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La confiance en soi

Les questions que l’on se pose face aux addictions sont souvent les mêmes que face à d’autres difficultés dans la vie, notamment : 

  1. Pourquoi ai-je ce problème ?
  2. Pourquoi je n’y arrive pas à m’en sortir ?
  3. Pourquoi les autres y parviennent mieux que moi ?
  4. Comment pourrais-je faire pour le résoudre ?

1°) Pourquoi ai-je ce problème ?

Concernant la première question, il n’y a parfois pas de réponse unique. Nous avons déjà parlé de l’impact de la génétique et de l’environnement. Mais il existe d’autres facteurs favorisants la survenue d’une dépendance : l’âge de début de la prise de produits ; certains traits de personnalité ; l’existence de troubles psychiatriques associés (par exemple l’anxiété, la dépression) ; les épreuves que nous vivons et bien d’autres facteurs individuels.

Ces facteurs concourent au développement de certains réseaux qui fonctionnent « trop bien » dans notre cerveau, c’est-à-dire qui réagissent de façon trop importante à différents produits, dont l’alcool.

2°) Pourquoi je n’y arrive pas à m’en sortir ?

La deuxième question devrait être formulée d’une autre façon. Elle devrait plutôt être : pourquoi je ne suis pas parvenu à m’en sortir « JUSQU’ICI». Ce n’est pas la même chose. En effet, ce qui est dit ici, c’est comment puis-je trouver des moyens, des techniques qui me permettent de m’en sortir, alors que la première version signifie : pourquoi suis-je condamné à ne pas m’en sortir. C’est totalement différent

Bien sûr, il faut du temps, parfois des années pour arrêter un produit ou pour réussir à en réguler la consommation. C’est pourquoi le fait de ne pas y être parvenu jusqu’ à présent ne signifie que cela est impossible, simplement que ça n’a pas encore été réalisé.

Il est indispensable de conserver l’espoir et l’envie d’y parvenir. Ce n’est bien souvent qu’une affaire de temps. Il faut un moment propice (qui se traduit parfois par un déclic) et les outils adaptés (soignants, groupes de pairs, blogs, etc…).

3°) À la question « pourquoi les autres y arrivent mieux que moi ? », la réponse est claire. Ils ont autant de difficultés. Chacun fait face comme il peut. Et celui qui semble y parvenir assez facilement en est peut-être à plusieurs années d’effort. Par ailleurs, vous pouvez rencontrer quelqu’un qui a réussi à stopper l’alcool assez facilement, mais qui ne parvient pas à arrêter de fumer alors qu’il souffre déjà de troubles respiratoires. Ne soyons donc pas toujours convaincu que les autres y arrivent mieux que nous, la plupart du temps, c’est faux.

4°) Comment pourrais-je faire pour le résoudre ?

La question la plus importante est plutôt : « comment puis-je faire pour avancer ». Il s’agit d’une question centrale qui a été largement étudiée par plusieurs équipes et la réponse la plus fréquemment rapportée est la suivante : il faut avoir confiance en soi. C’est généralement ce qui fait la différence entre ceux qui obtiennent des bons résultats et les autres.

LA CONFIANCE EN SOI EST ESSENTIELLE :

Pour se lancer. Commencer une démarche addictologique paraît souvent très dur : c’est faire face à une montagne qui semble vraiment difficile à gravir. Il est indispensable d’avoir confiance en soi pour oser commencer. On voit là une différence générale entre un esprit français et un esprit américain. Ces derniers se disent : si d’autres l’ont fait, je vais y arriver. Notre tendance habituelle est plutôt de douter de nous. Pour se lancer, pensons au fameux « yes, we can ! ».

Lorsque la décision d’avancer a été prise, il y a encore de nombreuses difficultés à vaincre. C’est dur d’arrêter l’alcool, il y a des envies, des moments de doute. Si on repense à la montagne, on est tenté de se demander si on n’en a pas choisi une bien trop haute ou difficile. Les questions qu’il faut se poser alors sont les suivantes : Ai-je déjà réussi des choses difficiles ? Combien de fois me suis-je trouvé devant des difficultés que j’ai réussi à vaincre ? 

Il vous faut chercher dans vos souvenirs d’études, de pratiques sportives, de travail. Avec le recul, cela paraît souvent assez simple, mais sur le moment, c’était très compliqué et cela vous paraissait insurmontable. Apprendre le code et passer le permis de conduire. Tout le monde dira que c’est assez simple, mais quand on y était, cela nous paraissait vraiment très compliqué. 

Nous avons tous des exemples de ce type en tête et il faut se les remémorer et se souvenir des efforts que nous avons su faire alors. On s’est dit : c’est vraiment dur, mais je vais y arriver car les autres l’ont déjà fait.

C’est en regardant ce qu’on a réussi que l’on arrive à augmenter sa confiance en soi.

La rechute. Une troisième situation qui se présente régulièrement est une rechute, ou du moins un dérapage. Beaucoup de patients sont désespérés par ces épisodes et se disent : je suis condamné à ne pas réussir. 

Mais avez-vous toujours tout réussi au premier essai ? Ce serait étonnant. Nous avançons tous en tâtonnant, en multipliant les réussites et les échecs.

Un basketteur a livré un jour ses statistiques. Il les a résumées de la façon suivante : « j’ai raté 9000 tirs dans ma carrière, j’ai perdu presque 300 matchs. 26 fois on m’a fait confiance pour prendre le tir la victoire et j’ai raté ».

Vu sous cet angle, cela ne semble pas très bon. En fait, il s’agit de Mickael Jordan, un des plus grands basketteurs de l’histoire. Il concluait ainsi : « j’ai échoué encore et encore et encore dans ma vie. Et c’est pourquoi j’ai réussi ».

Inutile de parler après Mickael Jordan !!

Pour résumer sous la forme d’un petit tableau :

Pour se lancerJe suis capable de le faire
Pour tenir quand c’est difficileJ’ai déjà réussi des choses aussi difficiles
Pour continuer lorsqu’il y a un dérapage ou une rechuteJe n’ai pas toujours réussi du premier coup, mais je suis capable de rebondir
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Parlons du tabac et particulièrement du tabagisme associé à une consommation excessive d’alcool ou à l’alcoolo-dépendance. Que pouvez-vous faire si vous êtes concerné ?

L’objectif de cet article est de parler du tabagisme, et plus particulièrement du tabagisme associé à la consommation excessive d’alcool. Il n’est pas possible de réfléchir au problème d’alcool sans avoir en tête le tabac. 

L’un des premiers arguments vient d’une étude américaine effectuée dans les années 80. Des chercheurs ont observé les causes de mortalité de patients alcoolo-dépendants neuf ans après un sevrage alcool. Ces auteurs ont montré un nombre important de décès chez les patients qui reconsommaient régulièrement de l’alcool. Mais plus important, la première cause de mortalité chez ces patients était le tabagisme. Dans cette étude concernant des malades alcoolo-dépendants, le tabac tuait plus que l’alcool !

Cette étude a été très importante, car à l’époque, les patients étaient suivis dans des unités différentes pour les problèmes d’alcool, de tabac ou de drogue. L’Addictologie et l’organisation de l’accompagnement au sein d’unités d’Addictologie telles qu’on les connait aujourd’hui n’existaient pas encore.  Ainsi, il était habituel de dire aux patients : « l’urgence pour votre foie est d’arrêter l’alcool ; pour le tabac vous verrez plus tard ». C’était une très mauvaise réponse, et nous savons maintenant que l’approche thérapeutique doit être globale, choisie en collaboration avec les patients en fonction de leurs demandes et besoins.

Pourquoi faut-il s’intéresser au tabac ? 

