le point »
  11. « Je me dit que ce n’est pas plus dur qu’un autre soir. J’ai déjà tenu et je sais donc comment gérer »
  12. « Si je suis tenté pendant la soirée, je n’oublie pas qu’une envie, ça passe vite »
  13.  « Si on fait un faux pas, un appel à un ami, le soutien d’un groupe d’entraide, un rendez-vous avec un soignant sont des bonnes solutions »
  14.  «  Je prépare ma phrase-type pour refuser un verre d’alcool, et je la répéte pour être capable de la dire de façon naturelle et réflexe »

Avec ces petits messages et conseils, nous vous souhaitons de passer les meilleures fêtes possibles, même si les conditions de vie actuelles ne sont pas des plus sereines.

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LE MOIS SANS TABAC SE TERMINE, MAIS LE COMBAT CONTINUE !

Le mois sans tabac nous rappelle, si nous en avions besoin, que le tabac est très toxique pour la santé. Pour de nombreuses personnes, le mois sans tabac a été le déclencheur d’une démarche d’abstinence ou de réduction de consommation. Pour d’autres, cela a permis de réfléchir, mais pas encore de prendre la décision de se lancer. 

Voici quelques arguments supplémentaires pour vous aider à vous lancer dans la lutte contre votre tabagisme.

1°) LE TABAGISME EST TRÈS TOXIQUE SURTOUT EN CAS D’ASSOCIATION À L’ALCOOL

Le tabac est la première cause de mortalité évitable ; il s’agit donc d’un produit réellement très toxique. Mais, il faut aussi savoir que sa toxicité se potentialise avec celle de l’alcool. En d’autres termes, l’addition de ces deux produits (tabac + alcool) se traduit par une multiplication des risques (risque tabac X risque alcool). 

Cette potentialisation est démontrée pour de nombreuses complications : par exemple les maladies cardio-vasculaires (angine de poitrine, infarctus du myocarde), des maladies neurologiques (les accidents vasculaires cérébraux notamment), le risque de fibrose et de cirrhose du foie, et bien sûr pour de nombreux cancers. 

Comme exemple, et parce que ce chiffre est très spectaculaire, nous citerons l’augmentation du risque d’avoir certains cancers de la gorge en cas de consommation importante d’alcool et de tabac : ce risque peut être 150 fois plus important que celui des non-consommateurs. Cet impressionnant résultat nous permet d’introduire un autre élément important.

2°) LA TOXICICTÉ EST DOSE-DÉPENDANTE.

Cela est vrai pour les maladies cardiaques et neurologiques. De même, le risque de développer ou d’aggraver une bronchite chronique ainsi que pour le risque de faire des infections pulmonaires augmente avec les quantités fumées.

Cela signifie aussi qu’à chaque diminution de consommation tabagique, il y a un bénéfice attendu sur un problème de santé éventuellement connu, mais aussi sur tous les autres, même ceux qui ne sont pas encore déclarés.

Donc plus on fume plus on a de risque ; moins on fume et moins on a de risques.

3°) LA RÉDUCTION DE CONSOMMATION EST INTÉRESSANTE POUR CEUX QUI NE SONT PAS ENCORE PRÊT À L’ARRÊT

Ce message est très important, car il est parfois extrêmement difficile d’arrêter de fumer, voire même d’envisager d’arrêter de fumer. Dans ces conditions, il est bénéfique pour la santé de commencer rapidement par réduire sa consommation. L’arrêt viendra peut-être dans un second temps.

De toute façon, l’effet positif de cette réduction de consommation sera perceptible sur de nombreux organes et maladies. C’est donc très rentable, d’autant que de nombreux problèmes liés au tabac sont sous-diagnostiqués. Pourtant, pas encore de symptôme ne veut pas dire, pas de maladie débutante.

Par exemple, 75 % des bronchites chroniques tabagiques ne sont pas diagnostiquées, alors qu’il existe déjà des atteintes de la fonction respiratoire. Entre parenthèses, consultez votre médecin si vous souffrez au moins 2 mois par an de toux et de crachats (surtout matinaux), et ce, pendant au moins 2 ans de suite.

Cette réduction va aussi permettre une réduction du tabagisme passif

La fumée qui est inhalée et que l’on souffle ensuite est appelée « fumée primaire ». La fumée qui provient de la combustion naturelle de la cigarette qui se consume dans le cendrier est appelée fumée secondaire.

Cette fumée secondaire est celle qui est la plus toxique car elle contient beaucoup plus de particules très fines qui pénètrent plus profondément dans le système bronchique. D’ailleurs intuitivement, on le sent bien : c’est elle qui pique les yeux et irrite le nez. Cette fumée secondaire est la principale responsable du tabagisme passif et provoque donc toutes les complications du tabac, incluant le décès. 

Les risques majeurs du tabagisme passif chez l’enfant et le nourrisson peuvent se traduire par un accouchement prématuré, la mort subite du nourrisson, des otites récidivantes, ainsi que des crises d’asthmes et des infections respiratoires.

Évidemment les fumeurs souffrent aussi du tabagisme passif, provenant de leurs propres cigarettes ou de celles d’autrui.

Sachant cela, on peut se demander si fumer à la fenêtre, alors que la fumée rentre généralement à l’intérieur, est une précaution suffisante pour protéger son entourage ?

Là encore, vive l’abstinence ou au moins une réduction de consommation.

4°) LES BÉNÉFICES DE L’ARRÊT SONT RAPIDES

Et cela est vrai quel que soit l’âge de l’arrêt du tabac. Bien sûr, plus l’arrêt est précoce et plus on a de bénéfices. Cela est aussi lié au fait que la toxicité du tabac est dose-dépendante.

Dans le tableau qui suit, vous verrez que les premiers bénéfices se font ressentir dès les premières heures. Parfois il est difficile de les percevoir en raison de l’état de manque. Toutefois, celui-ci peut être largement compensé par l’apport de substitution nicotinique. Bien substituer, on se sent donc mieux dès le premier jour d’arrêt !!! 

