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UNE INFORMATION MUSCLÉE, ou l’impact de la consommation excessive d’alcool sur les muscles et les bénéfices de la réduction de la consommation d’alcool.

Cet article du blog a pour objectif de donner des informations sur une complication de la consommation chronique d’alcool qui a la particularité d’être l’une des plus fréquente et pourtant la moins souvent diagnostiquée. 

L’alcool est un produit largement toxique pour le corps, avec plus de 60 maladies provoquées ou aggravées. Ce nombre augmente d’ailleurs progressivement car de nouvelles pathologies secondaires à l’alcool sont suspectées de temps à autre (par exemple en cancérologie, nous en reparlerons un jour).

La toxicité osseuse de l’alcool est largement documentée, de même que sa toxicité vis-à-vis des nerfs périphériques, surtout les nerfs des membres inférieurs qui sont les plus longs du corps et donc les plus fragiles. Les muscles représentent, avec les os et les nerfs, la troisième composante majeure de notre système de locomotion. Notre système de locomotion est ce qui permet le mouvement. Alors, l’alcool a-t-il un effet sur les muscles ?

L’alcool a-t-il un impact négatif sur les muscles ?

La réponse est oui et le problème est particulièrement important. Les muscles squelettiques sont ceux qui sont utilisés pour tous nos mouvements. Or on considère que l’atteinte des muscles squelettiques est très fréquente chez les malades d’alcool. Cette « myopathie » touche en effet 40 à 60 % des consommateurs chroniques. Pour comparaison, c’est 5 fois plus fréquent que la cirrhose qui est une maladie dont tout le monde a entendu parler. La myopathie alcoolique est, de loin, la plus fréquente de toutes les myopathies connues.

Une autre donnée est impressionnante : des biopsies musculaires ont été faites chez des malades d’alcool sans diagnostic de myopathie : dans près de la moitié des cas, il existait des anomalies de la structure musculaire. Donc l’atteinte des muscles une maladie très fréquente à laquelle il faudrait penser beaucoup plus souvent.

QUELLES SONT LES SIGNES DE CETTE MYOPATHIE ?

La forme la moins fréquente est la myopathie aigüe qui survient après un épisode de consommation importante, de type binge drinking par exemple. Les symptômes associent une faiblesse, une sensibilité musculaire, voire des douleurs. Les muscles touchés sont les muscles dits « proximaux », c’est-à-dire ceux qui sont proches du tronc : fessiers, cuisses, épaules. Cette myopathie n’est généralement pas diagnostiquée, car le lien n’est pas fait entre la consommation excessive d’alcool et les douleurs musculaires. Les symptômes, faiblesse musculaire, sensibilité ou douleurs musculaires, disparaissent totalement après 1 à 2 semaines d’abstinence.

La forme chronique est beaucoup plus fréquente. Elle touche aussi les muscles proximaux et se traduit par une faiblesse musculaire pouvant durer des semaines voire des mois. Les douleurs sont rares de même que l’atrophie musculaire qui est difficile à observer. Le symptôme majeur est la diminution de la force musculaire : cela entraine une diminution de la capacité à faire des exercices physiques à la fois « isotonique » (mouvements importants) et « isométrique » (contraction musculaire avec un mouvement minimal). De plus, certains patients peuvent se plaindre de troubles objectifs de la mobilité. L’alcool a aussi pour effet de diminuer la vitesse de récupération musculaire après effort. Ces effets négatifs sont dose-dépendant, c’est-à-dire que plus il y a d’alcool, plus il y a d’atteinte musculaire. 

L’ effet de l’alcool sur la myopathie alcoolique est cumulatif et donc cette pathologie myopathie surviendra d’autant plus que la consommation cumulée d’alcool aura été importante.

C’est pourquoi, il s’agit d’une maladie qui va plutôt se déclarer dans la tranche d’âge 40 – 60 ans, avec une répartition équivalente entre les femmes et les hommes. Globalement on peut retenir que plus il y a eu de consommation d’alcool sur la vie et moins la masse musculaire est de bonne qualité.

Il faut d’autant plus y penser qu’il existe d’autres complications de l’alcool, notamment une maladie alcoolique du foie. En cas d’atteinte du muscle cardiaque, pathologie nommée « cardiomyopathie », le risque d’avoir aussi une myopathie des muscles squelettique est supérieur à 80 %.

Quand il existe une myopathie chronique, des épisodes de forte consommation peuvent provoquer des poussées de myopathie aigüe. Ces épisodes se traduisent alors par des douleurs musculaires, une aggravation de la faiblesse musculaire et des urines foncées, qui traduisent l’élimination de résidus de fibres musculaires.  