Si l’alcool est la deuxième cause de mortalité évitable, c’est parce que le tabac est la première cause de mortalité évitable. Il ne faut pas l’oublier, d’autant que la consommation de tabac est particulièrement fréquente chez les malades alcoolo-dépendants. En effet, 80 à 90 % des patients hospitalisés pour sevrage alcoolique fument, alors que le tabagisme dans la population générale est plutôt aux alentours de 30 %.

Donc, ne serait-ce qu’en raison de la plus grande fréquence du tabagisme, les malades d’alcool ont presque 3 fois plus de risque de faire des complications liées au tabac que les personnes qui n’ont pas de maladie d’alcool.

Par ailleurs, lorsque l’on additionne la consommation d’alcool et de tabac, les risques d’effets secondaires et de survenue de maladies ne s’additionnent pas mais se multiplient. En d’autres termes, cela signifie que l’association de l’alcool et du tabac a une toxicité beaucoup plus importante que la simple somme des toxicités de chacun de ces produits consommés séparément. Comme il s’agit d’un point très important, mais long à décrire, nous pourrons le développer plus précisément dans un autre texte, si certains d’entre vous sont intéressés.

Les risques d’une consommation mixte alcool et tabac sont doses-dépendants. Cela signifie que les risques augmentent donc avec les quantités doses consommées. Cela signifie que si l’on ne se sent pas capable d’arrêter de fumer immédiatement, il faut dans un premier essayer de diminuer sa consommation. C’est le même message que pour les consommations excessives d’alcool.

Pour ces deux produits : le moins, c’est le mieux. 

Comment faire ? Par exemple en évitant les « cigarettes-reflexes » que l’on fume simplement parce qu’elles sont disponibles. Bien sûr, lorsqu’il y a en permanence un cendrier sur la table, un paquet de cigarettes sorti avec un briquet à côté, cela stimule l’envie d’en allumer une. Il est arrivé à tous les fumeurs de penser : « pourquoi ai-je allumé cette cigarette, je n’en avais pas vraiment envie ». A l’opposé, lorsque l’on est occupé, sans paquet de cigarettes à portée de main, il est plus facile de moins fumer. 

De plus, si certaines cigarettes sont agréables, d’autres ne le sont nettement moins et il est donc possible de ne pas les allumer. C’est très rentable parce que cela représente un nombre important de cigarettes chaque jour. 

Pour vous aider, vous pouvez aussi utiliser la technique des 5 minutes. En quoi cela consiste ? Lorsque vous avez envie de fumer une cigarette, regardez votre montre ou mettez en route le minuteur de votre portable pour une durée de 5 minutes. Et l’allumez pas de cigarette avant la fin de ces 5 minutes. A la place, trouvez une occupation, et vous verrez que l’envie de fumer va parfois vous quitter. Cela vous permettra de rester une demi-heure ou peut-être une heure de plus sans fumer. C’est en accumulant ces petits efforts qu’il est possible de diminuer sa consommation. 

De plus, il existe pour le tabac une substitution nicotinique qui peut être une aide très précieuse. L’objectif de cette substitution est d’apporter de la nicotine en quantité suffisamment importante pour saturer les récepteurs nicotiniques du cerveau, c’est-à-dire les sites de fixation de la nicotine. 

Lorsque ces récepteurs sont suffisamment saturés, la nicotine provenant de la cigarette ne trouve plus de récepteur libre, ou très peu, et cela se traduit par une absence d’effet de cette nicotine amenée par la cigarette. Il n’y a donc quasiment plus de plaisir. Il ne reste que le goût de la cigarette qui est plutôt mauvais, même pour les fumeurs actifs, et une irritation de la gorge. 

Comme la nicotine est la molécule qui génère la dépendance au tabac, la substitution nicotinique permet donc d’éviter le manque et « tue » le plaisir de fumer. 

C’est pourquoi, les tabacologues considèrent qu’il faut augmenter la substitution nicotinique tant que les patients ont des envies de fumer. Une fois ces envies disparues, il est beaucoup plus facile de jouer sur les habitudes, les automatismes et les mauvais réflexes (cela reste quand même un gros travail).

Il existe plusieurs moyens d’être substitué en nicotine : principalement les patches, les gommes, les pastilles et la cigarette électronique (e-cigarette). Pour être complet, il existe aussi un médicament qui va se fixer aussi sur les récepteurs nicotiniques, la Varénicline. Là encore, la prise de ce traitement va se traduire par une disparition du « plaisir » de fumer, et le sevrage va donc être possible avec peu d’impression de manque. Nous nous permettons de citer ce traitement parce qu’il est actuellement le seul disponible avec ce mode de fonctionnement et que cette information ne correspond donc pas à de la publicité préférentielle.

Enfin, il faut insister sur le fait qu’il est tout à fait possible de faire un sevrage mixte alcool et tabac. D’ailleurs de nombreux patients le réclament, et contrairement à l’idée que l’on pourrait avoir, les freins viennent plutôt de soignants qui n’en ont pas l’habitude.

Pourtant, il est souvent plus facile d’arrêter les deux produits, car l’un appelle l’autre : plus d’envie de fumer lorsque l’on boit un verre d’alcool et plus d’envie de boire lorsque l’on fume. Du coup, la double abstinence offre plus de sécurité et diminue le risque de rechute pour chacun des deux produits. 

Cependant n’oubliez pas que si l’on ne se sent pas capable d’arrêter de fumer immédiatement, il est toujours possible d’essayer de diminuer sa consommation. C’est toujours mieux pour votre santé.

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GÉNÉTIQUE ET ALCOOL: EST CE DU GÈNE OU DE L’ENVIRONNEMENT ?

Il existe fréquemment des « concentrations  familiales » de consommation de produits psychoactifs, ce que l’on nomme parfois des généalogies à risque. Ainsi, des patients disent volontiers en consultation : « chez nous, on boit de père en fils ». 

Il est intéressant de savoir à quoi cela peut correspondre. Existe-t-il réellement d’une prédisposition génétique à la consommation d’alcool, ou s’agit-il simplement d’un mimétisme familial et/ou culturel. En d’autres termes, le comportement de ces patients est-il favorisé par l’environnement ou dicté par le patrimoine génétique.  

De nombreuses études génétiques ont été réalisées, en particulier concernant l’alcool, et il nous a semblé intéressant d’en rapporter quelques résultats. Tout d’abord, il est essentiel de préciser que ces études (et donc leurs résultats) ne concernent pas la consommation d’alcool en elle-même, mais le risque de DÉPENDANCE à l’alcool.

Trois résultats importants méritent d’être discutés

PREMIER RESULTAT : LE RISQUE DE DEPENDANCE AUGMENTE CHEZ LES FILS DE PERES DEPENDANTS

Pour avoir une idée de l’amplitude de ce risque, voici quelques chiffres :

Chez les hommes n’ayant pas de dépendance à l’alcool, la descendance masculine a 2 à 5 % de risque de développer une dépendance à l’alcool (selon les études).

Chez les hommes ayant une dépendance à l’alcool, la descendance masculine a 10 à 25 % de risque de développer une dépendance à l’alcool (selon les études).

Pour résumer simplement ces données, on dit généralement que le risque de dépendance chez un homme est MULTIPLIÉ PAR 5 si son père a été dépendant, par rapport à un père que ne l’aurait pas été. Pour les puristes des statistiques, il s’agit d’un abus de langage, mais cela a l’intérêt d’être clair et facile à comprendre. 

Les résultats chez les femmes sont moins importants, l’impact de la dépendance chez les parents semblant moins important que pour les hommes.

DEUXIEME RESULTAT : C’EST LA GENETIQUE ET NON L’ENVIRONNEMENT

Les résultats précédents ne démontrent pas une origine génétique, puisque le développement de la dépendance pourrait aussi être la résultante d’un mimétisme inconscient chez les enfants, en particulier les garçons qui imiteraient les habitudes de leurs pères. 