8 heures à 72 heures après la dernière cigarette
La quantité de monoxyde de carbone dans le sang diminue puis se normalise.
Le risque d’infarctus diminue déjà +++
Les poumons commencent à éliminer le mucus et les résidus de fumée.
Le goût et l’odorat s’améliorent.
Respirer devient plus facile, les bronches commencent à se relâcher. 

2 semaines à 3 mois après la dernière cigarette
La toux et la fatigue diminuent.
On récupère du souffle. 
On marche plus facilement. 

1 à 9 mois après la dernière cigarette
Les cils bronchiques repoussent. 
On est de moins en moins essoufflé. 

1 an après la dernière cigarette
Le risque d’infarctus du myocarde diminue de moitié. 
Le risque d’accident vasculaire cérébral rejoint celui du non-fumeur. 

5 ans après la dernière cigarette
Le risque de cancer du poumon diminue presque de moitié. 

10 à 15 ans après la dernière cigarette         
L’espérance de vie redevient identique à celle des personnes n’ayant jamais fumé (si arrêt non tardif).

POUR CONCLURE : 

L’addiction à la nicotine est très forte, les sujets fumeurs sont souvent en souffrance et près de la moitiéd’entre eux souhaitent arrêter. Lancez-vous ! il existe de nombreux traitements qui diminuent les envies et qui permettent au moins une réduction significative. Parmi ces traitements les timbres, les pastilles, les gommes à la nicotine. Une pastille contient l’équivalent nicotinique d’une cigarette, donc préférez les premières pour un effet à peu près équivalent aux secondes. 

Ce qui freine souvent les fumeurs, c’est la fausse croyance que ce n’est pas possible pour eux d’arrêter. Dans ce cas, essayer de diminuer dans un premier temps, vous diminuerez les risques pour votre santé.

Parfois, c’est l’identité de fumeur que nous nous sommes attribués et que nous renvoient aussi les autres qui nous empêche d’avancer. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à changer d’identité pour devenir « UN DÉFUMEUR OU UNE DÉFUMEUSE ».

Enfin, il faut signaler le résultat très encourageant d’une étude effectuée sur près de 7000 fumeurs : l’arrêt du tabac rend HEUREUX. En effet les patients qui avaient stoppé devenaient plus heureux que ceux qui continuaient à fumer. N’est-ce pas un excellent argument pour s’y mettre sans plus tarder ? 

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ALCOOL ET VIOLENCE : BEAUCOUP D’EFFORTS RESTENT À FAIRE

Les violences physiques infligées aux femmes vivant en couple représentent un problème de santé publique majeur puisque des prévalences se situant entre 25 et 45 % des femmes selon les pays. Ces chiffres alarmants ont justifié la recherche de facteurs de risques expliquant la survenue de ces violences.

Il y en a plusieurs, notamment :

  • Des antécédents familiaux qui font entrer les rapports violents dans un mode relationnel « normal » ou du moins habituel.
  • Les personnalités avec un égocentrisme excessif ce qui traduit souvent une mauvaise estime de soi ce qui rend plus facile la violence que l’argumentation. 
  • La personnalité « perverse narcissique » représente probablement la forme ultime de cet égocentrisme avec la disparition de toute reconnaissance à l’autre d’avoir de la valeur et le droit au respect.
  • Les personnalités immatures qui souffrent d’une faible estime de soi et d’une intolérance importante à la frustration.
  • Les personnalités impulsives.
  • Les sujets « rigides » qui ont une faible capacité d’adaptation.
  • Certaines addictions, notamment la consommation excessive d’alcool.  

Inutile de préciser qu’il ne s’agit là que de facteurs de risque et que, heureusement, la présence de ceux-ci ne s’accompagne pas obligatoirement d’un passage à l’acte violent.

Nous allons nous concentrer sur le facteur de risque alcool qui semble jouer un rôle majeur. Ainsi, lorsque l’on étudie les histoires de victimes de violence, il y a souvent des consommations excessives chez les partenaires violents, qui sont souvent des hommes dans la plupart des études. 

Une augmentation identique du risque d’être victime de violence est mise en évidence dans ces différents travaux après consommation d’alcool et/ou de drogues illicites. En d’autres termes,

la prise d’alcool ou de drogue chez les femmes les rend plus susceptibles de subir des violences physiques ou sexuelles. Ainsi, il a été montré que la majorité des viols observés chez les étudiantes américaines survenait chez des jeunes femmes ayant bu suffisamment d’alcool pour être dans une situation de grande vulnérabilité. 

En plus de l’augmentation du nombre de cas, la consommation excessive d’alcool est associée à plus de chronicité des actes de violence c’est-à-dire de répétition. La consommation excessive d’alcool favorise aussi les passages à l’acte plus violents se traduisant par des blessures plus sévères chez les victimes.

DES OBSERVATIONS CLINIQUES PERMETTENT D’ÉLARGIR CE PROPOS

Une jeune femme de 30 ans, qui ne boit que de façon très occasionnelle, mais avec des épisodes de perte de contrôle. Elle confie qu’elle se sent coupable car elle fait preuve lors de ces épisodes de violences verbales, et souvent physiques vis à vis de son conjoint : lancement d’objets au visage et coups violents. Les forces de l’ordre ont déjà dû intervenir. La consommation ponctuelle escessive d’alcool favorise le fait d’être auteur de violences.

Une jeune femme de 21 ans ayant un problème d’alcool, blonde et frêle explique, qu’elle a parfois des accès de violence au volant. Le dernier épisode : un jeune homme lui fait un geste déplacé (avec le majeur…) ; elle se lance alors à sa poursuite. Le jeune homme commence à paniquer, pensant peut-être qu’elle est armée ou vraiment dérangée. La course poursuite commencée en campagne se poursuit en ville. Après avoir risqué plusieurs accidents, la jeune fille s’arrête et se sent désespérée de ce qu’elle vient de faire.

Un homme suivi pour un problème d’alcool, qui mesure plus d’1 mètre 90, pèse aux alentours de 110 kg et est très très musclé, vient en consultation avec des bleus et un œil noir. En état d’ivresse, il a été agressé par 3 hommes qui se sont visiblement acharnés sur lui.