CONNAIT-ON LES MECANISMES DE LA TOXICITE DE L’ALCOOL SUR LES MUSCLES ?

Tout d’abord, l’alcool consommé de façon chronique provoque une altération du statut nutritionnel (troubles nutritionnels, dénutrition), avec notamment un déficit protéique. Or, les protéines correspondent aux petites briques qui permettent de fabriquer la fibre musculaire. Donc, moins de protéines disponibles = moins de fabrication de muscle. 

Il faut aussi associer dans ce mauvais bilan nutritionnel, le déficit de certaines vitamines principalement des vitamines du groupe B et la vitamine D. 

Il y a par ailleurs une diminution dans les muscles de facteurs de croissance qui sont des produits qui stimulent la production de fibres musculaires.

Enfin, les muscles ont de plus en plus de difficultés pour consommer l’oxygène de façon optimale, l’oxygène étant un carburant essentiel de l’effort.

En permanence des cellules de notre corps meurent et sont remplacées par des nouvelles. Comme bien souvent avec l’alcool, sa consommation expose à une double peine. Nous venons de voir que la fabrication des nouvelles fibres musculaires était diminuée par plusieurs mécanismes. De plus, et c’est là la double peine, la destruction des fibres musculaires est accélérée chez les consommateurs excessifs d’alcool (liée à une inflammation chronique). 

Donc plus de destruction et moins de fabrication : cela aboutit à moins de volume et de force musculaire. 

Dans certains cas, il est possible d’observer des pertes musculaires importantes au niveau des cuisses, des fesses et des lombes, ce qui confirme bien l’atteinte des muscles qui sont proches du tronc.

EXISTE-T-IL UN TRAITEMENT PERMETTANT DE RECUPERER DE CETTE ATTEINTE MUSCULAIRE?

Actuellement, 3 mesures ont démontré leur efficacité.

La première est l’arrêt de l’alcool. C’est une bonne nouvelle, car cela signifie que les lésions qui peuvent être observées sur des biopsies musculaires sont potentiellement régressives. Une amélioration nette de la force musculaire est observée dans la première année suivant l’arrêt de l’alcool. La normalisation complète de la force musculaire est acquise après 5 ans d’abstinence. Pour ceux qui ne peuvent stopper l’alcool, une diminution importante permet aussi une amélioration, mais celle-ci sera moins complète et plus lente que chez les patients abstinents.

La deuxième mesure efficace est de veiller à avoir un apport nutritionnel équilibré apportant notamment suffisamment de protéines (les éléments constitutifs de base de la fibre musculaire) et une supplémentation vitaminique.

La troisième mesure est évidente : il faut faire des exercices physiques. Chez les patients ayant une myopathie alcoolique, comme chez les autres, l’exercice musculaire est ce qui permet la régénération et la prise de masse musculaire.  

En conclusion, la myopathie alcoolique est l’une des manifestations cliniques les plus fréquentes du trouble de l’usage de l’alcool. Elle est quasiment toujours méconnue alors qu’elle génère de nombreux effets négatifs. Cette myopathie est responsable d’une diminution de qualité de vie, mais elle reste réversible avec quelques mesures simples d’hygiène de vie. 

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QUE FAUT-IL PENSER DES RÉSULTATS DE GAMMA GT ?

La gamma GT (γGT), de son vrai nom gamma glutamyl transpeptidase, est une enzyme qui a été découverte dans les années 50. L’augmentation de son taux circulant (dans le sérum sanguin) a été rapidement associée à une consommation excessive d’alcool.

Maintenant encore, dire « j’ai un taux de γGT augmenté » est traduit par les proches, par beaucoup de médecins et par la justice par « trop d’alcool consommé ».

En effet, la γGT est une enzyme hépatique, et quand le foie souffre, il est souvent conclu que c’est secondaire à une consommation excessive d’alcool. Même si cela peut être vrai, il ne faut pas être systématique car il existe de nombreux organes, en dehors du foie, qui ont des concentrations de γGT importants, dont les reins, le pancréas, le cœur, le cerveau, les intestins, etc… Donc des maladies de ces organes peuvent se traduire par des taux augmentés de γGT, de même que d’autres causes de maladie du foie (une hépatite virale par exemple) et des maladies générales telle que l’obésité.

Point n°1 : on peut avoir des taux augmentés de γGT sans avoir un problème d’alcool

Par ailleurs, de nombreux chercheurs ont recherché les rôles et fonctions de la γGT. Cette enzyme a des fonctions très importantes puisqu’elle est impliquée dans la synthèse des protéines et a des actions anti-oxydantes. 