Pour faire la différence entre ces facteurs de risque génétiques ou liés à l’environnement, différents cas de figure ont été évalués. Des études effectuées chez des enfants adoptés permettent de comparer la survenue de dépendance chez des personnes en fonction du statut de dépendance ou non à l’alcool de leurs parents génétiques et adoptifs.

Par exemple, des enfants nés de parents dépendants à l’alcool mais adoptés et élevés dans une famille sans dépendance ont été comparés à des d’enfants nés de parents sans dépendance mais adoptés et élevés dans une famille avec dépendance à l’alcool.

Les résultats sont tout-à-fait clairs : c’est la dépendance des parents génétiques qui pèse le plus dans le risque de développer une dépendance plus tard. Il faut à nouveau d’insister sur le fait que cela ne concerne que la dépendance et non l’ensemble des consommations d’alcool, et donc une minorité de consommateur. Vous savez maintenant que la toxicité de l’alcool est dose-dépendante (relié donc aux quantités d’alcool consommées) et que des personnes non dépendantes peuvent développer des maladies graves liées à l’alcool. Ainsi, il a été montré dans une étude scientifique que la moitié des malades avec une cirrhose (du foie) grave ne répondaient pas à la définition de la dépendance.https://mydefi.life/2020/08/09/pas-de-dependance-a-lalcool-pas-de-probleme/

Pour revenir à la dépendance, l’influence des parents adoptifs va surtout avoir un retentissement sur l’âge de début de consommation d’alcool. Les premières consommations surviendront plus jeune s’il y a des habitudes de consommation chez ces parents adoptifs.         

De plus, ce risque n’explique pas seul l’évolution vers une dépendance. Celle-ci sera aussi influencée par des facteurs associés tels l’environnement culturel, les relations et amis, ainsi que type de produit psycho-actifs ou drogue habituellement consommé (cannabis, ou autres produits)

D’autre part, cette part génétique correspond à un risque accru et non pas à un élément définitivement inscrit en nous, comme la taille ou la couleur des yeux.  

TROISIEME RESULTAT : CE N’EST PAS UNE FATALITE

Le terme « génétique » évoque de prime abord des caractères définitivement fixés, comme la couleur des yeux, la forme des oreilles, la taille, etc… Mais la génétique conditionne aussi notre équipement en récepteurs cérébraux, en synthèse de neuro-médiateurs ou d’enzymes. Et c’est de cela dont il est question lorsque nous parlons de génétique et d’alcool. Cela signifie que le circuit de la récompense situé dans notre cerveau va être plus ou moins « réactif » selon son équipement biologique qui est lui déterminé par notre patrimoine génétique.

Nous pouvons donc avoir un équipement neuro-biologique à faible ou à plus fort risque de développer une dépendance à l’alcool. MAIS, cela ne signifie pas que certains d’entre nous sont CONDAMNÉS à devenir dépendant.

Tout n’est donc pas joué avec nos gènes et nous avons tous la possibilité de nous battre contre le risque de dépendance. 

Par contre c’est intéressant d’avoir une idée de notre risque génétique, en observant le comportement de nos parents et grands-parents. Une personne qui aurait plusieurs cas de dépendance à l’alcool dans ses ascendants (et frères et sœurs) est probablement à sur-risque de développer une dépendance à l’alcool. Dans ce cas, il faut consommer avec modération et être très vigilant sur une éventuelle perte de contrôle de sa consommation. De plus, en sachant que l’on est à risque, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide.

On voit que le risque génétique n’est plus dans ce cas une fatalité, mais au contraire un indicateur important s’inscrivant dans une optique de prévention.

De même, si vous avez développé une dépendance à l’alcool, il est important de savoir que votre descendance peut avoir un risque augmenté de dépendance. En les informant, vous leur permettez de diminuer ce risque. L’idéal est probablement de faire donner cette information par un addictologue, qui prendra le temps d’expliquer ce risque, mais aussi de dédramatiser cette annonce.

En conclusion, et pour répondre à question posée dans le titre, il existe un risque génétique clair de développer une dépendance à l’alcool. Il faut insister sur le fait qu’un risque lié à l’environnement peut coexister et s’associer au risque génétique.

Comme expliquer plus haut, il ne s’agit pas d’une fatalité. Au contraire, connaître ce risque génétique peut permettre permet d’adapter son comportement et de réduire ainsi la probabilité de développer une dépendance. 

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Quels bénéfices pouvez-vous attendre la modération des consommations d’alcool ou l’abstinence ? Après ce mois de janvier, février peut-il être un nouveau mois sobre ?

Pour de plus en plus de personnes, le mois de janvier est synonyme de sobriété : arrêt de toute consommation d’alcool ou du moins de diminution majeure de consommation.

Que peut-on attendre de ces efforts ? Bien sûr, cela va se traduire au long cours par une diminution de risque de survenue de nombreuses maladies et complications. Pour mémoire, l’alcool est responsable d’au moins 200 maladies et complications qui englobent des dommages aussi différents que la pancréatite chronique, la perte d’emploi, un trouble de l’érection.  

Mais, même s’il est réconfortant de limiter les risques de complications pouvant survenir dans 15 ans, il est motivant de constater la survenue rapide d’effets positifs qui vont nous encourager à poursuivre nos efforts. Et en effet, des effets positifs sont constatés dès les premiers jours.

Pour ceux qui avait une consommation sévère et qui l’ont stoppée, dès la première semaine, les signes de manque physique doivent disparaître. Il n’y a plus de sueurs ou de tremblements le matin, ni de nausées ou de vomissements. Il faut insister sur le fait que l’existence de ces symptômes est un indicateur de signe de dépendance physique et justifie de se lancer dans l’arrêt de l’alcool avec un aide médicale. En effet le sevrage en alcool lorsqu’il y a une dépendance physique peut exposer à des complications très dangereuses voire mortelles. Ces complications peuvent être évitées grace à une prescription adaptée et une surveillance médicale. Par ailleurs, si les symptômes cités persistent après 5 à 7 jours, ce n’est pas normal et il faut consulter.

De nombreux autres bénéfices surviennent dès les premiers jours et il est très important de les repérer car ils sont autant d’encouragements à poursuivre le travail commencé.

Physiquement

Nous avons déjà vu que la consommation excessive d’alcool donne volontiers des troubles du sommeil, avec notamment un sommeil moins récupérateur et donc une fatigue chronique. Ces signes sont rapidement réversibles et après 1 à 2 semaines d’abstinence, il y a déjà moins de fatigue et un meilleur réveil le matin. Pour une récupération totale, il faut parfois plusieurs mois, mais en finir déjà avec des réveils douloureux est une sacrée récompense.

Les troubles digestifs, qui sont fréquents en cas de forte consommation, disparaissent dès les premiers jours : arrêt des nausées quand il y en a, et éventuellement disparition des vomissements matinaux. Le transit avec des selles volontiers trop liquides (diarrhées ) revient en quelques jours à une consistance normale. Donc, très rapidement il y a l’impression que le corps fonctionne mieux et «sait se faire oublier».

Un autre effet positif important est lié à l’arrêt de la toxicité de l’alcool sur la peau. Parmi les nombreux effets négatifs cutanés de l’alcool, il peut y avoir une acné rosacée du visage, plus ou moins prononcée (avec des points rouges qui rappelle l’adolescence) et surtout une infiltration oedémateuse. Cette infiltration d’eau gonfle un peu le visage et certains patients se plaignent d’être « bouffis ». Enfin, on peut observer des modifications de cheveux qui deviennent plus fins et cassants. Dit comme ça, on voit bien que ces effets cutanés sont pénibles car ils touchent à notre image.

La bonne nouvelle, c’est qu’ils vont très vite diminuer et même disparaître en cas d’arrêt total de l’alcool. En quelques jours, le visage s’affine, la peau redevient lisse et le teint qui était brouillé s’éclaircit.