Ces exemples confirment ce qui est bien connu, c’est-à-dire que les auteurs et victimes de violences liées à la consommation de produits psycho-actifs, notamment d’alcool, sont présent dans les deux sexes sans distinction socio-culturelle.

DE NOMBREUSES ÉTUDES ont évalué la relation entre acte de violence et alcool et il apparaît donc clairement qu’une consommation excessive est souvent présente en amont de l’acte de violence du côté de l’agresseur, ou de la victime, voire des deux. 

Pour autant, il n’existe quasiment pas d’étude permettant de savoir qu’elle est la proportion de patients consultants dans un service d’addictologie (et donc souffrant d’une consommation excessive) qui a été victime ou auteur d’actes de violence.

C’est ce que nous avons recherché en proposant un questionnaire anonyme à tous les consultants venant en consultation dans 7 unités d’addictologie de la région Occitanie, quel que soit leur sexe et le motif de consultation (alcool, tabac, drogue, dépendance comportementale. Les différents types de violence étaient considérés : violence physique, psychologique, verbales ou sexuelle.

CETTE PREMIÈRE ÉTUDE PILOTE A DONNÉ DES RÉSULTATS TRÈS INTÉRESSANTS

La première étude que nous effectuée avait pour but de savoir si ce type de recherche avait de l’intérêt dans nos structures. En effet, on pense parfois qu’un problème est particulièrement prioritaire alors qu’il ne concerne que très peu de patients. De plus, il n’y avait pas de recherche de ce type déjà effectué en France (et rien d’intéressant au niveau mondial) qui pouvait nous orienter. Nous ne donnerons que quelques résultats dans ce texte pour éviter d’être roboratif (trop de résultats tue…). Des données complémentaires viendront dans un prochain blog.

Nous avons proposé notre questionnaire à 474 consultants sur 7 sites différents se trouvant dans les 3 villes suivantes (Béziers, Montpellier, Nîmes), ce qui augmente les chances d’être représentatif. Les patients étaient déjà venus une fois en consultation ; nous ne souhaitions pas que la première rencontre qu’ils fassent dans les unités impliquées commence par un questionnaire sur la violence. 

PREMIER RESULTAT 

Le pourcentage de consultants qui ont accepté de répondre à ce questionnaire anonyme (qui est assez long) est de 91 %.

Ce résultat nous donne plusieurs informations. Tout d’abord cela confirme la motivation, toujours observée, des malades addicts à participer à des enquêtes, des études, susceptibles d’améliorer la connaissance de cette pathologie et sa prise en charge. Par ailleurs, ce taux de réponse important nous permet de tirer conclusions assez fiables. Enfin, cela suggère fortement que la violence est un problème considéré comme important par les patients.

DEUXIÈME RÉSULTAT

56 % des patients ayant répondu considèrent être, au moins occasionnellement, impactés par la violence. 

Si on englobe aussi les « rares cas » de violence, c’est-à-dire des épisodes ponctuels en plus des cas de violence réguliers, c’est alors 75 % des consultants qui ont répondu qu’ils se considèrent comme impactés par la violence.

L’équipe de recherche pensait que le pourcentage de réponse positive à cette question serait important. Elle n’envisageait toutefois pas des chiffres aussi élevés, même si le questionnaire utilisé englobe tous types de violences (physiques, psychologiques, sexuelles, verbales). La question que l’on peut se poser alors est de savoir si ce taux de violence est lié aux addictions. Pour les consultants, les violences subies ou commises sont, au moins occasionnellement, en lien avec les addictions dans plus de 40 % des cas.

TROISIÈME RÉSULTAT

52 % des patients souhaiteraient pouvoir bénéficier d’une aide autour de la violence si un soignant spécialisé dans cette thématique pouvait les recevoir. 

POUR CONCLURE

Les consultants en addictologie sont fréquemment victimes ou auteurs de violence. Ils font le lien entre ces actes de violence et les consommations de produits chez eux ou chez leurs proches. 

Il faut donc former des soignants à cette thématique et mettre en œuvre des consultations dédiées pour pouvoir répondre à cette demande qui concerne 30 % environ de l’ensemble des consultants ayant participé à cette étude préliminaire.

Il faut aussi poursuivre les recherches sur cette thématique et l’étudier sur un plus grand nombre de patients et avec une méthodologie affinée va être bientôt réalisée par l’Addictopôle Occitanie, avec comme premier objectif d’inclure 4000 consultants. D’autres résultats de l’étude préliminaire seront donnés dans un prochain blog.

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Bientôt des avancées dans le traitement du binge drinking !

Nous avons déjà évoqué le binge drinking dans un précédent blog, cette modalité de consommation intense, explosive qui se produit sur une durée courte. Il existe plusieurs définitions, mais on peut retenir que cela correspond chez l’homme et la femme à des consommation supérieures ou égales à respectivement 7 et 6 verres d’alcool, et cela pendant un intervalle de moins de 2 heures. 

Le fait de consommer de cette manière favorise la survenue de taux d’alcool très important dans la circulation sanguine ce qui augmente significativement le risque de toxicité. En effet, et il est toujours bon de le rappeler, la toxicité de l’alcool est dose-dépendante. Donc, plus il y en a et plus c’est toxique.

Ce mode de consommation est donc toxique, mais il est vraiment préoccupant chez les adolescents et les adultes jeunes. En effet, ces consommations excessives favorisent les risques d’accidents de la voie publique et la survenue d’un état de vulnérabilité. Cette vulnérabilité peut se traduire par des violences subies, qu’elles soient physiques ou sexuelles. Il ne faut pas oublier que la consommation excessive d’alcool augmente le risque d’être victime de violence, mais aussi auteur de violence, notamment sexuelle. Profitons de ce texte pour rappeler que l’alcool est la première drogue du violeur très loin devant les benzodiazépines ou le GHB.

Il existe aussi bien sûr des risques de toxicité aiguë sur certains organes dont le cœur et le cerveau. Le cerveau est un organe qui continue à se développer longtemps dans la vie et qui n’atteint sa maturité qu’à l’âge de 25 ans environ. De plus, les dernières zones qui vont atteindre la maturité sont situées dans la région frontale. Elles correspondent aux zones de prises de décision, celles qui nous aident par exemple à gérer notre alimentation et à éviter de manger trop de gâteaux ou de sucreries. 