Cette enzyme est donc essentielle à notre santé et c’est en plus un anti-oxydant qui fonctionne vraiment (ce qui n’est pas forcément le cas des produits généralement vendus comme tels).

Point n°2 : la γGT est une enzyme essentielle à la vie 

Chez des personnes avec un problème d’alcool, la γGT est un marqueur indirect de consommation. C’est-à-dire que la γGT traduit l’irritation du foie face à l’alcool. Cela ne veut pas dire que tant que les γGT ne sont pas augmentées, il n’y a pas de risque et que l’on peut continuer à consommer de la même façon. On entend parfois en consultation : « tu vois bien que je ne bois pas, mes γGT sont normales ! ». 

Ce raisonnement ne tient pas. En effet, les taux de γGT sont volontiers normaux chez des personnes ayant des consommations irrégulières mais importantes et chez d’autres qui consomment quotidiennement des quantités modérées.

Dans ces deux cas, des conséquences graves peuvent survenir sans que des taux élevés de γGT aient été observés. Par exemple, il n’est exceptionnel d’observer une absence d’augmentation des γGT chez des patients avec une cirrhose du foie.

D’autre part, l’alcool est toxique pour quasiment tous les organes du corps et même s’il n’y a pas d’atteinte hépatique, cela ne signifie pas que le cœur, le cerveau, le tube digestif, etc… sont indemnes de toute atteinte.

Point n°3 : taux normal de γGT ne signifie pas une absence de toxicité de l’alcool sur le foie ou un autre organe

Généralement, en cas de consommation excessive d’alcool, l’augmentation des γGT n’est pas isolée et est au contraire associée à l’augmentation d’autres enzymes hépatiques et aussi à une augmentation de volume des globules rouges (Volume Globulaire Moyen = VGM). L’association de γGT élevées et de gros globules rouges oriente pour le coup nettement vers l’alcool.

Dans ce cas, il est important de stopper ou du moins de bien diminuer sa consommation en surveillant les taux de γGT. C’est là que l’intérêt de ce dosage prend toute sa valeur : c’est un élément de suivi très parlant pour le patient et le médecin.

Point n°4 : l’augmentation de γGT est volontiers associée à d’autres anomalies biologiques, en particulier du VGM. Une γGT élevée en raison d’une consommation excessive d’alcool est un excellent marqueur de suivi.

Parfois, malgré des efforts importants le taux de γGT ne se normalise pas. Qu’est-ce que cela signifie ? Plusieurs réponses sont possibles. 

Tout d’abord, la diminution de la consommation peut ne pas être suffisante. Si l’on passe de 2 bouteilles de vin par jour à une bouteille, cela représente un gros effort et il y a un bénéfice net pour la santé. Toutefois, rester à 1 bouteille, soit 7 verres (ou unités) par jour suffit à maintenir une forte toxicité pour le foie. 

Deuxièmement, même après abstinence totale les taux de γGT peuvent rester élevés. Votre médecin doit alors chercher une autre cause à cette anomalie. Il sera alors très important de maintenir une abstinence totale afin de ne pas s’imposer des bilans sans fins qui n’ont pas de raison d’être prescrits si des prises d’alcool persistent. 

Troisièmement, cela peut survenir quand le dosage est trop proche de la date de sevrage. Il faut en moyenne 2 à 6 semaines pour normaliser les taux de γGT, mais ce délai peut augmenter si le taux initial était très élevé (>1000 par exemple)

Point n°5 : Si la normalisation des taux de γGT ne survient pas après 2 à 3 mois d’abstinence, une autre cause (hépatique, cardiaque ou autre) doit être recherchée. 

Enfin, il existe 5 à 7 % des gens qui ont un taux de γGT qui est augmenté de façon isolée, sans aucune cause précise, et sans que cela se traduise par la moindre complication. 

Toutefois, cela reste l’exception et en cas de consommation d’alcool, il ne faut pas avoir des taux augmentés de façon chronique car cela signe un risque augmenté de complications (potentiellement graves) pour la santé.

Point n°6 : il faut éviter de « trainer » avec des taux augmentés de γGT sans avoir un bilan médical sérieux

En conclusion, même si le dosage de la γGT ne permet pas de faire des diagnostiques de certitudes, il peut est utile, en particulier pour le suivi en cas de taux initial augmenté. Ce dosage peut être le témoin de vos efforts et permettre de renforcer votre motivation à avancer. 

En cas de consommation chronique d’alcool, il ne faut pas être faussement rassuré par un taux normal qui ne représente qu’un reflet indirect de ce qui se passe dans le foie (et pas dans l’ensemble du corps). Si vous avez des taux augmentés, il faut faire votre possible pour que ceux-ci se normalisent afin d’éviter des complications au long cours.