Psychologiquement

L’alcool provoque ou aggrave de nombreux problèmes psychologiques : manque d’envie ou d’élan, anxiété, stress, dépression. Là aussi, il faut du temps pour récupérer tout ce qui est lié à sa consommation, mais dès les deux premières semaines, l’amélioration est très sensible.

Quasiment tous les consommateurs témoignent après ce court délai qu’ils se sentent plus stable sur le plan émotionnel moins irritables, qu’ils ne sortent pas de leurs gonds pour un oui ou pour un non. Ils se sentent plus sereins face aux difficultés et du coup, sont plus à même et d’y faire face et de les aborder de manière adaptée.

Beaucoup nous disent : « sans alcool, je me remets la tête à l’endroit » ou « j’ai très largement amélioré ma qualité d’écoute et de compréhension ». Rapidement, les patients se rendent donc compte que l’ensemble de leurs compétences cognitives et intellectuelles reviennent à la normale. L’espèce de brouillard qui était responsable d’un flou intellectuel commence à se dissiper. Il lui faudra quelques semaines pour disparaître mais au bout d’un mois la récupération est déjà majeure.

Couple

Enfin, nous avons vu récemment que les couples dans lesquels il y a un des partenaires qui consomme, se comportent comme les couples avec conflits. Ceci se traduit par une qualité de vie altérée, avec disputes et irritabilité et dans leur sexualité par une vie sexuelle moins riche et moins satisfaisante. Plusieurs études montrent que l’arrêt de l’alcool chez le partenaire concerné permet au couple de revenir à une relation de couple mais aussi une intimité et une sexualité équivalente à celle des couples sans conflits. Là aussi, un bénéfice rapide est donc possible.

Quelques exemples

Voici quelques exemples, dans des champs différents, qui nous démontrent à quel point l’arrêt de l’alcool s’accompagne rapidement d’améliorations très sensibles. Chez les patients les plus sévères qui nécessitent un sevrage institutionnel, on a l’habitude de dire qu’après 10 jours d’abstinence, ils se sentiront avoir 10 ans de moins. Et c’est ce qui se produit le plus souvent, avec un visage rajeuni, une silhouette qui traduit plus de dynamisme. Surtout il faut insister sur le fait que non seulement les patients le ressentent, mais qu’en plus cela est perçu par leurs amis et leur famille :

« Tout le monde me dit que j’ai meilleure mine » 

« Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vu avec une telle forme »

« Tu as une sacrée pêche ces temps-ci ».

Si vous être parvenu à stopper votre consommation durant ce mois de janvier, il y a fort à parier que vous avez entendu ce genre de compliment élogieux.

Qu’est-ce que cela implique ?

Vous allez mieux et vous allez continuer à vous améliorer pendant encore quelques semaines ou voire quelques mois. Donc, votre mission est simple : il faut vous appuyer sur ces bénéfices pour vous donner le courage de continuer vos efforts.

Pour ceux qui ne souhaitaient pas être totalement abstinent, allez vers une consommation la plus basse possible et vous ressentirez aussi les changements bénéfiques que nous avons évoqué… et probablement bien d’autres car ce texte n’a pas vocation à être exhaustif.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de remplir les objectifs qu’ils s’étaient fixés pour janvier, la suite est claire : il faut se venger sur février ! Chaque mois de l’année est une opportunité de mois sobre.

Il existe une petite maxime dont il faut de temps en temps se souvenir : lorsque le plan A ne marche pas, ce n’est pas dramatique… il reste encore 25 lettres dans l’alphabet !

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Sexe et alcool : que faut-il arrêter ?

Quand les consommations excessives ne sont plus d’actualité, quels sont alors les bénéfices sur la sexualité ?

Nous avons déjà vu dans un texte précédent que la consommation excessive d’alcool favorisait les dysfonctions sexuelles. Dans les études effectuées chez des patients hospitalisés pour un sevrage d’alcool (arrêt de l’alcool chez des patients dépendants avec une surveillance médicale en hospitalisation), il apparaît qu’au moins 70 % d’entre eux avaient souffert de dysfonctions sexuelles l’année qui précédait l’hospitalisation. Les difficultés résultaient de l’atteinte d’au moins l’une des trois dimensions clés de la sexualité c’est-à-dire le désir, l’excitation ou la capacité à atteindre l’orgasme. Très souvent, plusieurs dysfonctions sexuelles étaient associées. Chez les hommes, une baisse de désir sexuel et une dysfonction érectile (manque de rigidité) pouvaient être associés, chez d’autres hommes, une éjaculation prématurée et une dysfonction érectile peuvent être présentes. Chez les femmes, cela pouvait être l’association d’une baisse de désir, d’une sécheresse vaginale occasionnant des douleurs pendant les relations sexuelles et d’une difficulté à atteindre l’orgasme. 

Lorsqu’il une consommation excessive d’alcool associée ou non à une dépendance à l’alcool, la grande fréquence des dysfonctions sexuelles est mise en évidence à la fois chez les hommes et chez les femmes.

Ces troubles sexuels ont un impact important sur la qualité de vie individuelle mais aussi conjugale.

UNE FOIS SOBRE,

on peut donc se demander ce qui se passe après arrêt de sa consommation. Grâce à plusieurs études faites sur ce sujet, nous avons des réponses assez précises à donner. 

Globalement, l’abstinence s’accompagne d’une amélioration portant sur les trois dimensions de la sexualité déjà citées, soit le désir, l’excitation (érection ou lubrification vaginale) et l’orgasme. 

Chez l’homme, l’évolution de la dysfonction érectile a été particulièrement étudiée car ces troubles sont évalués par des critères physiques objectifs plus simples à mesurer : rigidité suffisante pouvant permettre la pénétration ou insuffisante. Pour donner un ordre de grandeur, il a été montré que l’abstinence permettait de diviser par 10 la fréquence des troubles de l’érection chez des patients gros consommateurs d’alcool. Il s’agit donc d’une diminution particulièrement significative.

Les autres dysfonctions s’améliorent aussi, mais généralement de façon moins spectaculaire ou avec une évaluation plus subjective, tant chez l’homme que chez la femme. Pour ces dernières par exemple, il a été montré une augmentation du désir, une plus grande capacité à être excitée et surtout une augmentation de la capacité à atteindre l’orgasme lors d’une relation sexuelle. 

DANS QUEL DÉLAI ?

Ces résultats sont très positifs, mais il faut préciser que ces récupérations demandent un certain délai. Une semaine après l’arrêt de l’alcool, il ne faut pas espérer une récupération totale des troubles dont on pouvait souffrir. Les données disponibles stipulent qu’une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool. 

Attention, il ne s’agit toutefois pas d’une loi absolue pour plusieurs raisons :

  • Tout d’abord, certaines fonctions peuvent mettre plus de temps à rétablir. Cela va dépendre de l’ancienneté des troubles, du degré de sévérité et des conditions, du contexte dans lequel l’abstinence ou la sobriété survient. Si les troubles sont sévères, le temps nécessaire à une bonne récupération sera forcément supérieur.
  • Deuxièmement, il est possible que les dysfonctions sexuelles aient d’autres facteurs favorisant que la consommation d’alcool. Nous pouvons citer par exemple le tabagisme ou la prise d’une autre drogue, certains traitements médicamenteux, une maladie vasculaire, un diabète sévère, etc…
  • Parfois ce sont des traits de personnalité et des facteurs émotionnels qui vont pérenniser les troubles sexuels. Ainsi, l’anticipation de « l’échec », que les sexologues appelent anxiété de performance, peut favoriser l’absence ou la perte d’érection. De même, l’appréhension de la douleur peut altérer le désir et l’excitation sexuelle, favoriser les tensions corporelles et la contraction des muscles du périnée, tout cela favorisant les douleurs lors des relations sexuelles.
  • Enfin, la qualité de la relation de couple joue un grand rôle :  les habilités sexuelles de l’un et de l’autre, l’existence de dysfonctions sexuelles chez le (ou la) partenaire, les habilités relationnelles, la qualité de la communication, la présence d’interprétation erronées sur l’origine des troubles etc…
  • Voici quelques exemples d’interprétation erronées : « mon compagnon n’a pas d’érection , c’est qu’il ne me désire pas, ou qu’il me trompe ». Or en fait les troubles de l’érection peuvent tout à fait survenir quand le désir est bien présent et en l’absence de toute relation extra-conjugale. 