On comprend donc aisément pourquoi on peut plus facilement prendre de mauvaises décisions quand on est jeune (il n’est pas nécessaire de faire beaucoup d’efforts de mémoire pour trouver des exemples chez chacun d’entre nous). 

Le fait d’avoir du binge drinking de façon précoce favorise par ailleurs la survenue de dépendance à l’alcool plus tard avec toutes les conséquences négatives chroniques.

Enfin (bien sur ces informations ne sont pas exhaustives), le binge drinking chez les jeunes favorisent le risque de développer des troubles cognitifs, notamment des troubles des fonctions suivantes : capacités de mémorisation, de concentration et d’apprentissage. Ces troubles sont gênants pour tout le monde, mais prennent un relief particulier chez les étudiants, puisqu’il s’agit de cerveaux jeunes (donc fragiles) qui doivent acquérir chaque jour de nouvelles connaissances (donc être opérationnels). Par ailleurs, les troubles cognitifs ne sont pas visibles initialement, et donc sont volontiers négligés.

L’ensemble de ces données incite à imaginer des soins spécifiques « anti binge drinking » pour les jeunes et bien sûr, pour les moins jeunes. Concernant les étudiants, il existe des actions menées par les pairs (autres étudiants qui se mobilisent contre l’alcool) qui donnent des résultats intéressants. Cela reste toutefois insuffisant et nous avons souhaité proposer une aide supplémentaire grâce à une application médicale, ce type d’outil étant bien adapté aux jeunes consommateurs.

Nous avons déjà créé une application médicale qui a pour objectif d’aider les consommateurs réguliers excessifs à diminuer leur consommation (App MyDéfi). Le programme de soins de MyDéfi, dans sa forme actuelle, n’est pas spécifique de la problématique du binge-drinking.

Afin de pouvoir développer et évaluer un programme binge-drinking, nous avons participé à un concours organisé par l’Institut de Recherche en Santé Publique (IReSP).

Notre projet a été sélectionné, ce qui démontre son intérêt. Cela va nous permettre, non seulement de créer un programme spécifique, mais encore de le tester dans la « vraie vie » sur un échantillon d’étudiants. 

Ce projet collaboratif très ambitieux est porté par plusieurs partenaires : une équipe INSERM de l’Université de Picardie Jules Verne, l’équipe d’Addictologie clinique du CHU de Nîmes, une équipe de recherche en Neuropsychologie de l’Université Paul Valéry Montpellier 3 et des développeurs.

Actuellement, il n’existe pas d’application médicale fonctionnelle dans cette indication et c’est pourquoi, voir ce projet sélectionné par l’IReSP nous semble être une nouvelle très importante. Cela va nous permettre d’atteindre les objectifs fixés durant la période d’étude de 2ans. Nous communiquerons au fur et à mesure les avancées de ce projet novateur qui pourrait à terme amener un nouvel outil d’aide pour de nombreux consommateurs. 

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COMMENT LIMITER LE RISQUE DE SURVENUE D’UNE CIRRHOSE ?

Un quart des décès liés à une consommation excessive d’alcool est provoqué par la maladie alcoolique du foie (MAF). Nous avons vu dans un blog précédent que cette MAF avaient plusieurs formes évolutives dont la plus sévère était la cirrhose. Nous allons nous concentrer sur cette dernière entité qui est tout-à-fait particulière.

La cirrhose est le dernier stade de toute maladie hépatique (maladie du foie) chronique.  La cirrhose correspond à l’accumulation de petites formations nodulaires (petites boules de quelques mm de diamètre). Entre parenthèse, les nodules de cirrhose ne se développent que dans le foie et donc il n’est pas nécessaire de parler de cirrhose « du foie ».

DÉVELOPPEMENT DE LA CIRRHOSE ALCOOLIQUE

Un premier point important est que nous ne sommes pas égaux face au risque de cirrhose. En effet, si près de 90 % des patients buveurs excessifs ont une atteinte hépatique modérée (foie gras et augmentation des taux de gGT), seule une minorité de ces consommateurs aura une cirrhose : entre 10 et 20 %. 

Cela peut être lié au patrimoine génétique, puisque des gènes favorisant la survenue de cirrhose et d’autres limitant ce risque, ont été mis en évidence. D’autre part, il est possible que d’autres facteurs de risque en plus de l’alcool doivent s’ajouter pour développer une cirrhose.

EFFET DOSE-DÉPENDANT DE LA CONSOMMATION D’ALCOOL

La question qui taraude volontiers les consommateurs est celle-ci : à partir de quand peut-on considérer que l’on est à risque de faire une cirrhose ? Cette question des doses fait l’objet de beaucoup de polémiques et repose sur des résultats qui ne sont pas toujours homogènes, mais voici quelques renseignements qui font globalement consensus.

1°) Tout d’abord les risques sont dose-dépendant : plus on boit, plus on a de risque d’avoir un jour une cirrhose.

2°) Le risque commence quand ? 

Il est bien démontré que la survenue de la cirrhose chez les femmes augmente avec une quantité consommée d’au moins 1,5 verre par jour. Chez l’homme, le risque commence à au moins 2 verres par jour.  C’est pourquoi, concernant spécifiquement le risque de cirrhose liée à l’alcool, il est recommandé de ne pas dépasser 14 verres par semaine chez la femme et 21 par semaine chez l’homme. Attention, le risque de cirrhose grimpe vite. Par exemple une étude a montré qu’autour de 6 verres / jour, le risque de développer une cirrhose était multiplié par 12, par rapport aux non-consommateurs.

3°) Pour quelle durée ? 

Outre la dose dont nous venons de parler, la durée de la consommation compte aussi. Les durées à fort risque commencent à 15 ans chez les hommes et 10 ans chez les femmes. Cela explique que la cirrhose pour survenir chez des personnes relativement jeunes, surtout s’il existe d’autres facteurs de risque.