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FEMMES, À ÉGALITÉ FACE À L’ALCOOL ?

Femme et alcool – épisode 1

On entend régulièrement dire que les femmes sont plus sensibles à l’alcool que les hommes. Ce qui voudrait dire qu’à quantité égale bue, il y aurait plus de toxicité pour une femme, ce qui semble paradoxal alors même que certaines normes de consommation sont identiques pour les 2 sexes (voir normes de Santé Publique France dans la page d’entrée).  

Est-ce une forme de stigmatisation de l’alcoolisme féminin lié à des représentations sociales d’un autre temps ou cela correspond-il à une réalité scientifique incontestable ? Il existe des éléments de réponses qui nous permettent de nous faire une idée plus claire sur l’existence ou non d’une différence de vulnérabilité féminine.

Il s’agit d’une question d’autant plus d’actualité que la différence de consommation entre les deux sexes tend à diminuer. Une différence nette de consommation n’existe que dans certains pays dans lesquels l’accès aux drogues (même légales) est plus difficile pour les femmes que pour les hommes. De plus l’écart femme homme a quasiment disparu chez les adolescents.

Pourtant, l’entrée dans le soin alcoologique reste plus compliqué chez les femmes avec souvent la peur d’être stigmatisée comme femme et/ou comme mère. C’est pourquoi, il est indispensable d’apporter des informations objectives pour permettre aux femmes consommatrices d’être renseignées au mieux et d’avancer.

FEMMES ET METABOLISME 

Tout d’abord, il est bien démontré que l’alcool circulant dans le sang dépend du poids corporel. Or, les poids moyen des femmes étant en moyenne plus bas, pour une consommation équivalente, les pics d’alcoolémies seront plus élevés chez les femmes avec comme conséquence une quantité d’alcool plus importante qui diffusera dans différents tissus. 

D’autre part, à poids corporel équivalent, une femme et un homme n’auront pas la même répartition d’eau (un peu moins) et de graisse (un peu plus) dans le corps. Cela signifie qu’à même dose d’alcool par unité de poids, les pics d’alcoolémies seront plus importants chez une femme que chez un homme.  

Troisième point métabolique à aborder. Il existe dans l’estomac des enzymes qui métabolisent l’alcool, ce qui permet de réduire la quantité absorbée. La concentration en enzyme est moins importante que dans le foie, mais joue néanmoins un rôle non négligeable. Or, ce premier métabolisme gastrique est plus efficace chez les hommes car ils ont plus de concentration d’enzymes. En d’autres termes, cela concourt aussi à provoquer des intoxications plus sévères chez les femmes à quantités consommées équivalentes. Enfin, pour clore ce chapitre, chez les femmes qui consomment de l’alcool de façon chronique, ce premier métabolisme est encore plus altéré et ne joue plus qu’un rôle minime dans l’épuration de l’alcool. 

FEMMES ET SYSTÈME DE RÉCOMPENSE

L’alcool, comme le tabac ou d’autres drogues, de même que certains comportements addictifs (tels que le jeu pathologique) agit sur notre circuit de la récompense et du plaisir. La stimulation de ce circuit est produite par la dopamine qui est, du coup, souvent qualifiée « d’hormone du plaisir ». Or, il existe de plus en plus de données qui suggèrent que l’action de la dopamine est modulée par des hormones ovariennes, notamment les estrogènes.

C’est une explication possible permettant de comprendre pourquoi les femmes ont tendance à progresser plus vite du début de la consommation jusqu’aux consommations excessives d’alcool et vers des problèmes liés à ces substances.

De même cela pourrait expliquer pourquoi certaines femmes ont des taux de rechutes très importants après avoir fait une démarche alcool. 

CONCLUSION

Pour conclure, il y a donc plusieurs arguments pour affirmer de façon claire qu’il existe une susceptibilité supérieure à l’alcool chez les femmes par comparaison aux hommes. On sait de plus qu’il existe pour nous plus de barrières spécifiques d’entrée dans le soin ; perception d’une stigmatisation plus importante, responsabilités de mère, faible support familial dans bien des cas. Tournons cette information à notre avantage et suivons l’adage suivant : 

PLUS À RISQUE DOIT SE TRADUIRE PAR PLUS DE VIGILANCE

Enfin, certaines des réponses données dans ce texte ne sont pas seulement vraie pour l’alcool, mais aussi pour d’autres produits psycho-actifs (tels que la cocaïne) : ce sera le sujet d’autres textes. Je reviendrai aussi sur d’autres spécificités concernant l’alcool et les femmes qu’il faut connaître pour gérer au mieux sa consommation.