Ainsi, si une dysfonction persiste après l’arrêt de l’alcool, il faut en parler à son médecin pour qu’il puisse rechercher une maladie associée. 

En pratique clinique certaines récupérations sont beaucoup plus lentes et un retour à une sexualité satisfaisante ne survient qu’après 9 ou même 12 mois. Certaines dysfonctions sexuelles peuvent persister en l’absence d’approche spécialisée en médecine sexuelle ou sexologie, même si, comme nous l’ avons dit précédemment, une normalisation survient en moyenne dans les 3 premiers mois suivant l’arrêt de l’alcool.

IMPACT SUR LA VIE DE COUPLE ET LA QUALITÉ DE VIE:

Cette amélioration des fonctions sexuelles se traduit le plus souvent par une vie de couple plus harmonieuse. Ainsi, il a été démontré que lorsqu’un partenaire qui avait une consommation excessive d’alcool devient abstinent, l’intimité sexuelle du couple redevient généralement normale et comparable à celle de couple n’ayant jamais connu l’alcool.

Donc, même si un certain délai est nécessaire, un retour à la normale est tout-à-fait possible. La vie intime du couple redevient satisfaisante et dans la mesure où il s’agit d’un élément important de la qualité de vie en général, cela contribue à améliorer celle-ci.

UN EFFET DÉLÉTÈRE DU SEVRAGE SUR LA SEXUALITÉ EST-IL POSSIBLE ? 

Tous ces résultats sont positifs mais il faut toutefois amener une réserve. En effet, il peut arriver que le sevrage alcoolique provoque, en particulier chez les hommes, des dysfonctions sexuelles transitoires alors qu’il n’existait aucune plainte auparavant. Il peut s’agir de troubles du désir et/ou de l’excitation (troubles de l’érection). Cela peut être très perturbant pour les patients qui se demandent s’il s’agit d’un trouble transitoire ou non. De plus, cet effet secondaire (tout de même rare) du sevrage est parfois un facteur de risque de rechute. En fait, après quelques semaines au maximum, les fonctions sexuelles reviennent à la normale. Pas de panique, ça va revenir et souvent même en mieux. 

Si un tel trouble survient, il est fondamental de ne pas s’affoler et de ne pas rajouter à l’effet du sevrage un stress de la performance.  Et si besoin, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant afin de faire le point, avoir une aide pharmacologique (traitement médicamenteux) ou être adressé à un sexologue. 

Enfin, chez certaines personnes l’absence d’alcool ou de drogues peut révéler des difficultés sexuelles. Une accompagnement en sexologie est alors indiqué pour ne plus avoir besoin de produits pour vivre la sexualité.

QUEL EST L’IMPACT D’UNE DIMINUTION DE LA CONSOMMATION D’ALCOOL ?

L’impact d’une diminution de consommation d’alcool sur les fonctions sexuelles est mal connu. Toutefois, il est bien démontré qu’il existe un lien direct entre l’importance des quantités consommées et l’importance des troubles sexuels. 

Par exemple, chez l’homme, la qualité de l’érection (taille et dureté du pénis permettant la pénétration) est diminuée de façon dose-dépendante : c’est-à-dire que plus il y a d’alcool et moins il y a de rigidité pénienne.

On peut donc spéculer que moins il y a d’alcool et moins il y aura de dysfonction sexuelle. C’est d’ailleurs conforme à ce qui est régulièrement observé en consultation. 

Il est assez simple DE CONCLURE CE TEXTE : pour retrouver une bonne qualité de vie sexuelle et harmonieuse il faut aller vers une consommation d’alcool la plus basse possible voire une abstinence totale lorsque le contrôle des consommations d’alcool est impossible. 

Vous sentirez la différence… votre partenaire aussi !

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Alcool : ses effets sur la sexualité

Il existe une relation complexe entre l’alcool et la sexualité. Certains effets positifs sont ressentis et parfois même recherchés. Les effets négatifs sont malheureusement bien plus nombreux et souvent méconnus. D’autre part, l’impact de la consommation d’alcool va différer en fonction de la quantité consommée et du mode de consommation qui peut être ponctuel (aigu) ou chronique.

Consommation ponctuelle d’alcool

La consommation occasionnelle d’alcool est souvent présente lors des rencontres et des premières relations sexuelles avec un(e) partenaire. L’effet désinhibiteur de l’alcool aide certaines personnes à surmonter les difficultés à aller vers l’autre et entreprendre une démarche de séduction. C’est vrai à tout âge mais tout particulièrement chez les adolescents et les adultes jeunes. Cet effet désinhibiteur peut difficilement de ne pas être considéré comme un effet positif.  

De plus, l’alcool a la réputation d’avoir un effet aphrodisiaque et de favoriser la sexualité. Cependant, cela ne reflète pas la réalité. En effet, des études particulièrement intéressantes ont été menées chez des volontaires (sans consommation excessive d’alcool). Les participants jeunes et en bonne santé buvaient des boissons avec ou sans alcool, visualisaient ensuite des images pornographiques avec une évaluation objective de l’excitation sexuelle. Tout l’intérêt de cette étude est que certains volontaires croyaient consommer une boisson alcoolisée et ne recevaient qu’un cocktail sucré, tandis que d’autres buvaient un cocktail annoncé sans alcool alors qu’il s’agissait d’une boisson alcoolisée. 

Les résultats de ces travaux montrent que les participants qui pensaient avoir bu de l’alcool déclaraient être plus excité (plus d’excitation subjective c’est à dire ressentie) alors même que la consommation d’alcool avait diminué l’excitation objective (mesurée par des capteurs de pressions génitaux). Ainsi, l’anticipation de la consommation et la perception subjective des effets de l’alcool sont plutôt positives alors qu’en réalité l’effet objectif sur l’excitation est négatif.

En résumé, l’alcool peut favoriser la rencontre et le désir, mais diminue de façon objective l’excitation. Quand on parle d’excitation, il s’agit de l’érection chez l’homme et la lubrification vaginale chez la femme. 

Shakespeare a illustré cette discordance entre le mythe et la réalité des effets de l’alcool dans sa pièce MacBeth (Acte 2, scène 3) presque 400 ans avant les études que nous avons citées dans le paragraphe précédent : « it provokes the desire but it takes away the performance ».

Bien résumé ! 

Dernière précision d’importance, l’impact négatif de l’alcool est dose-dépendant. En effet, la sexualité est d’autant plus altérée que la quantité d’alcool consommée est importante. 

La consommation chronique alcool est aussi très toxique sur la sexualité puisqu’elle se complique d’une baisse du désir sexuel, d’une diminution de l’excitation (érection, lubrification vaginale) et d’une difficulté à atteindre l’orgasme. Ces complications concernent les hommes comme les femmes et ont été mise en évidence par de nombreuses études faites dans différents pays.  

Même si les troubles de l’érection sont plus souvent étudiés dans ces études, c’est bien sûr en tenant compte de l’ensemble des dysfonctions provoquées par l’alcool que l’on peut comprendre les difficultés sexuelles survenant chez des consommateurs excessifs. 

Une toxicité multifactorielle

Les facteurs à l’origine de la toxicité de l’alcool sur la sexualité sont multiples. Des problèmes psychologiques et relationnels sont souvent présents mais aussi des mécanismes physiologiques : principalement des troubles vasculaires, neurologiques et hormonaux. 