MODALITÉS DE CONSOMMATION

Indépendamment des quantités bues et des durées de consommation, d’autres facteurs peuvent jouer. Ainsi, la consommation de vin est associée à un risque inférieur de développer une cirrhose par rapport à d’autres types d’alcool. Cela ne veut évidemment pas dire que le vin n’est pas toxique, simplement qu’il semble moins hépato-toxique que d’autres boissons alcoolisées (c’est-à-dire que le vin semble être moins toxique pour le foie que d’autres boissons alcoolisées).

Surtout, il est plus mauvais de consommer de l’alcool en dehors de repas. A quantités consommées équivalentes, il y a moins de risque de survenue de cirrhose si l’alcool est consommé durant les repas.

Autre point important, la consommation quotidienne apparait plus délétère que l’usage occasionnel d’alcool. Attention, ces résultats sont surtout clairs chez les hommes et ne signifient pas que des consommations explosives (type binge drinking) ne sont pas toxiques. Toutefois, cela étaye la recommandation faite par Santé Publique France d’avoir si possible 2 jours sans consommation chaque semaine.

AUTRES FACTEURS DE RISQUE

1) Tabac

Même si nous parlons de cirrhose liée à l’alcool, il existe d’autres facteurs qui vont participer à l’augmentation du risque de développer cette maladie.

Le premier de ces facteurs est le tabagisme. Nous évoquons la co-toxicité du tabac à chaque fois que nous parlons d’alcool, mais il est important d’insister encore sur ce point. En effet, il n’est pas spontanément évident qu’une substance inhalée, qui va rester dans les bronches et les poumons, agresse le foie. Pourtant, il est formellement démontré que le tabac augmente la production de fibrose hépatique (c’est-à-dire de multiples petites cicatrices intra-hépatiques). Pour information, le tabac augmente aussi la production de fibrose dans d’autres organes : les reins, le cœur, le pancréas. Dans une étude faite au sur plus de 1 million de personnes suivies pendant 6 ans, fumer 1 paquet / jour multipliait le risque de survenue de cirrhose par presque 4 par rapport aux non-fumeurs. Vous voyez qu’il ne s’agit pas là d’un risque négligeable.

2) Surpoids

Un autre facteur de risque important est l’existence d’un surpoids. Il s’agit d’un facteur de risque en soi de développer une cirrhose (en dehors donc de toute consommation d’alcool), et donc, cela n’est pas étonnant qu’il augmente le risque de développer une cirrhose alcoolique. La définition du surpoids est la suivante : il y a surpoids lorsque l’index de masse corporel est supérieur ou égal à 25 chez les femmes et supérieur ou égal à 27 chez les hommes.

Pour calculer l’index de masse corporel (IMC), il faut diviser le poids par la taille au carré, soit 

IMC = P/T2

Exemple : Si je suis une femme, que je pèse 62 kg et que je mesure 1m66, pour calculer mon IMC, je divise 62 par 1,66 x 1,66 ce qui donne un résultat d’IMC à 22,5. C’est inférieur à 25, donc pas de surpoids (ouf !). 

3) Diabète

Le diabète de type 2 est aussi un facteur de risque d’évolution vers la cirrhose, mais son rôle délétère pourrait être lié au surpoids qui lui est souvent associé. De toute façon, il est toujours indispensable de travailler à l’équilibre de son diabète, car cela évite de nombreuses complications possibles (incluant les maladies du foie).

4) Autres facteurs

Bien sûr, toutes les autres causes de maladies hépatiques vont favoriser l’évolution vers une cirrhose ; par exemple une infection par le virus de l’hépatite B, de l’hépatite C, le VIH, l’hémochromatose (maladie de surcharge en fer), etc… A voir avec votre hépatologue préféré.

Enfin, il y a un facteur de risque qui est classiquement cité, que l’on ne voit jamais en pratique habituelle, mais qui a un côté exotique pour ne pas dire sympathique : c’est la consommation d’alcools de fabrication artisanale. Cela évoque le dessin animé « Bernard et Bianca » et la fabrication d’alcool frelaté dans le Bayou (nostalgie de Walt Disney). 

En revanche, la consommation de café aurait un effet protecteur hépatique, à partir d’une consommation de 4 tasses quotidiennes.

IMPLICATIONS

Dans une réunion scientifique, après une présentation sur ce thème, un médecin a fait la remarque suivante : « mais on ne peut tout de même pas tout interdire aux patients !». Il avait tout à fait raison. 

Toutefois, on peut adopter une autre façon de raisonner. Ces données offrent au contraire aux patients de nombreuses opportunités pour travailler dans différentes directions. Bien sûr, il n’est pas possible de tout faire en même temps, mais il est possible de choisir, à un moment particulier, l’objectif qui paraît le plus accessible.

Celui-ci peut être picoré dans le tableau suivant qui résume les données présentées : 

  • Essayer de consommer 2 verres / j ou moins chez la femme et 3 verres / j ou moins chez l’homme
  • Avoir un ou deux jours sans alcool dans la semaine
  • Boire pendant les repas plutôt qu’en dehors de ceux-ci
  • Arrêter (ou effondrer si l’arrêt n’est pas encore possible) sa consommation de tabac
  • Surveiller ses habitudes alimentaires et son poids
  • En cas de diabète de type 2, suivre le traitement de façon très rigoureuse
  • Consulter au moindre doute pour une prise en charge possible des facteurs de risque associés
  • Continuer à consommer 4 tasses de café / j (mais en évitant le sucre)
  • Conserver un bon moral car c’est toujours un plus pour la santé
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ABSTINENCE ET RECHUTE : LES DÉFINITIONS SONT-ELLES SI ÉVIDENTES ?

Chez certains malades ayant un trouble de l’usage sévère, ou une dépendance (selon le type de questionnaire utilisé), le contrôle de la consommation n’est pas possible au long cours. Dans ce cas, l’option de soin à choisir est l’abstinence.

Ce concept paraît très simple : il faut être à zéro alcool. Il y a une maxime des alcooliques anonymes qui permet aux patients de bien comprendre cette idée : « 1 verre, c’est trop et 1000, ce n’est pas assez ». Et il est vrai que les rechutes commencent par un premier verre. Donc, pour les patients qui visent l’abstinence, l’idéal est de ne pas consommer du tout. Plus le temps passe et moins il y a d’envie, moins il y a la « réflexe » de boire en réponse à une émotion particulière. De plus, le temps permet aussi de perdre le « goût » de l’alcool et de le remplacer par une sorte d’écœurement. Très souvent, l’odeur même de l’alcool devient très désagréable. Donc, pour tous ceux qui réussissent à ne pas boire : BRAVO, NE CHANGEZ RIEN ! 

L’inconvénient de ce concept du zéro absolu, c’est que la reprise d’un seul verre semble signer l’échec pour les patients. Cela se traduit par du découragement et parfois l’idée qu’ils n’y arriveront jamais. Avant de poursuivre, il est essentiel d’insister sur le fait que ce texte n’a pas pour objectif de promouvoir des consommations épisodiques chez des malades qui souhaitent être abstinent, mais de leur permettre de comprendre au mieux ces épisodes.   

Voyons donc quelles informations, tirées des dernières connaissances scientifiques, peuvent être utiles aux patients qui veulent être abstinent et qui ont fait un écart. Chez ces patients dépendant à l’alcool, le concept de la rechute est essentiel à discuter, car celle-ci est malheureusement fréquente. Par exemple, après une première tentative d’arrêt d’alcool ou de tabac, les taux de rechute à 12 mois sont globalement supérieurs à 80 %. Cela explique la définition de la maladie alcoolique qui est décrite une « maladie chronique récidivante ». Il faut donc comprendre ce qu’est la rechute et comment la prévenir. Surtout il est essentiel que les patients sachent se remettre au combat en cas de rechute, car les chances de succès vont augmenter avec le temps.

DÉFINITION DE LA RECHUTE

Dans un premier temps, il faut savoir exactement de quoi on parle et pour cela définir le mot « rechute ». La réponse semble évidente, mais aussi bizarre que cela puisse paraître, il n’y a pas de définition claire et unique de la rechute. Spontanément, on se dit que la rechute est tout simplement définie par un événement incontestable : la re-consommation.

Selon le dictionnaire Littré, la rechute correspond à « la réapparition d’une maladie pendant ou après la convalescence ». Il s’agit donc d’un retour vers une condition initiale indésirable. De nombreux addictologues considèrent aussi que la rechute correspond plus à un processus dynamique qu’à une simple reprise d’un verre. Cela confirme que le trouble de l’usage de l’alcool a une évolution variable caractérisée par des périodes de rémission et de rechute. 

Deux remarques :

         Évoquer la rechute comme s’incluant dans le processus évolutif qui va vers la guérison permet de la dédramatiser (combien de malades expliquent que c’était leur « dernière » chance !). Bien sûr, re-consommer n’est pas conseillé et donne du stress aux patients. Mais cela en signe pas la fin définitive de tout espoir. 

De plus, pour de nombreux patients il faut expérimenter plusieurs rechutes avant d’atteindre à leur objectif. Dire que la maladie alcoolique est une maladie récidivante ne signifie pas que les « rechutes » ne s’arrêtent pas un jour.

Quelles sont les données les plus récentes de la littérature scientifique ? Des auteurs ont cherché quelles étaient les différentes définitions de la rechute (à l’alcool) dans les études publiées récemment.  À partir de 139 études sélectionnées car étant de bonne qualité, voilà les résultats qu’ils nous proposent : 

  • Dans une cinquantaine d’étude (38 % des études exactement), la rechute était définie par l’existence d’une re-consommation, quelle qu’elle soit (donc à partie de 1 verre). 
  • Pour les autres équipes d’addictologues qui ont fait des études dans ce champ, la définition de la rechute était différente. Il y avait rechute chez les patients qui avaient consommé (cela ressemble à un poème de Prévert) :  
  • Au moins 2 verres
  • Au moins 4 verres
  • Au moins 6 verres en 1 seule occasion
  • Au moins 3 jours de suite
  • Au moins 7 jours de suite
  • Au moins 5 verres dans la journée ou au moins 5 jours dans 1 semaine
  • Au moins 4 verres chez une femme / 6 chez un homme
  • De façon identique à leur consommation initiale 
  • Comme auparavant et avaient eu des complications physiques ou psychologiques

Cela démontre qu’il existe des définitions très différentes bien sûr, mais aussi que l’interprétation de la rechute n’est probablement pas aussi simple que nous l’aurions pensé de première intention.  

Il est peut-être possible d’harmoniser ces réponses qui sont si différentes en introduisant une nouvelle donnée. 

NOTION DE « RELAPSE » ET DE « LAPSE »

Certains auteurs anglo-saxons distinguent deux façons de re-consommer de l’alcool. Ils parlent de « relapse » et de « lapse ». « Relapse » correspond à la réapparition d’une utilisation problématique de l’alcool, après une période d’amélioration : c’est notre notion classique de rechute. « Lapse » est typiquement définie comme une prise unique, ou une re-consommation très discrète : cela correspond à ce que nous nommons parfois « simple dérapage », « glissade » ou « coup de canif dans le contrat ».

Certains auteurs sont parfois allés plus loin dans la précision. Voici une illustration qui n’a valeur que d’exemple. Ces auteurs testaient un médicament qui était susceptible d’augmenter le nombre de jours d’abstinence sur une période donnée. Pour eux, l’abstinence correspondait à une consommation nulle (0 alcool) ; la rechute (relapse) était définie par une reprise d’alcool de plus de 4 verres par jour ou de plus de 14 verres dans la semaine ; le dérapage (lapse) était défini par toute consommation qui se situait entre les deux.

QUEL EST L’INTÉRÊT D’ERGOTER SUR LES DÉFINITIONS ?

Cette discussion est très importante, car l’expérience montre qu’un petit dérapage, ça peut arriver et ça peut se récupérer. Il est indispensable que les patients abstinents qui ont fait un écart ne le considère pas comme un échec irréversible, un retour au point de départ. 

Bien sûr, ce n’est pas souhaitable. Toutefois, si cela survient, l’urgence est de contacter son médecin, ou tout autre aide possible le plus vite pour immédiatement revenir à une consommation nulle. C’est beaucoup plus facile après avoir bu quelques verres qu’après une retour importante sur plusieurs semaines. 