Les prises en charge sont donc complexes, mais s’inscrivent complètement dans la vision intégrative actuelle de l’approche diagnostique et thérapeutique en sexologie. Dans le schéma ci-dessous, on voit clairement que la sexologie s’intéresse à toutes les dimensions impliquées  dans la fonction sexuelle : les facteurs biologiques, le milieu socio-culturel, les habiletés relationnelles, psychologiques.

Hatzichristou et al. Diagnosing Sexual Dysfunction in Men and Women: Sexual History Taking and the Role of Symptom Scales and Questionnaires. J Sex Med. 2016 

Associée à l’approche sexologique, une démarche alcoologique doit être associée. C’est pourquoi le dépistage systématique d’une consommation excessive d’alcool est essentielle. Cela peut se faire rapidement à l’aide de 2 questions : 

1) À quelle fréquence consommez-vous des boissons alcoolisées ? (en suggérant des fréquences éventuellement pour obtenir des réponses précises : par exemple, « tous les jours »,  « 2 à 3 fois / semaine », « 1 à 2 fois par mois »)

2) Quelle quantité d’alcool consommez-vous les jours où vous buvez de l’alcool ? (En suggérant aussi, si nécessaire, un nombre de verres ou de bouteilles) 

Si la quantité vous semble importante, n’hésitez pas à adresser la personne qui consulte à un service ou un confrère spécialisé. Lorsque cela est difficile ou que les délais sont importants, vous pouvez aussi conseiller des outils de e-médecine ainsi que cela a été rappelé par la MILDECA (Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et les Conduites Addictives). L’outil actuellement le plus avancé en France est l’application MyDéfi. MyDéfi aide les consommateurs d’alcool à réduire leur consommation de manière autonome grâce à un coaching discret et anonyme qui s’ajuste à leurs progrès au quotidien. Les utilisateurs constituent un agenda de consommation, recoivent des messages d’information et des conseils sur mesure adaptés à leurs consommations et leur évolution.  

Pourquoi parler de cette problématique maintenant ? Parce que le mois de janvier est dédié à la diminution, voire l’arrêt de toute consommation de boissons alcoolisées (vous avez probablement entendu parler de dry january, janvier sec ou de janvier sobre). Plusieurs groupes se mobilisent actuellement en France pour informer le public sur les normes de consommations proposées par Santé Publique France (2 verres par jour maximum et des jours sans alcool chaque semaine) et pour motiver des changements de comportement. Vous pouvez par exemple visiter le site de « Janvier Sobre » pour vous renseigner sur leur action et les messages dispensés. https://janviersobre.fr

Pour conclure, la consommation aigüe et surtout la consommation chronique d’alcool sont de grandes causes de dysfonctions sexuelles. Le repérage est indispensable car la diminution, voire l’arrêt de la consommation d’alcool est une étape essentielle pour espérer l’amélioration des symptômes sexuels.

Enfin, l’application MyDéfi peut apporter une aide alcoologique aux consommateurs excessifs qui ne sont pas suivis par des soignants spécialisés.

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ON SE PRÉPARE À FAIRE LA FÊTE !

Après la période des fêtes de fin d’année, nous voyons en consultation de nombreux patients qui étaient abstinents et qui ont rechuté pendant cette période. Il s’agit bien sûr d’une période à risque, même si cette année va (malheureusement) rendre les échanges festifs plus difficiles et peut-être ainsi diminuer les risques de re-alcoolisation.

Quoiqu’il en soit, c’est le bon moment de se remémorer quelques conseils de base. Ces conseils sont donnés par les soignants aux patients mais aussi souvent expliqués par les patients à leurs soignants (échange de bons procédés !). Vous avez probablement plein d’autres tours dans votre sac. Voilà l’occasion de vous en rappeler.

1°) COMMENT SE PRÉPARER AUX FÊTES DE FIN D’ANNÉE? 

Tout d’abord, il est important d’anticiper comment se comporter pendant les soirées de fêtes. Chaque personne abstinente sait généralement comment faire pour ne pas boire à condition de se préparer en amont. 

Il faut par exemple fignoler sa « phrase-type » pour refuser un verre d’alcool, et bien la répéter pour être capable de la dire de façon naturelle et réflexe. Même si nous devrions être en petit comité cette année, il n’est pas impossible de s’entendre dire quelque chose dans le style de: « ben, tu ne bois rien ? » « Ce soir, c’est pas pareil ! » « Pour une fois, ça ne peut pas faire de mal ! ».

Il faut être prêt à répondre du tac au tac, naturellement et sans la moindre gêne. Si vous vous sentez encore un peu fragile : répétez comme les grands acteurs.

Vous pouvez aussi amener des boissons sans alcool pour pouvoir faire la fête, afin de boire ce que vous aimez, sans prendre de risque. Il faut surtout éviter les soirées traquenards au cours desquelles il est quasiment impossible de ne pas boire.

Il peut être utile enfin de pouvoir anticiper les conséquences de son comportement : c’est-à-dire de ressentir par avance la fierté d’avoir passé ce moment délicat sans re-consommer ; ou au contraire la déception d’avoir craqué. 

2°) COMMENT BIEN GÉRER SA SOIRÉE ?

Il faut se dire que ce n’est pas plus dur qu’un autre soir. Vous avez déjà tenu et vous savez donc comment gérer.

Si vous êtes tenté pendant la soirée, n’oubliez pas qu’une envie, ça passe vite. Surtout, pensez à quel point vous serez heureux le lendemain matin. Vous vous direz alors, avec fierté, que vous avez super bien géré votre Noël ou votre jour de l’an !

Il faut être sûr de soi avec un verre d’eau pétillante ou de boisson non alcoolisée à la main : ce n’est pas une tare de ne pas boire d’alcool. Il n’y a donc aucune raison de se sentir mal à l’aise ou complètement inadapté.  

3°) QUE FAIRE APRÈS ?

En cas de consommation, il est indispensable de revenir immédiatement à l’abstinence. Par exemple, en cas de re-consommation à Noël, il ne faut surtout pas remettre ça au jour de l’an. Surtout ne pas se leurrer, la première re-consommation se passe souvent bien. On peut volontiers se dire : « en fait, j’ai géré, je n’ai bu que 2 verres ». Attention, c’est un leurre et ça se dégrade très vite après. Donc il faut un retour immédiat à zéro, mais restez optimiste : si on est vigilant, un coup de canif dans le contrat n’est pas égal à une rechute. 

Au moindre doute, contacter un soignant et, si possible, faites-vous aider par des proches. Trop souvent, les patients n’osent pas revenir en consultation : ils attendent que « ça aille mieux ». C’est une très mauvaise idée. Il faut consulter au moindre doute. Ne ressentez pas de honte et n’ayez pas la crainte de déranger.

Voilà quelques pistes de réflexion pour vous aider dont certaines ont été soufflées par des patients heureux de leur abstinence.

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Gamma GT : quelques informations complémentaires

Le petit texte parlant de la gGT a suscité de nombreux commentaires ainsi que des questions. Ce n’est pas étonnant dans la mesure où ce dosage est souvent considéré comme un « gold standard » indiscutable et qu’il est largement connu et utilisé. 

Il n’est donc pas inutile de repréciser quelques points. 

Tout d’abord, une augmentation des taux de gGT chez quelqu’un qui consomme trop d’alcool est une information qui est très UTILE pour 2 principales raisons :

1°) Premièrement, cela démontre que la consommation est au-delà de ce que peut supporter le foie et que celui-ci est, en quelque sorte, en surchauffe. Si le foie commence à être dépassé par la consommation d’alcool, il est tout à fait possible que d’autres organes soient aussi irrités par l’alcool. Ainsi, cette augmentation de gGT est un signe sentinelle qui alerte le consommateur sur son comportement. 