De plus, après un petit dérapage, c’est souvent facile de revenir à l’abstinence. C’était un message très important à délivrer.

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MALADIE ALCOOLIQUE DU FOIE : CE QU’IL FAUT SAVOIR

Lorsque l’on observe les principales complications de la consommation excessive d’alcool (consommation chronique), le foie est l’organe qui est parmi les plus touchés. La maladie alcoolique du foie représente l’une des 1e cause de mortalité liée à l’alcool. Il semble donc intéressant de s’en préoccuper, d’autant plus que, même si tous les principaux termes se rapportant à la maladie alcoolique du foie sont connus, leur signification l’est moins.

Le premier point important est que la maladie alcoolique du foie correspond à un continuum de pathologies du foie, avec un spectre très large, allant globalement du moins grave au plus grave. Nous verrons aujourd’hui les principales étapes de l’évolution de la maladie alcoolique du foie afin de poser « le décors ». 

La maladie alcoolique du foie commence de la stéatose pour évoluer jusqu’au carcinome hépatocellulaire qui est le cancer primitif du foie. Pour information, le cancer secondaire du foie correspond à la présence de métastases. Le schéma emprunté à une publication scientifique montre l’évolution progressive entre un foie normal et la survenue d’un cancer primitif du foie sur cirrhose.

LA STEATOSE correspond à l’accumulation de vacuoles de graisse dans les cellules hépatique : c’est le « foie gras ». Pour faire du foie gras d’oie ou de canard, les éleveurs créent cette pathologie par gavage. En effet, un déséquilibre alimentaire peut amener à des lésions qui sont comparables à celles provoquées par l’alcool.

Cette stéatose est très fréquente chez les gros consommateurs d’alcool, et est quasi constante lorsqu’il existe des perturbations du bilan hépatique (transaminases et/ou gGT augmentées). Il s’agit d’une maladie asymptomatique et donc, le plus souvent, inconnu du patient.

Votre médecin peut toutefois être alerté par la taille augmentée du foie qui est constante, des anomalies biologiques ou les résultats d’une échographie du foie. Ce dernier examen qui est très simple à réaliser permettre d’affirmer le diagnostic devant des signes typiques : le foie est décrit comme « brillant » ou « hyperéchogène » (ce qui veut dire la même chose mais dans une qualification « échographique »).

Bonne nouvelle : c’est une pathologie réversible, c’est-à-dire que le foie va retrouver son aspect normal en cas d’arrêt d’alcool, dans la mesure bien sûr ou cette stéatose est uniquement liée à l’alcool. 

Du coup, la stéatose a longtemps été considérée comme un problème bénin et, encore maintenant, certains radiologues ayant diagnostiqué une stéatose disent aux patients : « l’examen est normal ». Or, ainsi que le montre la figure, la stéatose peut évoluer vers une forme plus grave. On considère qu’au bout de 10 ans, 10 % des stéatoses deviennent des cirrhoses.

La STÉATOHÉPATITE correspond à une sorte d’hépatite aigüe liée à l’alcool ; Il s’agit d’une maladie potentiellement très grave, qui justifiera un article dans le blog rien que pour elle.

LA FIBROSE correspond à une évolution de la maladie alcoolique du foie. La fibrose est un tissu cicatriciel qui est semblable à celui qui apparaît sur la peau après une coupure profonde. C’est un tissu de réparation survenant après une agression, mais qui n’a pas de fonction biologique. Cela signifie que dans le foie, de l’espace est occupé par du tissu qui ne sert à rien, contrairement aux cellules du foie qui ont de nombreuses fonctions : digestion, épuration de toxiques, fabrication de protéines, production d’énergie, etc… 

Si la fibrose progresse, elle va progressivement prendre une forme annulaire et former de petits nodules de quelques millimètres de diamètres. La présence de ces petits nodules permet de caractériser la cirrhose. 

LA CIRRHOSE est une maladie qui peut rester asymptomatique pendant plusieurs années, ce qui peut être la cause de retard diagnostique. Comme on le voit aisément sur la figure, l’architecture du foie est très perturbée et on comprend aisément que la cirrhose soit une maladie qui va spontanément vers l’aggravation. 

Schématiquement, dans les cirrhoses peu sévères, le foie a une taille normale voire est augmenté de volume. Plus la taille du foie va diminuer et plus la cirrhose va devenir sévère. Cela s’explique aisément par le fait qu’il y alors moins de tissu fonctionnel et donc que le foie a de plus en plus de mal à assurer ses fonctions. Cela peut conduire à une insuffisance hépatique. Les fonctions hépatiques sont alors ralenties, ce qui se traduit par des troubles du métabolisme des protéines, des glucides et des lipides.

Comme le foie est un organe régulateur de nombreuses fonctions corporelles, avec un foie qui travaille moins bien on peut avoir, entre autres : des troubles cardio-circulatoire, des troubles respiratoires, des troubles neurologiques, une fonction rénale moins efficace.

Dans certains cas, le traitement de choix est la transplantation hépatique qui permet au receveur de récupérer une fonction hépatique normale.  

Enfin, le dernier stade de la maladie alcoolique du foie correspond à l’apparition d’un cancer « primitif » du foie qui survient le plus souvent dans un foie cirrhotique. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est indispensable d’avoir un suivi régulier, semestriel, avec un hépatologue lorsque l’on a une cirrhose. Cela est vrai, même si on est en pleine forme et sans aucun symptôme.

Voici un résumé sur le spectre de la maladie alcoolique du foie. Cela correspond à des pathologies variées sur lesquelles nous reviendrons. En effet, il existe des facteurs de risques que nous pouvons contrôler, notamment notre consommation d’alcool. Un message positif :  

L’ARRET DE L’ALCOOL, QUEL QUE SOIT LE STADE DE LA MALADIE ALCOOLIQUE DU FOIE, Y COMPRIS EN CAS DE NODULE TUMORAL, EST TOUJOURS RENTABLE. 

De plus, tant que le stade de cirrhose n’est pas atteint, l’arrêt de l’alcool peut permettre une guérison TOTALE des lésions hépatiques. 

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AGE ET ALCOOL, QUAND Y’A UN OS…

Est ce qu’il faut faire plus attention à sa consommation d’alcool quand on vieillit, et pourquoi ?

Il est bien démontré que la consommation excessive d’alcool est responsable de nombreux effets secondaires, en particulier de la survenue ou de l’aggravation d’au moins 60 maladies. Toutefois, tout le monde n’est pas touché de la même façon car il existe une grande variabilité individuelle quant à la sensibilité à ce produit. Parmi les facteurs de fragilité, nous avons déjà évoqué le sur-risque féminin.

Qu’en est-il du facteur âge ? Faut-il faire plus attention à sa consommation d’alcool quand on vieillit, et pourquoi ?

Pour commencer, il faut insister sur le fait qu’il existe dans les pays occidentaux une augmentation de consommation d’alcool chez les personnes les plus âgées, en particulier en ce qui concerne le binge drinking. Cette augmentation est visible dans la tranche d’âge 50-64 ans, mais aussi chez les 65 ans et plus. Ces observations sont confirmées par le fait que le nombre de personnes abstinentes après 50 ans diminue au fil du temps.

Ces données sont inquiétantes dans la mesure où une consommation excessive d’alcool est un contributeur majeur de mortalité, chez les sujets les plus âgés tout particulièrement. Toutefois, la mortalité ne représente qu’une partie de la problématique.  En effet, en cas de maladie grave (et c’est incontestablement le cas de l’alcool), il est important de considérer les années de vie « perdues » hors décès, c’est-à-dire les années pendant lesquelles la maladie ou un handicap altèrent très profondément la qualité de vie.

Il existe un critère mesurant cela, qui correspond au nombre cumulé d’années perdues en raison d’une mauvaise santé, d’un handicap ou d’une mort précoce : l’acronyme anglais est le « DALY ». 

L’alcool, et cela n’étonnera personne, est une cause majeure d’années de vie perdues selon la définition donnée précédemment, et les seniors ne sont pas épargnés : sur-risque de complications médicales graves, de fatigue chronique, de traumatismes et d’handicaps. L’âge avancé est un facteur de risque d’effets toxiques de l’alcool. 

POURQUOI SOMMES-NOUS PLUS SENSIBLES A L’ALCOOL EN VIEILLISSANT ? 

Tout d’abord, parce que l’alcool est métabolisé (c’est-à-dire dégradé) plus lentement à mesure que l’on vieillit. On considère par exemple, que le foie, qui est le principal organe du métabolisme de l’alcool, commence à vieillir significativement dès l’âge de 45 – 50 ans.   

De plus, le corps qui vieillit contient moins d’eau, ce qui modifie la diffusion de l’alcool dans les organes et les tissus. Comme l’alcool se disperse moins dans l’organisme, cela se traduit par des ALCOOLÉMIES PLUS ÉLEVÉES pour des consommations équivalentes. Cela veut dire que pour une même quantité d’alcool consommée, la concentration d’alcool dans le sang va être plus élevée et est donc plus toxique.

Donc, à partir d’un certain âge (impossible de déterminer une limite nette, mais très probablement dès la quatrième décennie), pour une même consommation d’alcool, il y a plus d’alcool circulant dans le corps et pendant plus longtemps.

Comme si cela ne suffisait pas, les médicaments sont contre-indiqués avec la consommation d’alcool alors même que les traitements médicamenteux sont plus fréquemment prescrits aux âges avancés. 

Tous ces facteurs augmentent bien sûr le risque de complications chez les sujets d’âge mûr. 

Parmi tous les effets négatifs possibles, nous parlerons aujourd’hui des complications osseuses.

Lorsque l’on vieillit, la résistance de notre squelette diminue lentement en raison de la survenue d’une ostéoporose. Il s’agit d’une maladie diffuse du squelette qui correspond à une diminution de la densité osseuse et à des altérations de la microarchitecture de nos os. Les os deviennent plus fragiles et se cassent plus facilement. Bien sûr, les os qui supportent le plus de charge et de contraintes sont les plus à risque : notamment le col du fémur. 

Essayez de deviner quel facteur de risque majeur d’ostéoporose justifierait d’être systématiquement dépisté et pour lequel il faudrait probablement intensifier la prévention ?

C’est bien sûr la consommation excessive d’alcool. L’alcool est un facteur aggravant formellement démontré et serait la cause de 20 à 30 % des ostéoporoses masculines. La ménopause favorise l’ostéoporose et les femmes doivent donc être encore plus vigilantes à leur consommation d’alcool après la ménopause. 

Par ailleurs, La consommation d’alcool favorise les troubles de l’équilibre et les chutes chez les seniors. Donc, nous voyons que l’alcool est moins bien épuré avec l’âge et qu’il persiste plus longtemps dans le corps. Il favorise la fragilité osseuse et les chutes. 

Pour l’ensemble de ces raisons, le risque de fracture est beaucoup plus élevé chez ses seniors qui consomment. 

Malheureusement, la chaine des complications ne s’arrête pas là. 

En effet, la consolidation d’une fracture dépend de la vitalité osseuse et la microcirculation sanguine. Or cette dernière est altérée par l’alcool et la consommation de tabac. Il faut aussi, si une chirurgie a été nécessaire, que les tissus mous autour de l’intervention puissent cicatriser rapidement et que la cicatrice ne s’infecte pas. 

Or, là encore, il est démontré de façon incontestable que la consommation d’alcool ralenti les cicatrisations et augmente les risques infectieux locaux (autour de la cicatrice) ou généraux (par exemple une septicémie ou une pneumonie).

Enfin, la consommation chronique d’alcool augmente après chirurgie la durée de séjour en Unité de Soin Intensif et donc tous les risques liés à ce type d’hospitalisation très « lourde ».

CONCLUSION

Donc, pour conclure, l’alcool est un facteur de risque de fragilité osseuse, de chute et de fracture. Ceci est surtout vrai chez les seniors. De plus, en cas de fracture, les capacités de guérison sont diminuées avec des risques importants de complications pendant le traitement et de séquelles plus fréquentes. Comme toujours avec l’alcool, a plupart de ces risques sont augmentés par le tabagisme.