A l’opposé, certaines personnes ayant des consommations importantes conservent très longtemps des taux normaux et faussement rassurants de gGT. On peut considérer qu’elles ont moins de chance que les premières, car l’absence d’un signal d’alarme peut les conforter dans leur comportement à risque et augmenter le risque de voir survenir des complications.  

2°) Deuxièmement, un taux élevé de gGT permet de suivre l’évolution de sa consommation et surtout de sa baisse de consommation. Cela donne un objectif à atteindre : arriver à normaliser le dosage. De plus, à chaque fois que le taux diminue, cela confirme que l’on va dans la bonne direction. 

Pour ces deux raisons, avoir un bilan perturbé peut aussi représenter une opportunité de progresser.

La diminution possible du taux de gGT amène naturellement la question suivante : en combien de temps mon bilan va-t-il se normaliser ? Et que signifie une absence de normalisation ?

Généralement, la normalisation du taux de gGT survient en 6 voire 8 semaines en cas d’arrêt total de la consommation d’alcool, parfois moins. Entre parenthèse, un arrêt total de la consommation est une bonne idée quand il existe des anomalies biologiques, au moins jusqu’à la disparition de celles-ci.

Après ce délai, 2 possibilités :

1°) Le taux est proche de la valeur normale, qui est indiquée sous forme d’une « fourchette » sur le bilan avec une limite basse et une limite haute : par exemple Nl : 45-70 UI/l. À traduire par la valeur normale est comprise entre 45 et 70 unités internationales par litre. Si le taux est proche de la normale, il suffit de se laisser un peu de temps en plus (2 semaines de plus par exemple) pour voir le bilan se normaliser.

2°) Votre taux de gGT reste élevé alors que vous ne buvez pas (ou que vous ne buvez plus depuis plusieurs mois).

Cela signifie alors qu’il existe une autre cause d’augmentation de ce dosage. Vous pouvez être totalement sûr de vous et vous n’avez aucune raison de ressentir le moindre doute ou malaise face à ce résultat.

Pour le plaisir d’être exhaustif, vous avez un tableau qui vous donne les principales causes d’augmentation des gGT (surtout ne l’apprenez pas par cœur !). 

Sachez enfin que les valeurs normales qui sont proposées pour TOUS les examens biologiques sont calculés pour correspondre à 95 % de la population et que donc certains d’entre nous ont des résultats qui, sans que cela traduise une maladie, sont un peu différents de la majorité de nos contemporains : 2,5 % des gens ont des résultats en dessous et 2,5 % ont des résultats au-dessus des valeurs de la « fourchette » de normalité. 

C’est la même chose avec la taille : il existe des personnes qui mesurent plus de 2 mètres. C’est rare et cela sort des 95 % habituels, mais ce n’est pas une maladie !

Principales causes extra-hépatiques d’augmentation du taux de gGT

Au décours d’une chirurgie
Nombreux médicaments
Diabète sucré
Obésité et hyperlipidémie
Bronchite chronique obstructive
Toxiques, tels que pesticides, arsenic
Hyperthyroïdie
Certaines maladies articulaires
Angine de poitrine, insuffisance cardiaque
Maladie musculaire
Atteinte cérébrale ou du système nerveux périphérique
Certaines atteintes rénales
Certains troubles mentaux

Comme vous le voyez les causes sont très diverses. Sachez aussi que les plus fréquemment diagnostiquées sont sans gravité. Si vous considérez que d’autres précisions méritent d’être apportées, n’hésitez pas à le demander et nous y répondrons.  

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CRAVING : un second questionnaire pour mieux comprendre

2de partie du questionnaire « craving » : 

évaluer les ENVIES COMPULSIVES DE BOIRE

Nous avons déjà discuté du fait que le craving est complexe à définir et représente par ailleurs une expérience très personnelle qui peut différer selon les individus. C’est pourquoi les questionnaires permettant d’évaluer le craving ont plusieurs questions qui tentent de cibler les différentes composantes de celui-ci.

Dans le questionnaire que nous vous proposons, il existe deux grandes parties. 

La première vous a été proposée vendredi dernier comporte 6 questions qui permettent d’évaluer les PENSÉES OBSÉDANTES, ce qui, bien sûr, représente un élément majeur du craving.

Dans ce texte, vous avez 8 questions supplémentaires qui ont pour objectif d’évaluer les ENVIES COMPULSIVES DE BOIRE.

Il est important de préciser à nouveau qu’il n’existe pas de limite définie entre un état normal et un état pathologique. Ce qui semble le plus intéressant est de voir quel type de questions on peut se poser pour mieux comprendre et verbaliser ce que l’on ressent. Ce questionnaire dans sa version complète est celui qui est généralement utilisé pour évaluer le craving et son évolution dans les essais scientifiques. Par exemple, l’effet anti-craving des médicaments est évalué avec ce questionnaire.

Les autres questionnaires de craving disponibles sont tous composées de questions similaires. Nous avons déjà cité une caractéristique du craving qui est de pouvoir survenir dans des circonstances et/ou des moments où on ne l’attend pas. Ce critère est intéressant mais n’est actuellement retenu dans aucun des questionnaires validés disponibles.

Voici les 8 questions complémentaires :  

Q7 Combien de verres de boissons alcooliques buvez-vous par jour? 

0       Aucun

1       Moins d’un verre par jour 

2       De 1 à 2 verres par jour

De 3 à 7 verres par jour

4 8 verres ou plus par jour 

Q8 Combien de jours par semaine buvez-vous de l’alcool? 

0       Aucun 

1       Pas plus d’un jour par semaine 

2       De 2 à 3 jours par semaine 

3       De 4 à 5 jours par semaine 

4       De 6 à 7 jours par semaine 

Q9 A quel point votre consommation d’alcool interfère-t-elle avec votre activité professionnelle? Existe-t-il des choses que vous ne faites pas ou ne pouvez pas faire à cause de cette consommation? (Si vous ne travaillez pas actuellement, à quel point vos capacités professionnelles seraient-elles affectées si vous travailliez?) 

0       Le fait de boire n’interfère jamais – je peux fonctionner normalement 


1       Le fait de boire interfère légèrement avec mon activité professionnelle mais l’ensemble de mes capacités n’en est pas affecté


2       Le fait de boire interfère de manière certaine avec mon activité professionnelle, mais je peux m’en arranger 

3       Le fait de boire affecte de façon importante mon activité professionnelle 


4       Les problèmes d’alcool bloquent mes capacités de travail 


Q10 A quel point votre consommation d’alcool interfère-t-elle avec votre activité sociale? Existe-t-il des choses que vous ne faites pas ou ne pouvez pas faire à cause de cette consommation? 

0       Le fait de boire n’interfère jamais – je peux fonctionner normalement 


1       Le fait de boire interfère légèrement avec mes activités sociales, mais l’ensemble de mes capacités n’est pas affecté


2       Le fait de boire interfère de manière certaine avec mes activités sociales, mais je peux encore m’en arranger 

3       Le fait de boire affecte de façon importante mes activités sociales 


4       Les problèmes d’alcool bloquent mes activités sociales 


Q11 Si l’on vous empêchait de boire de l’alcool quand vous désirez prendre un verre, à quel point seriez-vous anxieux ou énervé? 

0       Je n’éprouverais ni anxiété ni irritation 


1       Je ne deviendrais que légèrement anxieux ou irrité 


2       L’anxiété ou l’irritation augmenterait mais resterait contrôlable 


3       J’éprouverais une augmentation d’anxiété ou d’irritation très importante et dérangeante


4       J’éprouverais une anxiété ou une irritation très invalidante

Q12 A quel point faites-vous des efforts pour résister à la consommation de boissons alcooliques? (Evaluez uniquement vos efforts pour y résister et non votre succès ou votre échec à réellement contrôler cette consommation) 

0       Ma consommation est si minime que je n’ai pas besoin d’y résister – si je bois, je fais l’effort de toujours y résister 

1       J’essaie d’y résister la plupart du temps


2       Je fais quelques efforts pour y résister


3       Je me laisse aller presque à chaque fois sans essayer de contrôler ma consommation d’alcool, mais je le fais avec un peu d’hésitation


4       Je me laisse aller complètement et volontairement à la boisson 

Q13 A quel point vous sentez-vous poussé à consommer des boissons alcooliques? 

0       Je ne me sens pas poussé de tout


1       Je me sens faiblement poussé à boire


2       Je me sens fortement poussé à boire


3       Je me sens très fortement poussé à boire


4       Le désir de boire est entièrement involontaire et me dépasse

Q14 Quel contrôle avez-vous sur votre consommation d’alcool? 

0       J’ai un contrôle total


1       Je suis habituellement capable d’exercer un contrôle volontaire sur elle 

2       Je ne peux la contrôler qu’avec difficulté


3       Je dois boire et je ne peux attendre de boire qu’avec difficulté


4       Je suis rarement capable d’attendre de boire même momentanément 

Pour ceux qui aiment les maths : COMMENT CALCULER MON SCORE

Pour ceux qui trouveraient frustrant de connaître ce questionnaire et de ne pas savoir quoi faire de leur score, vous trouverez en fin de questionnaire la façon de calculer son score. Vous verrez que cela demande une petite « gymnastique mathématique ».

Si vous faîtes ce calcul, vous aurez un score de base qui vous pourra vous servir de contrôle pour la suite, en fonction de l’évolution de votre consommation et de vos soins. 

Le questionnaire complet comprend 2 sous-échelles : 

1/  L’article Les questions 1 à 6 scorent les Pensées Obsédantes (= PO) de consommation de la façon suivante : on retient le score le plus élevé entre les questions 1 et 2, auquel on ajoute les scores des questions 3, 4, 5 et 6. 

  • PO = max (Q1,Q2) + Q3 + Q4 + Q5 + Q6 

2/ Les questions 7 à 14 scorent les Envies Compulsives (= EC )de consommation de la façon suivante : on retient le score le plus élevé entre les questions 7 et 8, de même avec les questions 9 et 10, on ajoute les scores des questions 11 et 12, puis le score le plus élevé entre les questions 13 et 14. 

  • EC = max (Q7,Q8) + MAX (Q9,Q10) + Q11 + Q12 + MAX (Q13,Q14) 

– Le score total s’obtient par l’addition des scores PO et EC 

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CRAVING : un premier questionnaire pour mieux comprendre

Première partie du questionnaire « craving » :

évaluer les PENSÉES OBSÉDANTES

Répondre à ces questionnaire peut vous aider à identifier ce que vous pouvez ressentir

Nous avons abordé dans un texte précédent le concept de craving et essayé de voir comment on peut s’en servir pour avancer.

Il s’agit d’un concept particulièrement complexe qui divise encore la communauté scientifique, donc le plus intéressant est probablement de s’éloigner de la théorie et de discuter des outils permettant de s’auto-évaluer.

Vous trouverez à la suite du texte, la première partie d’un questionnaire qui est utilisé dans les protocoles de recherche pour évaluer le craving chez les patients.

Les questions correspondent aux 7 derniers jours qui viennent de s’écouler. Il n’y a pas de score normal, donc si vous additionnez les points obtenus, cela vous permettra seulement d’avoir un résultat initial qui pourra peut-être évoluer au fil du temps. Ainsi, vous pourrez chiffrer objectivement les variations et l’évolution dans le temps. 

Ce qui est surtout très important, c’est que répondre à ces questions va probablement vous permettre de mieux identifier ce que vous pouvez ressentir. Entre parenthèse, nous utilisons régulièrement ce test pour faire comprendre aux étudiants en médecine ce que peut représenter le craving.

La première partie du questionnaire correspond aux PENSÉES OBSÉDANTES que vous pouvez ressentir LORSQUE VOUS NE BUVEZ PAS.  

Prenez votre temps, certaines questions méritent d’être lues plusieurs fois !! 

QUESTIONNAIRE PREMIERE PARTIE

Q1 Lorsque vous ne buvez pas d’alcool, combien de votre temps est occupé par des idées, pensées, impulsions ou images liées à la consommation d’alcool? 

0       A aucun moment 

1       Moins d’une heure par jour 

2       De 1 à 3 heures par jour 

3       De 4 à 8 heures par jour 

4       Plus de 8 heures par jour 


Q2 A quelle fréquence ces pensées surviennent-elles? 

0       Jamais 


1       Pas plus de 8 fois par jour 


2       Plus de 8 fois par jour, mais pendant la plus grande partie de la journée je n’y pense pas 

3       Plus de 8 fois par jour et pendant la plus grande partie de la journée 


4       Ces pensées sont trop nombreuses pour être comptées et il ne se passe que rarement une heure sans que plusieurs de ces idées ne surviennent 

Q3 A quel point ces idées, pensées, impulsions ou images liées à la consommation d’alcool interfèrent-elles avec votre activité sociale ou professionnelle (ou votre fonction)? Y a-t-il quelque chose que vous ne faites pas ou ne pouvez pas faire à cause d’elles? (Si vous ne travaillez pas actuellement, à quel point vos capacités seraient-elles atteintes si vous travailliez?) 

0       Les pensées relatives à la consommation d’alcool n’interfèrent jamais. Je peux fonctionner normalement 

1       Les pensées relatives à la consommation d’alcool interfèrent légèrement avec mes activités sociales ou professionnelles, mais mes performances globales n’en sont pas affectées 

2       Les pensées relatives à la consommation d’alcool interfèrent réellement avec mes activités sociales ou professionnelles, mais je peux encore m’en arranger 

3       Les pensées relatives à la consommation d’alcool affectent de façon importante mes activités sociales ou professionnelles 

4       Les pensées relatives à la consommation d’alcool bloquent mes activités sociales ou professionnelles 

Q4 Quelle est l’importance de la détresse ou de la perturbation que ces idées, pensées, impulsions ou images liées à la consommation d’alcool génèrent lorsque vous ne buvez pas? 

0       Aucune


1       Légère, peu fréquente et pas trop dérangeante


2       Modérée, fréquente et dérangeante mais encore gérable 

3       Sévère, très fréquente et très dérangeante


4       Extrême, presque constante et bloquant les capacités 

Q5 Lorsque vous ne buvez pas, à quel point faites-vous des efforts pour résister à ces pensées ou essayer de les repousser ou de les détourner de votre attention quand elles entrent dans votre esprit? (Evaluez vos efforts faits pour résister à ces pensées, et non votre succès ou votre échec à les contrôler réellement) 

0       Mes pensées sont si minimes que je n’ai pas besoin de faire d’effort pour y résister. Si j’ai de telles pensées, je fais toujours l’effort d’y résister 

1       J’essaie d’y résister la plupart du temps


2       Je fais quelques efforts pour y résister


3       Je me laisse aller à toutes ces pensées sans essayer de les contrôler, mais je le fais avec quelque hésitation


4       Je me laisse aller complètement et volontairement à toutes ces pensées 

Q6 Lorsque vous ne buvez pas, à quel point arrivez-vous à arrêter ces pensées ou à vous en détourner? 

0       Je réussis complètement à arrêter ou à me détourner de telles pensées

1       Je suis d’habitude capable d’arrêter ces pensées ou de me détourner d’elles avec quelques efforts et de la concentration

2       Je suis parfois capable d’arrêter de telles pensées ou de m’en détourner


3       Je n’arrive que rarement à arrêter de telles pensées et ne peux m’en détourner qu’avec difficulté


4       Je n’arrive que rarement à me détourner de telles pensées même momentanément